Le dernier avril au Sahara - Par Abdelhamid Jmahri

Le dernier avril au Sahara - Par Abdelhamid Jmahri

Le 3 février dernier, par la voix de son commandant, le général Michael Langley, l’United States Africa Command a souligné la qualité du partenariat stratégique de Washington avec un pays qui accueille chaque année le plus important exercice militaire conjoint avec les États-Unis sur le continent, « African Lion ».

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 À la veille de la réunion du Conseil de sécurité du 24 avril, le dossier du Sahara entre dans une phase charnière marquée par la consolidation de la souveraineté marocaine, l’ancrage du plan d’autonomie dans la légalité internationale et l’amorce d’une étape opérationnelle axée sur la mise en œuvre. Abdelhamid Jmahri rappelle le renforcement des soutiens internationaux à plan d’autonomie et relate la dynamique onusienne qui dessine les perspectives d’un accord-cadre dès mai. Une séquence susceptible d’annoncer un tournant décisif après près d’un demi-siècle de surplace.

 

Abdelhamid Jmahri

Avec la réunion du Conseil de sécurité de ce vendredi 24 avril sur le Sahara marocain, une étape singulière s’ouvre. Bien que cette réunion annuelle ne débouche sur aucune résolution et demeure encadrée par la décision d’octobre dernier, elle dessine cette année un horizon inédit pour la première cause nationale.

Pour la première fois, cette rencontre se tient sous une référence explicite : la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara, après un tournant décisif consacré par l’adoption de l’initiative d’autonomie comme cadre onusien. C’était là une évolution qui a inscrit le plan marocain dans la légitimité et le droit internationaux.

Un cadre clarifié, une phase nouvelle

Il s’agit en conséquence d’une réunion sans précédent depuis 1975. Le Conseil de sécurité ne se réunit plus pour négocier la teneur de la résolution, en débattre ou en tester le rapport des forces afin de l’infléchir. Le cadre est désormais établi, les éléments de solution sont identifiés, et l’ordre du jour s’oriente vers les aspects pratiques liés à la mise en œuvre.

Le fort intérêt que suscite cette réunion tient notamment à son ordre du jour, articulé autour de deux exposés majeurs.

Le premier, présenté par Staffan de Mistura, porte sur l’évolution du processus politique depuis l’adoption de la résolution, ainsi que sur les cycles de discussions engagés entre les quatre parties concernées. Il permettra d’évaluer l’état d’avancement des négociations, les positions respectives et le degré de progression vers une mise en œuvre complète de la dernière résolution du conseil de sécurité.

Le second exposé sera présenté par Alexander Ivanko, chef de la mission de la MINURSO. Inscrit lui aussi dans le cadre de la résolution 2797, il abordera l’avenir de la mission à la lumière des évolutions récentes, notamment à travers la notion de « révision stratégique », centrée sur l’accompagnement de la mise en œuvre effective de la résolution et de l’autonomie.

Vers une redéfinition du rôle de la MINURSO

Alors que certaines parties se sont consolées en saluant la prolongation du mandat de la MINURSO comme un triomphe, la référence à une « révision stratégique » apparaît comme un indicateur fort d’un changement profond. Elle suggère une transformation en cohérence avec la dynamique de l’autonomie, en rupture avec le modèle initial de la mission tel qu’établi en 1991.

Dans le même temps, cette réunion intervient après trois sessions de discussions tenues en Espagne et aux États-Unis, sous une médiation conjointe onusienne et américaine. Deux communiqués en ont résulté, l’un de la mission américaine auprès de l’ONU, l’autre de Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général. Tous deux ont insisté sur l’activation de la résolution 2797, la désignation claire des quatre parties concernées et le recours aux tables rondes comme cadre de dialogue.

Une phase décisive sous observation internationale

Une nouvelle phase s’ouvre ainsi, sous le regard du Conseil de sécurité et avec l’implication des États-Unis. Elle met à l’épreuve la volonté, la bonne foi et le sens des responsabilités de chaque partie, appelées à contribuer à la construction d’un espace maghrébin apaisé.

Reste une interrogation centrale consistant à savoir ce qui se dessine après Madrid, et quel horizon se profile à l’issue des discussions tenues en Espagne ? Des éléments de réponse devraient émerger dans les heures ou les jours à venir.

En tout état de cause, le mois d’avril constitue une échéance structurante. Comme le prévoit la résolution 2797, il correspond à une étape d’information informelle sur l’évolution du processus politique. Cette séquence pourrait marquer, pour la première fois en cinquante ans, le basculement vers une phase finale, sans répétition des cycles antérieurs.

Le mois de mai prochain devrait, selon les indications en circulation, ouvrir la phase de signature d’un accord-cadre, selon la terminologie diplomatique, en vue d’un règlement définitif. Le paragraphe 5 de la résolution onusienne précise à cet égard que le Conseil de sécurité demande au secrétaire général de présenter régulièrement des briefings, à tout moment qu’il jugera opportun durant la période du mandat. Il lui est également demandé, dans un délai de six mois suivant le renouvellement de ce mandat, de soumettre une révision stratégique concernant l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO, en tenant compte des résultats des négociations.

Une dynamique diplomatique soutenue

Parallèlement, le Maroc ne laisse pas ces évolutions au hasard. Rabat consolide activement cette trajectoire par un élargissement constant des soutiens internationaux. Au cours des derniers jours, deux positions significatives ont émergé de pays lointains, en Europe avec l’Autriche et en Amérique latine avec le Honduras, venant consolider les appuis enregistrés depuis octobre 2025. Cette dynamique vise à renforcer la solidité du positionnement international et à sécuriser l’après-résolution.

Ce mouvement s’est notamment illustré par le soutien affirmé de l’Union européenne, en tant que bloc géopolitique majeur, mais aussi sur le continent africain, à travers la décision du Mali de retirer sa reconnaissance de l’entité séparatiste, ainsi que la position du Kenya en faveur du plan marocain. Des avancées diplomatiques notables en Amérique latine viennent confirmer et soutenir cet élan.

Un partenariat stratégique renforcé avec Washington

Parmi les atouts du Maroc figure aussi et surtout le niveau avancé de ses relations avec les États-Unis. Sur le plan bilatéral, la coopération a franchi cette semaine une étape stratégique, avec la mise en place d’un partenariat renouvelé entre les appareils militaire et sécuritaire, assorti de la signature de nouveaux accords.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique continue, marquée par une convergence stratégique croissante entre Rabat et Washington. Au fil des dernières semaines, cette proximité reflète un climat de coordination étroite dans la gestion des tensions et des enjeux internationaux, qu’il s’agisse du Moyen-Orient, du continent africain ou des perspectives économiques mondiales.

Parmi les éléments illustrant cette dynamique, le niveau élevé de la coopération militaire avec le Maroc tel que mis en avant par le commandement militaire américain en Afrique, United States Africa Command, le 3 février dernier. Par la voix de son commandant, le général Michael Langley, il a souligné la qualité de ce partenariat avec un pays qui accueille chaque année le plus important exercice militaire conjoint avec les États-Unis sur le continent, « African Lion ».

La participation du Maroc à la cérémonie de signature du Conseil pour la paix, sous l’impulsion de Donald Trump, à Davos, la présence du Maroc parmi une cinquantaine de pays réunis à Washington autour des minerais stratégiques et rares et, enfin, l’alliance « Ornx », conduite par les États-Unis, qui a conclu un accord d’investissement historique dans le domaine de l’ammoniac, avec un projet basé à Laâyoune, confortent la solidité de cette coopération soutenue.