Un Lion du Sahara s’en est allé

Un Lion du Sahara s’en est allé

Feu le Roi Hassan II décore le commandant Mzirid, promu alors au rang de lieutenant-colonel, de l’Étoile de guerre et de l’Ordre du Trône au grade de chevalier

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Au cœur de l’été 1979, une poignée de soldats marocains commandés par le chef de bataillon le général Lhoucine Mzirid, alors au grade de commandant, qui vient de nous quitter, a stoppé, à Bir Anzaran, une colonne de plusieurs milliers de combattants appuyés par des blindés et de l’artillerie lourde. Cette victoire, saluée par le Roi Hassan II, a déjoué le plan visant à prendre Dakhla et à proclamer une république sahraouie, tout en consacrant la réputation d’un officier déjà décoré pour ses faits d’armes à Hassi Beïda en 1963. Interrogé par le souverain sur A ce Lion du Sahara, Seddik Maaninou avait consacré une série de chroniques. C’est de ces chroniques-hommage qu’est tiré ce requiem pour un Lion du Sahara.

De Hassi Beïda à Bir Anzaran : l’itinéraire d’un homme de terrain

Formé à l’Académie militaire de Meknès (promotion 1959-1961), Lhoucine Mzirid intègre d’abord le front d’Aït Baâmrane, encore sous administration espagnole. Son baptême du feu survient durant la guerre des Sables de 1963 : après la destruction d’un poste frontalier à Hassi Beïda par l’armée algérienne, le jeune sous-lieutenant dirige un détachement qui reconquiert la position ; le général Idriss Ben Omar le cite alors pour courage et professionnalisme.

Les années suivantes, Mzirid alterne l’instruction des nouvelles promotions à Meknès et la protection de points sensibles, dont le gisement phosphatier de Phosboucraâ, cible régulière de raids lancés depuis le territoire algérien. Cette période lui enseigne la tactique des colonnes éclatées : progression de nuit, dispersion avant l’attaque, re-concentration pour le choc, puis fuite en essaim qui rend la poursuite hasardeuse.

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En 1979, transféré successivement à Bir Lahlou et Tifariti, il reçoit l’ordre de fortifier Bir Anzaran, verrou géographique qui défend l’axe menant à Dakhla. La conjoncture est tendue : après le putsch de Nouakchott, la Mauritanie se retire d’Oued Eddahab et l’Algérie espère combler le vide, compter sur un débarquement politico-militaire à Dakhla et la proclamer, avec l’appui cubain, la capitale d’une entité séparatiste. Dans la ville, les habitants brandissent drapeaux marocains et portraits de Hassan II, réclamant protection. Mzirid sait que tenir Bir Anzaran, c’est sauver Dakhla et l’unité du royaume.

11-12 août 1979 : l’assaut, la riposte… et la victoire

Le soir du 11 août, les veilleurs entendent gronder la terre : plus de 500 camions et blindés se massent côté mauritanien. À l’aube, 4 500 à 5 000 hommes appuyés par canons et missiles fondent sur les premières tranchées marocaines. Le chef de poste a préparé trois lignes défensives et demande à ses sections avancées « d’absorber le premier choc ». Dès les premières heures, certaines positions cèdent, mais la résistance ralentit suffisamment l’ennemi pour permettre l’intervention de l’aviation basée à Laâyoune.

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En plein fracas, un appel téléphonique galvanisant traverse les ondes : « Attaquez-les, tenez bon, les renforts arrivent », lance Hassan II. La voix du souverain agit comme un électrochoc ; Mzirid, mégaphone à la main, harangue ses hommes : « Ils passeront sur nos corps ! ». Lorsque la brèche menace, il ordonne aux pilotes : « Si nos lignes sautent, frappez nos coordonnées : plutôt le martyre que la capture. »

À mi-journée, un C-130 se pose sur la piste sommaire qu’il a fait aménager ; la rampe s’ouvre, déversant une compagnie fraîche. Le moral remonte, l’aviation enchaîne les sorties, clouant au sol les convois adverses. Dix heures plus tard, le dispositif séparatiste est brisé : des centaines de morts et de blessés, des dizaines de véhicules détruits, tandis que la population civile est intacte.

Le lendemain, le prince héritier Sidi Mohammed (futur Mohammed VI) arrive pour inspecter les lignes. Le commandant lui montre les épaves fumantes, les piles de munitions abandonnées. De Rabat, Hassan II qualifiera la bataille de « victoire qui bouleverse les équilibres ». Mzirid est promu lieutenant-colonel, décoré de l’Étoile de guerre et de l’Ordre du Trône.

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« À l’époque, j’étais au grade de commandant. Le roi m’a convoqué à Ifrane, où il m’a décoré de l’Étoile de guerre et de l’Ordre du Trône au grade de chevalier, tout en me promouvant au rang de lieutenant-colonel... , confie-t-il à Seddik Maaninou. 

Lors de la cérémonie, Hassan II m’a demandé en dialecte marocain : 'De quelle région es-tu ?'  

J’ai répondu : 'Oui, Sidi, je viens d’Izourar, dans la région de Mermoucha.'  

« Il répliqua : '’Tu es de "بلاد السْبوعَة" (la terre des lions), puis ajouta : '’Dieu nous a donné les montagnes, et les montagnes nous ont donné des hommes.'"  

La suite de sa carrière le conduira à participer à la construction du « mur de défense », à diriger plusieurs secteurs (Gueltat Zemmour, Tichla, Oued Draâ) et à gravir les grades jusqu’à général de brigade en 2004. Aujourd’hui retraité à Meknès, il reçoit journalistes et anciens frères d’armes dans une « Villa An-Nasr » (la victoire) située… rue Bir Anzaran : clin d’œil à une page décisive de l’histoire militaire marocaine.

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