Le Maroc et le pari du roi : l’autonomie comme voie stratégique – Par Talaa Saoud Al Atlassi

Le Maroc et le pari du roi : l’autonomie comme voie stratégique – Par Talaa Saoud Al Atlassi

Mohammed VI au sommet de l’UA en 2017 - Il a fallu des années d’efforts diplomatiques soutenus pour que la communauté internationale comprenne la portée et la pertinence de l’initiative marocaine qui s’inscrit dans une réalité géopolitique en mutation, en Afrique comme dans l’espace euro-méditerranéen.

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Alors que l’initiative marocaine pour l’autonomie du Sahara bouclera bientôt sa deuxième décennie de cheminement dans les esprits et les convictions, le projet porté par Mohammed VI se consolide comme une solution de référence. Entre percée diplomatique, affaiblissement du Polisario, et isolement croissant de l’Algérie, l’offre d’autonomie s’impose désormais comme la seule voie politique crédible, sérieuse et réaliste pour une paix durable dans la région. Rétrospective et analyse de Talaa Saoud Al Atlassi.

En 2027, la proposition marocaine d’autonomie pour résoudre le différend autour du Sahara atteindra ses vingt ans. Loin de s’essouffler face à l’hostilité algérienne constante, cette proposition a gagné en force et en légitimité sur la scène internationale. Elle s’impose aujourd’hui comme la seule option réaliste, crédible et sérieuse en vue d’un règlement durable.

Cette initiative est indissociable du roi Mohammed VI, dont la vision stratégique a façonné un projet de paix enraciné dans la souveraineté nationale. Ce n’est pas une proposition figée, mais une base ouverte à la négociation, pour ceux qui aspirent sincèrement à la paix et reconnaissent l’unité du territoire marocain. L’autonomie n’est ni un slogan de communication, ni une posture de façade : c’est une offre politique concrète, construite pour mettre un terme à un conflit vieux d’un demi-siècle.

Le blocage du référendum et la percée marocaine

Le processus de référendum, longtemps présenté comme solution par les Nations Unies, s’est enlisé, faute d’accord sur les listes électorales, victime des entraves délibérées du Polisario. Le processus de référendum a été interrompu, et la proposition de partage du Sahara entre le Maroc et le Polisario soufflé à James Baker par l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika est née morte…

 C’est dans ce contexte que le Maroc a présenté en 2007 son initiative d’autonomie, rompant l’impasse diplomatique et ouvrant une voie politique et pragmatique.

Le roi Mohammed VI, qui a orchestré une transition stratégique pour tout le Royaume – englobant dimensions politiques, sociales, économiques et culturelles – a insufflé à l’initiative d’autonomie une profonde dimension démocratique et généreuse. Il l’a pensée comme une sortie honorable du conflit, tant pour le Maroc que pour ses voisins, notamment l’Algérie, en quête d’un avenir commun débarrassé des rancunes.

Face à l’hostilité grandissante d’Alger, le souverain marocain a fait preuve de courage historique : il a conjugué fermeté sur les principes et souplesse démocratique, consolidant l’unité nationale dans un esprit d’ouverture et de dignité, y compris envers l’Algérie.

Une diplomatie persévérante et cohérente

Il a fallu des années d’efforts diplomatiques soutenus pour que la communauté internationale comprenne la portée et la pertinence de l’initiative marocaine. Elle s’inscrit dans une réalité géopolitique en mutation, en Afrique comme dans l’espace euro-méditerranéen.

Le Maroc, porté par le dynamisme de l’ère Mohammed VI, est aujourd’hui reconnu pour sa stabilité, son développement économique, son pragmatisme politique et la diversité de ses partenariats : Afrique, monde arabe, Europe, Amériques, Russie, Chine…

La stratégie marocaine en Afrique a été renforcée par le retour au sein de l’Union africaine et par le renforcement des relations bilatérales avec de nombreux pays, illustré par plus de cinquante visites royales sur le continent. C’est dans ce cadre qu’a émergé la doctrine “l’Afrique au service de l’Afrique”, fondée sur le principe du gagnant-gagnant et la coopération Sud-Sud.

La dimension géoéconomique de l’autonomie : un levier africain

L’initiative atlantique portée par le roi Mohammed VI, avec comme pilier stratégique le port de Dakhla, en plein Sahara marocain, réincarne dans un nouvel élan cette dynamique. Ce projet promet des retombées concrètes pour les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Il constitue une nouvelle passerelle entre l’Afrique, le Golfe et l’Europe.

