Le climat de guerre accroît la menace terroriste - Par Abdelhamid Jmahri

Le climat de guerre accroît la menace terroriste - Par Abdelhamid Jmahri

En dépit de la multiplication de ces sources de préoccupation et des tentatives de déstabilisation efficacement avortées, le Maroc a démontré une résilience remarquable à travers ses institutions et les hommes chargés de veiller à sa sécurité et à ses partenariats internationaux dans ce domaine.

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Dans un contexte régional marqué par la montée des tensions et la persistance des foyers de guerre au Moyen-Orient, un rapport international vient confirmer la solidité du dispositif sécuritaire marocain face à la menace terroriste. Abdelhamid Jmahri revient sur cette performance et les dynamiques profondes à l’œuvre. Exposition aux turbulences géopolitiques, pression des discours extrémistes et nécessité d’ajustements stratégiques permanents, la résilience marocaine est continuellement mise à l’épreuve d’un contexte international de plus en plus incertain.

Abdelhamid Jmahri

Un classement rassurant dans un contexte instable

Un rapport international consacre le Maroc comme pays sûr face à la menace terroriste. Il s’agit de l’indice mondial du risque terroriste pour l’année 2026, publié à un moment charnière marqué par la guerre en cours au Moyen-Orient, qui constitue l’un des facteurs les plus propices à l’aggravation des risques terroristes.

Le rapport établit un classement mondial des pays sur l’échelle du « séisme terroriste » et de ses victimes, couvrant 193 États. Le Maroc y figure dans la catégorie des pays exempts de toute trace d’acte terroriste, avec un score de 0 sur 10, l’échelle servant de référence pour ce classement. Il occupe ainsi la 100e place dans la liste des pays évalués selon les indicateurs du terrorisme.

Le Maroc, un îlot de sécurité dans un arc de crises

Ce positionnement permet de relever le profond sentiment de sécurité qu’inspire ce rapport, tout en mettant en lumière le sérieux, l’efficacité et le savoir-faire acquis par les services en charge de cette mission sensible. Cela est plus significatif pour un pays situé dans un arc de crises, entre les foyers de tension du Sahel au sud et ceux du Moyen-Orient à l’est.

Il convient toutefois de noter que ce rapport, qui présente les résultats de l’année 2025, n’intègre pas dans son dispositif d’évaluation les événements terroristes actuellement en cours au Moyen-Orient. Or, ces événements posent des défis sécuritaires majeurs.

Le Moyen-Orient, foyer persistant de radicalisation

Le Moyen-Orient demeure, en effet, une source constante de l’idéologie jihadiste et des doctrines suicidaires. Un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui. Les guerres qui ont jalonné le Golfe, ou les conflits qui se sont étendus jusqu’aux confins de l’Afghanistan, n’ont cessé d’alimenter la menace. L’ensemble des rapports sécuritaires, des études et des données établissent un lien de causalité clair entre l’intensification des conflits dans cette vaste région et la montée des opérations terroristes à l’échelle mondiale, notamment dans l’espace arabo-musulman.

Le Maroc n’a pas été épargné par cette relation causale, qui a conduit certains individus à adopter une doctrine interne consistant à « combattre l’ennemi proche », en l’occurrence l’État et la société, avant de s’attaquer à l’ennemi lointain, ou à les attirer dans son aire de jeu macabre pour l’y affronter. La traduction idéologique de cette approche s’est manifestée par un travail systématique de diabolisation de l’État et du pouvoir, ainsi que de stigmatisation de la société et de ceux qui veillent aux relations internationales du Maroc et d’autres pays.

Une radicalisation sur fond de guerre

De ces deux constats découle l’un des effets les plus marquants, à savoir la diffusion de discours d’une extrême dangerosité, en dehors de tout encadrement strict. Les publications, les commentaires et les débats tendent vers une radicalisation accrue, sur fond de la guerre en cours dans la région. Entre ceux qui la considèrent comme une guerre « croisée » ou impérialiste, ceux qui y voient une guerre contre l’islam, et ceux qui l’interprètent comme une guerre contre les peuples opprimés, émergent des mises à l’index assimilant toute position ne s’alignant pas sur le vacarme des missiles et des chars à une posture hostile, sioniste ou traîtresse à la nation et aux peuples de la région.

La gravité de la situation réside également dans les répercussions qui touchent d’autres sphères, susceptibles d’accroître le niveau de menace et d’ouvrir de nouveaux fronts. Au cœur de ces dynamiques figurent les effets liés à l’intégration du Maroc dans le système maritime mondial et ses flux, ainsi que les implications de sa position dans les systèmes pétrolier et énergétique mondiaux, sans oublier son inscription dans les équilibres géopolitiques, en lien direct avec le système sécuritaire régional évoqué précédemment.

Le contexte actuel n’est donc pas sans soutenir la facilité de recrutement et d’embrigadement via les supports numériques, à l’abri des regards de la régulation, et en l’absence de l’influence positive de la famille, de l’école et d’un environnement social équilibré. Cette facilité et ces outils d'enrôlement isolent totalement de l’approche nationale, de ses fondements et de sa compréhension des enjeux liés à la guerre en cours.

Une résilience sécuritaire sous pression régionale

En dépit de la multiplication de ces sources de préoccupation et des tentatives de déstabilisation efficacement avortées, le Maroc a démontré une résilience remarquable à travers ses institutions et les hommes chargés de veiller à sa sécurité et à ses partenariats internationaux dans ce domaine. Sa stratégie globale intégrant les dimensions spirituelle, culturelle, sécuritaire et sociale, n’y est pas non plus étrangère et indique qu’il dispose de véritables leviers de puissance.

Il ne fait ainsi aucun doute que le Maroc a fait preuve d’une réelle efficacité sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme. Au point que les situations où le Royaume s’est retrouvé en première ligne pour contribuer à la sécurité internationale se sont multipliées, devenant lui-même générateur et exportateur de sécurité.

Cette position en fait naturellement une cible pour les courants extrémistes en quête de représailles contre un État qui accueille des initiatives internationales de lutte contre la radicalisation et le terrorisme.

En définitive, la question renvoie à la stabilité interne du pays, à la solidité de sa résilience sociale et économique, ainsi qu’à sa capacité à réussir ses ajustements et ses équilibres stratégiques, dans un contexte qui rend difficile, voire impossible, toute posture de neutralité stratégique revendiquée par certains.