Mort de Fakir à Bologne qui rappelle celle de l’Afro-américain George Floyd aux États-Unis

Mort de Fakir à Bologne qui rappelle celle de l’Afro-américain George Floyd aux États-Unis

Les images, largement relayées par les médias italiens et sur les réseaux sociaux, montrent le quadragénaire plaqué au sol pendant plusieurs minutes. Il appelle à l’aide à plusieurs reprises tandis que les deux agents tentent de le maîtriser avec le concours d’une troisième personne lui tenant les pieds

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Le décès d’Abderrahim Fakir, ressortissant marocain de 42 ans mort à Bologne après avoir été plaqué au sol par des policiers, a provoqué une vive émotion en Italie et au Maroc. Tandis que la justice italienne a ouvert une enquête pour établir les circonstances exactes du drame, l’ambassade du Maroc assure suivre l’affaire avec la plus grande attention. Des centaines de personnes ont manifesté dans le centre de Bologne pour réclamer justice et vérité, sur fond de polémique politique autour de l’intervention des forces de l’ordre.

La mort d’Abderrahim Fakir rappelle, par les circonstances de son immobilisation, celle de George Floyd aux États-Unis. Le 25 mai 2020 à Minneapolis, cet Afro-Américain de 46 ans est mort lors de son interpellation après qu’un policier, Derek Chauvin, eut maintenu son genou sur son cou pendant plus de neuf minutes, malgré ses appels répétés à l’aide et ses difficultés à respirer. Filmée par une passante, la scène a provoqué une immense vague d’indignation et déclenché des manifestations contre le racisme et les violences policières aux États-Unis, puis dans de nombreux pays. L’affaire George Floyd  a donné au mouvement Black Lives Matter une ampleur mondiale sans précédent et a replacé au centre du débat public les pratiques d’interpellation, le racisme systémique et l’obligation de rendre des comptes au sein des forces de l’ordre.

L’ambassade du Maroc mobilisée auprès de la famille

L’ambassade du Royaume du Maroc en Italie a indiqué suivre, depuis les premiers instants, l’affaire ayant coûté la vie à Abderrahim Fakir, exprimant sa profonde préoccupation face à ce drame.

Des instructions ont été immédiatement adressées au consulat général territorialement compétent afin qu’il apporte à la famille de la victime le soutien moral et l’assistance consulaire nécessaires. La représentation diplomatique marocaine a également demandé au consulat de maintenir un contact permanent avec les autorités judiciaires italiennes chargées de l’enquête.

L’ambassade a souligné que toutes les démarches seraient menées dans le respect des conventions internationales et des procédures prévues par le droit italien. Elle a insisté sur la nécessité d’établir avec rigueur, impartialité et transparence l’ensemble des circonstances du décès.

Tout en réaffirmant sa confiance dans la justice italienne, l’ambassade s’est dite convaincue que les investigations permettraient de faire toute la lumière sur cette affaire. Elle a également présenté ses condoléances à la famille d’Abderrahim Fakir, lui exprimant sa compassion et son entière solidarité.

Une intervention policière filmée par un riverain

Le drame s’est produit dimanche à Bologne, dans le nord de l’Italie. Abderrahim Fakir, arrivé du Maroc dans le pays à l’âge de cinq ans, est décédé après avoir été immobilisé par deux policiers.

Une partie de l’intervention a été filmée par un riverain. Les images, largement relayées par les médias italiens et sur les réseaux sociaux, montrent le quadragénaire plaqué au sol pendant plusieurs minutes.

Il appelle à l’aide à plusieurs reprises tandis que les deux agents tentent de le maîtriser avec le concours d’une troisième personne lui tenant les pieds. Deux hommes portant une tenue d’ambulancier apparaissent également à proximité.

La victime semble ensuite perdre connaissance alors que les policiers lui attachent les pieds et les mains. L’un des agents tente finalement de vérifier s’il réagit encore.