Dans ce schéma, l’autonomie n’est pas une concession, mais un rempart : elle renforce le Maroc, sécurise sa souveraineté et favorise des relations bénéfiques avec ses partenaires. C’est une réponse à la fois politique, économique et géostratégique.

L’Algérie face au tournant régional

L’Algérie, hélas, s’obstine à ignorer cette dynamique transformatrice. Elle s’enferme dans une posture de confrontation, alors même que les bouleversements régionaux appellent à des coopérations nouvelles. Son chef d’état-major, Saïd Chengriha, évoquait récemment “la nécessité de maintenir un état d’alerte permanent face à l’évolution des menaces régionales”. Un discours aux antipodes de ses déclarations, quelques jours plus tard, affirmant que son « pays reste fidèle à ses principes constants en matière de politique étrangère : le respect mutuel, le bon voisinage, le rejet catégorique de toute ingérence dans les affaires intérieures des pays et le respect de leur souveraineté... ! »

Ce double langage traduit l’embarras d’un régime prisonnier de ses contradictions, en décalage croissant avec les aspirations des peuples maghrébins à la paix, à la coopération et à la prospérité partagée.

Le discours de Tindouf : menace ou diversion ?

La déclaration du chef d’état-major de l’armée algérienne lors des manœuvres militaires à Tindouf a été interprétée par le journal El Watan comme une réponse à des menaces multiples : à l’est, l’Algérie se sentirait inquiète des mouvements militaires du général Haftar en Libye, à proximité de ses frontières ; à l’ouest, elle perçoit des signes d’hostilité en provenance du Maroc ; et au sud, les menaces sécuritaires venant du Sahel s’intensifient.

Ni le général ni le journal n’ont évoqué un isolement diplomatique de l’Algérie, pourtant bien réel, provoqué par ses ingérences répétées dans les affaires intérieures de ses voisins, et surtout par son obsession anti-marocaine alimentée par son soutien assumé à l’option séparatiste.

L’autonomie, une dynamique qui fragilise le narratif du Polisario

L’effet du projet d’autonomie proposé par le Maroc commence même à se faire sentir au sein du front Polisario lui-même, à travers le mouvement émergent des Sahraouis pour la paix. Ce mouvement, constitué d’anciens cadres et membres du Polisario, considère aujourd’hui l’autonomie comme une proposition sérieuse et crédible de résolution du conflit. Ses représentants parcourent le monde pour défendre une vision opposée à la soumission du Polisario à la volonté des généraux algériens.

Il a récemment remporté un succès diplomatique notable en accédant au statut de membre de l’Internationale socialiste lors du congrès d’Istanbul, provoquant la colère du camp de Tindouf. Cette reconnaissance internationale vient mettre à mal la rhétorique usée selon laquelle le Polisario serait l’unique représentant légitime du peuple sahraoui.

La diplomatie algérienne marginalisée, le Maroc conforté

 Le mouvement Sahraouis pour la paix continue de gagner en crédibilité sur la scène internationale, appuyé par l’Internationale socialiste, une organisation regroupant des partis et mouvements de gauche, dont plusieurs sont au pouvoir en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Le mouvement se réfère explicitement à l’initiative marocaine d’autonomie pour convaincre ses interlocuteurs de sa pertinence et de sa viabilité.

La dernière illustration en date de l’isolement diplomatique algérien s’est manifestée lors de la réunion de la Quatrième Commission des Nations Unies, qui s’est tenue la semaine dernière au Timor oriental. À cette occasion, l’ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies, Omar Hilale, a déclaré que 116 pays soutenaient explicitement l’initiative marocaine d’autonomie. En face, seules huit nations – citées par la presse algérienne – ont relayé le discours traditionnel d’Alger. Ces pays appartiennent pour la plupart à un monde idéologique anachronique, à l’image de l’Afrique du Sud, du Mozambique ou encore du Venezuela.

L’initiative d’autonomie poursuit ainsi son avancée sur la scène politique internationale. Elle s’impose de plus en plus comme la voie sérieuse, réaliste et constructive de règlement du différend sur le Sahara marocain. C’est le fruit d’une vision portée par un roi, chef d’État et leader historique, soucieux des intérêts de son pays, engagé pour la paix régionale, et animé d’un esprit de coopération sincère avec son voisinage.