L’Algérie à l’épreuve de l’histoire : le tournant du Sahara marocain - – Par Talaâ Saoud Al Atlassi

L’Algérie à l’épreuve de l’histoire : le tournant du Sahara marocain - – Par Talaâ Saoud Al Atlassi

Le tournant que semble prendre l’Algérie se manifeste également à travers des signaux diplomatiques subtils. L’accueil réservé à l’appel téléphonique entre le président Abdelmadjid Tebboune et Massad Boulos (Photo) illustre cette volonté d’afficher une forme d’ouverture envers Washington. La communication présidentielle autour de cet échange, en dehors de tout parallélisme des formes protocolaires, témoigne d’un souci de valoriser le rapprochement en cours.

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Tallaâ Saoud Al-Atlassi

À l’approche d’une nouvelle échéance onusienne, le dossier du Sahara marocain entre dans une phase décisive, marquée par la consolidation d’un consensus international autour du plan d’autonomie et par un repositionnement progressif de l’Algérie face à la détermination américaine à clore un conflit vieux de plusieurs décennies.

Un calendrier onusien sous haute tension

À l’approche du mois d’avril, la question du Sahara marocain revient au centre de l’agenda diplomatique international. Conformément à la résolution 2797 du Conseil de sécurité, l’envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura, doit présenter un état des lieux du processus de règlement. Cette échéance intervient dans un contexte où les lignes semblent évoluer plus rapidement qu’à l’accoutumée, laissant entrevoir un possible basculement dans la gestion de ce dossier longtemps enlisé.

La réunion du Conseil de sécurité ne constitue pas seulement un rendez-vous institutionnel. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, portée par une volonté affirmée de traduire en actes une orientation politique désormais clairement assumée par les grandes puissances.

Une constance stratégique américaine assumée

Au cœur de cette dynamique, les États-Unis jouent un rôle déterminant. En tant que rédacteurs des résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara, ils apparaissent comme les principaux architectes de la phase actuelle. Washington affiche une volonté explicite de mettre un terme à un conflit qualifié d’anachronique, dénué de fondements géographiques et historiques.

La reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara par Donald Trump en décembre 2020 a marqué un tournant. Loin de constituer une décision isolée, cette position a été réaffirmée à plusieurs reprises, traduisant une ligne constante de la politique étrangère américaine. Ni l’alternance politique à Washington ni les changements d’administration n’ont remis en cause cette orientation, confirmant son inscription dans la durée.

Cette continuité révèle une convergence entre les différentes sensibilités politiques américaines sur ce dossier. Démocrates et républicains s’accordent sur la nécessité de soutenir une solution fondée sur le plan d’autonomie marocain, considéré comme le cadre le plus réaliste pour parvenir à un règlement durable.

Un consensus international structurant

La résolution du Conseil de sécurité elle-même s’inscrit dans cette logique. Son adoption a été rendue possible par une configuration diplomatique singulière, marquée par l’abstention de la Russie et de la Chine et par le soutien explicite de la France et du Royaume-Uni. Ce positionnement des membres permanents traduit l’émergence d’un consensus de fait autour de l’initiative marocaine.

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Au-delà du Conseil, cette dynamique se prolonge sur la scène internationale. Près de 120 États expriment, à des degrés divers, leur soutien à la souveraineté marocaine ou au plan d’autonomie. L’Espagne figure parmi les pays ayant opéré un repositionnement significatif, en reconnaissant la pertinence de cette solution. Cette convergence progressive renforce la crédibilité d’une issue politique fondée sur le réalisme et la stabilité.

Dans ce contexte, l’administration américaine a confié à Massad Boulos la mission d’accélérer la mise en œuvre concrète de cette orientation. Le dossier du Sahara s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large visant à réduire plusieurs foyers de tension à travers le monde.

L’Algérie face au réalisme diplomatique

Face à cette recomposition, l’Algérie semble amorcer une inflexion. Acteur central du conflit depuis plusieurs décennies, elle a longtemps soutenu la dynamique séparatiste tout en liant explicitement la question du Sahara à sa sécurité nationale. Cependant, la détermination américaine et l’évolution du contexte international l’ont conduite à revoir certains de ses positionnements.