La préfecture de police de Bologne a indiqué que les images enregistrées par les caméras individuelles des deux policiers avaient été remises à la justice. Selon les autorités, les agents étaient intervenus après des appels de riverains signalant un homme en proie à une forte agitation.

Une enquête pour déterminer les causes du décès

Le parquet italien a ouvert une enquête dès le lundi 20 juillet afin de déterminer les circonstances exactes de la mort d’Abderrahim Fakir.

Les investigations devront notamment établir la chronologie de l’intervention, les gestes effectués par les policiers et les causes médicales du décès. Les images prises par le témoin et celles enregistrées par les caméras portées par les agents devraient constituer des éléments centraux de l’enquête.

L’affaire a rapidement suscité une forte indignation dans une partie de l’opinion publique. Pour la famille, les images diffusées soulèvent de graves interrogations sur la manière dont l’intervention a été conduite.

Khadija Fakir, sœur de la victime, a exprimé sa colère auprès de la presse italienne. Elle a rappelé que la mission de la police consistait à protéger les personnes, y compris lorsqu’elles se trouvent dans un état d’agitation, et non à mettre leur vie en danger.

La famille réclame désormais que les responsabilités soient clairement établies et que la justice examine l’ensemble des circonstances ayant conduit à la mort du quadragénaire.

Des centaines de manifestants dans les rues de Bologne

Le décès d’Abderrahim Fakir a provoqué une importante mobilisation dans le centre de Bologne. Plusieurs centaines de personnes ont participé à un rassemblement pour réclamer justice et vérité.

La manifestation avait notamment été soutenue par le maire de centre-gauche de la ville, Matteo Lepore, qui a lui aussi demandé que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Des banderoles dénonçant les violences policières ont été brandies par les participants. Le rassemblement a cependant été marqué par des tensions et des affrontements entre certains manifestants et les forces anti-émeutes.

La mobilisation témoigne de l’émotion suscitée par la diffusion des images de l’intervention. Elle s’inscrit également dans un débat plus large sur les méthodes d’immobilisation utilisées par la police et sur la prise en charge des personnes en état de détresse ou d’agitation.

Une affaire devenue politique

La mort d’Abderrahim Fakir a rapidement pris une dimension politique en Italie. Le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a appelé à ne pas porter de jugement avant les conclusions de l’enquête judiciaire.

Il a estimé que les critiques formulées contre la police pouvaient être interprétées comme une remise en cause des forces de l’ordre et du fonctionnement de la justice.

Le vice-Premier ministre Matteo Salvini ainsi que Galeazzo Bignami, chef du groupe parlementaire Fratelli d’Italia, ont exprimé leur soutien aux deux policiers impliqués.

Ces prises de position ont été vivement critiquées par une partie de l’opposition. La sénatrice Ilaria Cucchi, dont le frère est mort en détention en 2009, s’est dite choquée par les messages de solidarité adressés aux agents avant même l’achèvement des investigations.

Elle a également accusé le gouvernement de Giorgia Meloni d’avoir créé, par ses orientations politiques, un climat favorisant les discours de haine et de stigmatisation.

Le portrait d’un homme installé depuis l’enfance en Italie

Abderrahim Fakir vivait en Italie depuis l’âge de cinq ans. Il y résidait et y travaillait légalement.

Barbara Spinelli, avocate qui l’avait accompagné l’année précédente dans une procédure de renouvellement de permis de séjour, l’a décrit comme une personne aimable, instruite et respectueuse.

Selon elle, le quadragénaire craignait malgré tout une éventuelle expulsion, en dépit de sa situation régulière. Son parcours rappelle celui de nombreux ressortissants étrangers établis depuis l’enfance en Italie, mais confrontés à une forme persistante d’insécurité administrative et sociale.

Dans l’attente des conclusions de la justice, la famille, les autorités marocaines et une partie de l’opinion italienne demandent désormais une enquête complète et indépendante. Au-delà de l’émotion, l’affaire pose la question de la proportionnalité des interventions policières et de la manière dont les personnes en état de crise doivent être prises en charge.