Le candidat idéal

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Réformer l’enseignement religieux, bien plus que les douze travaux d’Hercule, c’est le Rocher de Sisyphe

Electeur, j’aimerais que mon candidat ne me promette pas monts et merveilles. Ni qu’il me présente un programme long et généraliste que je ne saurais ni lire ni écouter. Je souhaiterais qu’il me parle d’une seule chose mais de façon pragmatique et faisable. S’il arrive à me convaincre sur ce seul point, je voterai pour lui les yeux fermés sans demander mon reste sur les autres chapitres du programme. Mieux, je ferai campagne pour lui. Ce point, Hassan II l’avait déjà évoqué en mars 1999, comme un testament quatre mois avant son décès, en mettant en place la défunte COSEF (Commission spéciale éducation formation) : Comment « bâtir un nouveau système éducatif à même de faire face aux défis du prochain siècle. » Le prochain siècle est là depuis 16 ans et on ne sait toujours pas comment. Cela fait des décennies que l’on pose et repose les mêmes questions : A quand remonte réellement le début de l'échec d'un enseignement qui, malgré ses imperfections, a pendant un temps fourni au Maroc ses meilleurs cadres et servi d'ascenseur social ? Par quelle catastrophe notre enseignement est-il devenu le producteur hors pair de l'illettrisme et de l'incompétence que l'on connaît ? Par quelle malédiction encore, d'outil de promotion il s'est mué en usine de fabrication de chômeurs ? Et par quel malheur, alors qu'on sait quoi faire et comment le faire, cet espace si vital est-il devenu irréformable?

Curieusement et paradoxalement, à toutes ces questions nous avons apporté des réponses. Curieusement et paradoxalement encore, aucune n’a trouvé son chemin à la réalisation. Et voilà que survient une nouvelle question : Comment soustraire l’enseignement à l’islamisme et au salafisme ? Bien plus que les douze travaux d’Hercule, c’est le Rocher de Sisyphe. On a bien cherché à élaguer les programmes de l’enseignement religieux à l’école de tout ce qui est susceptible de pousser à l’enfermement sur soi et à la haine de l’autre. Le ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar, a bien du mérite, mais le débat ne fait que commencer. Comment laisser des « paroles d’Allah » sans interprétations ou comment les contextualiser sans entrer dans une lutte frontale entre les littéralistes qui prédominent avec le médiéval Ibn Taymiyya et ahl ar-ra’y qu’on confine à l’image d’un Ibn Rochd dans la marginalité? L’histoire du dernier signe de La Fatiha qui ouvre le Coran dont les réformateurs ont éludé l’explication n’est qu’un prologue à ce débat. Supposons toutefois que l’on réussisse à transcender ces déchirements, comment soumettre un corps enseignant perméable aux idéologies - marxisantes jadis, islamisantes aujourd’hui - au respect des nouveaux programmes, si nouveaux programmes il y aura ? Les inspecteurs de l’enseignement ? Mais ils font partie du problème et non pas de sa solution. Pour ne pas rester hors sujet et revenir à ma première préoccupation, le candidat qui me trouvera les voies de sortir de ce labyrinthe et les moyens de nous libérer de ce cercle vicieux, est mon candidat.