chroniques
Clôture de la session du Conseil Supérieur des Ouléma : Attabligh (transmission) au centre des échanges et des résolutions
Clôture de la session du Conseil Supérieur des Ouléma : Attabligh (transmission) au centre des échanges et des résolutions
La 35e session ordinaire du Conseil Supérieur des Ouléma s’est achevée samedi à Rabat. Une séance de clôture a été axée sur les enjeux contemporains traités au cours de ce conseil se rapportant à la communication religieuse, la formation des imams, l’ancrage social du discours religieux et la préservation du patrimoine islamique. Hassan Zakriaa revient sur les travaux de cette session.
Par Hassan Zakriaa
Le Conseil Supérieur des Ouléma a achevé, samedi à Rabat, les travaux de sa 35ème session ordinaire, tenue avec la Haute Approbation du Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, Président du Conseil. Cette séance de clôture, marquant la fin des réunions de commissions et de la rédaction des rapports, s’est déroulée en présence du ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, et du Secrétaire général du Conseil, Mohamed Yssef.
‘’Un plan de communication pour ancrer la foi dans le quotidien’’
Parmi les principales annonces, figure la présentation d’un projet de programme de communication (Tabligh) visant à activer les partenariats pour une mise en œuvre effective des travaux du Conseil sur le terrain. Ce plan couvrira des domaines c tels que ‘’la santé, l’éducation, la lutte contre les comportements déviants, ainsi que le soutien à la famille’’.
Objectif :’’ inscrire l’action religieuse dans une dynamique sociale, afin de renforcer le lien entre foi et citoyenneté, en élaborant des discours religieux fondés sur les valeurs nationales et spirituelles du Royaume’’. Le Conseil s’est également penché sur l’intégration de la Charte des Ouléma dans la mise en œuvre de ce plan, et sur les moyens à déployer pour la qualification intellectuelle et culturelle des imams.
En février dernier, une "rencontre de communication" organisée par le Conseil supérieur des Oulémas et centrée sur la ‘’rectification de la transmission’’ ( تسديد التبليغ ) a été perçue comme marquant une rupture dans la tradition institutionnelle de cette instance religieuse. Inédite par son format et sa composition, cette rencontre a soulevé des interrogations profondes sur le rôle de la religion dans l’encadrement sociétal, la place du Conseil dans l’architecture de l’État et les passerelles possibles entre spiritualité, gouvernance et législation.
C’était en effet bien la première fois qu’un si large éventail de responsables d’horizons aussi variés se retrouvait autour du Conseil supérieur des Oulémas. Le profil des intervenants – des responsables politiques, des hauts fonctionnaires de l’État, en particulier dans des secteurs aussi sensibles que la justice et la sécurité, mais aussi des représentants d’institutions constitutionnelles clés – a laissé place à plusieurs lectures, parfois contradictoires, souvent complémentaires.
Ce qui attirait l’attention, c’est la place que le Conseil supérieur des Oulémas est appelé à occuper au sein de la société, et le rôle que la religion pourrait ou devrait jouer dans l’encadrement des comportements sociaux et des mutations culturelles contemporaines.
Au croisement du religieux et de l’institutionnel
La rencontre, présentée alors comme un espace d’échange entre le Conseil et les responsables publics et experts, visait officiellement à renforcer le plan de « rectification de la transmission » (khittat tasdid at-tabligh) – un plan stratégique pour repenser les modalités de diffusion du message religieux dans la société.
Mais au-delà de cette seule intention, la nature même de cette rencontre ouvrait des perspectives de réflexion multiples : comment le religieux s’insère-t-il aujourd’hui dans l’espace public marocain ? Quelle influence peut-il exercer – ou revendique-t-il d’exercer – sur les politiques publiques, notamment celles liées à la moralité, à l’éducation, à la justice, ou encore à la sécurité ?
Et surtout, quelle place faut-il désormais accorder au Conseil supérieur des Oulémas dans l’architecture institutionnelle de l’État marocain, en tant que corps référent dans la gestion des valeurs spirituelles, éthiques et légales, en lien avec le système de l’Imamat des croyants ?
Or ici, le champ semblait ainsi appelé à s’élargir, ce n’est plus seulement de religion qu’il est question, mais aussi de gouvernance, de transparence, de droits humains, de régulation sociale, et d’orientation des politiques publiques. Cette ouverture suggérait un repositionnement du Conseil : non plus comme simple organe consultatif à vocation spirituelle, mais comme acteur actif dans la recomposition des rapports entre éthique religieuse et politiques de l’État.
Cette ambition, traduite par le plan de « rectification de la transmission », place la question du discours religieux au cœur des préoccupations de l’État : comment le rendre audible, pertinent, efficace dans une société en transformation ? Comment faire du religieux non pas une force d’inertie, mais un catalyseur de responsabilité et de cohésion ? Voilà les questions que cette rencontre a fait émerger, sans encore y répondre définitivement.
La transmission par la connaissance et le patrimoine
Est-ce dans cette optique que la commission de revivification du patrimoine islamique a annoncé, lors de cette même séance, l’annotation du célèbre ouvrage "Al-Shifa" de Cadi Ayyad, œuvre phare de la pensée islamique maghrébine ? Ce qui est sûr pour l’instant c’est que ce travail participe à la valorisation du patrimoine doctrinal et à sa mise à disposition des nouvelles générations.
Dans une déclaration à la presse, Mohcine Akoujim, directeur du suivi des activités des Conseils locaux des Ouléma, a mis l’accent sur l’importance du plan de communication (transmission- Tabligh) comme levier de transformation. Il s’agit, selon lui, de construire un comportement religieux vécu, à la fois véridique, exemplaire et ancré dans les valeurs marocaines.
La tenue de cette session obéit aux dispositions des dahirs 1.03.300 du 2 Rabii I 1425 (22 avril 2004) et 1.04.231 du 7 Moharram 1426 (16 février 2005), ainsi qu’aux dahirs n° 1.23.47 et 1.23.48 du 26 Dou Al Kiada 1444 (15 juin 2023). Ces textes encadrent le fonctionnement, la réglementation et la dynamique régionale des conseils des Ouléma, consolidant ainsi leur mission de guidance spirituelle et sociétale.