Le retour d’Alger à la table des discussions, après avoir initialement refusé obstinément d’y participer, constitue un indicateur significatif. Sa présence aux réunions organisées à Madrid et à Washington, aux côtés des autres parties, marque une rupture avec une posture antérieure caractérisée par le refus et la rigidité.

Ce changement s’explique en partie par l’action de persuasion exercée par Washington, mais aussi probablement par la prise de conscience, côté algérien, des limites d’un isolement diplomatique croissant. La volonté de préserver des relations avec les États-Unis apparaît désormais comme un facteur structurant de la politique extérieure d’Alger.

Un repositionnement progressif et calculé

Ce tournant se manifeste également à travers des signaux diplomatiques plus subtils. L’accueil réservé à l’appel téléphonique entre le président Abdelmadjid Tebboune et Massad Boulos illustre cette volonté d’afficher une forme d’ouverture envers Washington. La communication présidentielle autour de cet échange, sans parallélisme des formes protocolaires, témoigne d’un souci de valoriser le rapprochement en cours.

Dans le même esprit, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères au début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran a surpris par son ton. En condamnant les attaques iraniennes et en appelant à la désescalade, Alger s’est démarquée de ses positions traditionnelles, marquant une prise de distance vis-à-vis de Téhéran.

Cette évolution traduit un rééquilibrage stratégique. Alors que l’Iran traverse une phase critique et cherche des soutiens, l’Algérie lui fait défaut et semble privilégier l’option d’un rapprochement avec les États-Unis, perçu comme un levier pour accompagner ses propres transformations internes et ses enjeux diplomatiques.

Une pression américaine pour clore le dossier

Dans le même temps, Washington intensifie ses efforts pour parvenir à un règlement rapide. Massad Boulos s’emploie à accélérer les négociations, le conflit du Sahara étant considéré comme l’un des plus susceptibles d’aboutir à court terme parmi les crises internationales en cours.

L’objectif est double : clore ce dossier et permettre à l’administration américaine de concentrer ses ressources sur des rivalités stratégiques majeures, notamment avec la Chine et la Russie. Le calendrier onusien d’avril apparaît ainsi comme une étape clé dans cette stratégie.

Parmi les mesures envisagées figure la restructuration de la MINURSO. Le projet consisterait à transformer cette mission en un dispositif plus léger, limité à des fonctions techniques transitoires. Une telle évolution traduirait la volonté de sortir d’une logique de gestion du statu quo pour entrer dans une phase de résolution effective.

Entre opportunité énergétique et recomposition régionale

La guerre en cours au Moyen-Orient introduit une dimension supplémentaire dans cette équation. La crise énergétique qu’elle engendre profite à des pays producteurs comme l’Algérie, qui bénéficie de la hausse des prix des hydrocarbures. Cette situation renforce temporairement sa position économique et diplomatique.

Cependant, les États-Unis semblent accorder une priorité stratégique à la stabilisation de l’Afrique du Nord et de la région sahélo-saharienne. Cette zone, en raison de sa proximité avec le détroit de Gibraltar et de son importance géopolitique, est appelée à jouer un rôle clé dans les équilibres futurs.

Dans cette perspective, le règlement du conflit du Sahara apparaît comme un élément essentiel de la sécurisation de cet espace.

Vers la clôture d’un cycle historique

À mesure que les tensions internationales se multiplient, le dossier du Sahara semble entrer dans une phase de dénouement. Le conflit, qui a traversé un demi-siècle, apparaît de plus en plus comme une anomalie dans un système international en recomposition.

Le Maroc, en maintenant sa position et en proposant une solution politique structurée, a grandement contribué à redéfinir les termes du débat. Son approche, fondée sur l’autonomie, s’inscrit dans une logique de stabilisation régionale et de coopération entre les États.

Ce processus ouvre la voie à une possible réintégration de l’Algérie dans une dynamique régionale renouvelée. À travers le prisme du Sahara, c’est une reconfiguration plus large des relations en Afrique du Nord qui pourrait se dessiner, avec en toile de fond la perspective d’un nouvel équilibre fondé sur le réalisme et l’interdépendance.