A Tongliao, la "Grande Muraille verte" - Par Omar Er-rouch

A Tongliao, la "Grande Muraille verte" - Par  Omar Er-rouch

À perte de vue, les anciennes dunes alternent désormais avec des bandes boisées, des prairies régénérées et des terres agricoles retrouvées

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À Tongliao, en Mongolie intérieure, la Chine démontre qu'il est possible d'enrayer durablement la désertification en associant restauration des écosystèmes, transition énergétique, infrastructures et développement local. Omar Er-rouhc, correspond l’agence MAP à Pékin, raconte cette épopée portée par le vaste programme de la « Grande Muraille verte ».

Par Omar Er-rouch  - MAP

Tongliao (Chine) - Des centaines d’éoliennes découpent l’horizon sous le ciel limpide de la Mongolie intérieure, dans le nord-est de la Chine. À leurs pieds, une route parfaitement rectiligne traverse une mer de prairies où paissent des troupeaux.

Difficile d’imaginer qu’il y a encore quelques décennies, ces mêmes paysages étaient engloutis par les dunes mouvantes du désert de Horqin. Aujourd’hui, Tongliao raconte une tout autre histoire.

Portée par le vaste programme chinois de la "Grande Muraille verte", cette ville de l’est de la Mongolie intérieure est devenue l’un des laboratoires les plus aboutis de la lutte contre la désertification, où restauration des écosystèmes, développement rural et transition énergétique progressent désormais de concert.

Quand le désert recule

À perte de vue, les anciennes dunes alternent désormais avec des bandes boisées, des prairies régénérées et des terres agricoles retrouvées. Plus loin, une vaste zone humide attire de nouveau les oiseaux migrateurs, signe du rétablissement progressif d’un équilibre écologique longtemps fragilisé.

"La situation a profondément changé", confie Guo Jie, directeur adjoint du Bureau de l’agriculture et de l’élevage de Tongliao. "Nous sommes passés d’une époque où le désert avançait et les habitants reculaient à une dynamique inverse : aujourd’hui, c’est le vert qui gagne du terrain." Plus de la moitié du désert de Horqin se trouve dans la juridiction de Tongliao.

Depuis les années 1980, les autorités y multiplient les opérations de fixation des dunes, de reboisement et de restauration des pâturages, mobilisant chaque année plus de 500 millions de yuans (près de 70 millions de dollars) grâce aux grands programmes nationaux et aux investissements publics et privés.

La nature renaît... portée aussi par le vent

À Naiman, l’une des zones autrefois les plus durement touchées par l’ensablement, les dunes ont laissé place à une vaste zone humide où la végétation et la faune reprennent progressivement leurs droits. Pour Shen Zhixin, ingénieur principal au Bureau des forêts et des prairies de Naiman, cette métamorphose repose sur une approche globale. "Nous ne restaurons plus uniquement des forêts. Nous reconstruisons des écosystèmes complets en associant arbres, prairies, zones humides et gestion durable des ressources en eau", explique-t-il.

Mais un autre paysage attire rapidement l’attention du visiteur. Partout, des centaines d’éoliennes dominent désormais l’horizon. Leur rotation lente accompagne cette renaissance écologique. Leur présence n’a rien d’anecdotique. Elles alimentent la transition énergétique de cette région longtemps marquée par les tempêtes de sable et soutiennent le développement de nouvelles activités industrielles.

Cette révolution verte s’appuie aussi sur une solide base manufacturière. Tongliao abrite Longma, l’un des principaux fabricants chinois d’équipements pour l’énergie éolienne. Un symbole fort : ici, les turbines qui ponctuent désormais le paysage sont aussi conçues localement, illustrant le cercle vertueux entre industrie, énergie propre et restauration environnementale.

Des routes qui changent la vie

À Tongliao, la lutte contre le désert passe aussi... par les routes. Ici, la route n’est pas seulement une infrastructure de transport. Elle est devenue un outil de restauration écologique.

Chaque nouvel axe traversant les zones sableuses est transformé en corridor vert : arbres, arbustes et herbacées sont plantés de part et d’autre de la chaussée afin de stabiliser les sols et freiner durablement l’avancée des sables.

Plus de 600 kilomètres de routes ont déjà été aménagés selon ce modèle. Au-delà de leurs bénéfices environnementaux, ces infrastructures ont surtout désenclavé des villages longtemps coupés du reste de la région. "Les routes ont facilité les déplacements, ouvert l’accès aux marchés et redonné de nouvelles perspectives aux habitants", souligne Guo Jie.

Le sable devient une source de revenus

À Tongliao, restaurer les terres, c’est aussi redonner des perspectives aux habitants. Depuis 2025, plus de 15.800 habitants ont participé aux travaux de lutte contre la désertification, percevant au total 168 millions de yuans (environ 23,4 millions de dollars) de rémunérations.

Les coopératives locales, associées aux entreprises, permettent aux agriculteurs et aux éleveurs de participer aux travaux tout en bénéficiant directement des productions de fourrage issues des terres restaurées.

En parallèle, le pâturage est désormais strictement encadré afin de permettre aux prairies de retrouver leur capacité naturelle de régénération. Le résultat est visible : la couverture végétale moyenne atteint désormais 64,58 %, contre des niveaux bien plus faibles il y a encore quelques années.

Au-delà de la Chine, un modèle qui interpelle À l’heure où la désertification progresse sur plusieurs continents, l’expérience de Tongliao montre qu’il est possible d’inverser la tendance, à condition d’inscrire l’action dans le temps long et de lier étroitement écologie, infrastructures et développement économique. Un enseignement qui trouve un écho bien au-delà de la Chine, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

En quittant Tongliao, le regard s’attarde une dernière fois sur les immenses éoliennes qui dominent désormais les anciennes dunes du Horqin. Elles semblent veiller sur un paysage où la nature reprend ses droits sans renoncer au développement. Ici, le sable n’a pas seulement reculé : il a cédé la place à un territoire qui a retrouvé sa capacité à produire, à attirer des investissements et à faire vivre ses habitants.

C’est peut-être là la véritable réussite de cette "Grande Muraille verte" chinoise : avoir démontré que la lutte contre la désertification peut devenir un projet de développement autant qu’un projet écologique

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