Sahara : la dynamique diplomatique en quête de dénouement – Par Bilal Talidi

Sahara : la dynamique diplomatique en quête de dénouement – Par Bilal Talidi

Le Conseil de sécurité tiendra deux séances distinctes sur la question du Sahara : la première, le 23 avril, la seconde le 30 avril

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Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies tient deux réunions fin avril consacrées au Sahara, dans un contexte mêlant routine institutionnelle et enjeux stratégiques. Bilal Talidi revient sur le bilan des négociations, la dynamique diplomatique et les contraintes budgétaires pesant sur les opérations de maintien de la paix,  à l’ordre du jour de ces sessions qui pourraient éclairer l’évolution du processus politique encadré par la résolution 2797.

Bilal Talidi

Deux réunions aux enjeux croisés

Le Conseil de sécurité tiendra deux séances distinctes sur la question du Sahara : la première, le 23 avril, sera consacrée aux exposés du représentant personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, et du chef de la mission MINURSO, Alexander Ivanko. La seconde, prévue le 30 avril, portera sur le mandat de la mission.

Cette séquence combine des dimensions routinières, à travers l’évaluation annuelle des indicateurs politiques et sécuritaires, et des dimensions plus stratégiques, qui reflètent l’état de la dynamique diplomatique entre les parties au conflit. Elle intègre également les résultats du processus de négociation conduit par Massad Boulos, représentant personnel du président américain Donald Trump pour les affaires africaines, qui a déjà donné lieu à au moins deux réunions, à Madrid puis à Washington.

Un cadre fixé par la résolution 2797

Ces réunions s’inscrivent dans le cadre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui impose plusieurs échéances, notamment les consultations menées dans la région par l’envoyé personnel du secrétaire général et les conclusions des cycles de négociation appuyés par les États-Unis. Elles sont également conditionnées par les défis auxquels sont confrontées les opérations de maintien de la paix de l’ONU à l’échelle mondiale, marquées par une réduction progressive des mandats en raison des contraintes budgétaires et par une forme de paralysie institutionnelle liée aux positions américaines.

À ce stade, peu d’éléments permettent d’anticiper le contenu du rapport de l’envoyé personnel. Celui-ci devrait essentiellement dresser le bilan de ses consultations et évaluer le degré d’engagement des parties à respecter les dispositions de la résolution 2797.

Le rôle clé du rapport de la MINURSO

Le rapport du chef de la MINURSO pourrait, en revanche, revêtir une importance particulière, notamment s’il met en évidence l’impact du processus politique, soutenu par Washington, sur la réduction des violations du cessez-le-feu, en particulier du côté du Front Polisario. Une telle observation renforcerait l’argument en faveur d’un règlement politique du conflit, à la fois sur les plans politique et sécuritaire.

Elle pourrait également alimenter le débat sur la pertinence du renouvellement du mandat de la mission. Dans un contexte de contraintes financières croissantes au sein de l’ONU, l’idée d’une rationalisation des opérations pourrait trouver, dans l’évolution du dossier saharien, un argument supplémentaire en faveur d’une réduction, voire d’une cessation, du rôle de la MINURSO.

Des recompositions diplomatiques en cours

Sur le plan politique et stratégique, l’Algérie n’est pas parvenue à convertir les revenus exceptionnels tirés de la hausse des prix du pétrole et du gaz en gains diplomatiques susceptibles d’influer sur le cours des négociations ou de modifier la teneur des résolutions du Conseil de sécurité.

À l’inverse, le Maroc, bien que potentiellement plus exposé aux répercussions du conflit autour de l’Iran et à aux difficultés du rétablissement de la navigation dans le du détroit d’Ormuz, a consolidé plusieurs acquis diplomatiques. En Afrique subsaharienne, la Mali a retiré sa reconnaissance du Polisario et exprimé son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie. En Europe, la Suède a annoncé en janvier et plus récemment l’Autriche ont annoncé leur appui à cette résolution. En Amérique latine, la Bolivie et le Honduras ont également retiré leur reconnaissance du mouvement séparatiste.

Par ailleurs, Rabat a su combler le vide stratégique que représentait la position de l’Égypte, en apaisant les tensions commerciales liées à l’application de l’accord de libre-échange, révélatrices de divergences plus profondes sur les plans politique et diplomatique.

Pressions régionales et fragilités économiques

En résumé, l’Algérie n’a pas réussi à exploiter le contexte de la guerre américano-israélienne contre l’Iran pour freiner la dynamique diplomatique favorable au Maroc. Quant à la Mauritanie, longtemps attachée à une posture de neutralité, elle fait face à des évolutions susceptibles de réduire les marges de manœuvre de cette politique pragmatique, jusqu’ici utilisée comme levier de pression sur les deux parties.

Le Sénégal, confronté à des difficultés économiques aggravées par les répercussions de la guerre en Iran, souhaite renégocier les accords relatifs aux contrats pétroliers et gaziers conclus avec la Mauritanie. Dans le même temps, le Mali brandit la menace d’une dénonciation de l’accord frontalier avec Nouakchott, ce qui ferait planer le risque d’un affrontement entre les deux pays.

Ces tensions, auxquelles s’ajoutent les défis sécuritaires auxquels le Mali est confronté en raison de l’activité de mouvements séparatistes soutenus par l’Algérie et opérant depuis les territoires mauritanien et algérien, placent Nouakchott dans une position délicate. La solidité des relations entre le Maroc et le Mali accentue cette pression, poussant la Mauritanie à envisager sérieusement une révision de sa politique de neutralité, perçue comme un levier de pression sur les deux parties.

Vers un changement de paradigme onusien

Dans cette perspective, l’évolution du conflit pourrait s’accompagner d’un tournant majeur dans le rôle de l’Organisation des Nations unies. Il n’est pas exclu que la méthodologie actuelle soit profondément revue. Le débat pourrait s’orienter vers la définition d’un cadre global de négociation.

Une telle approche viserait à envisger les modalités concrètes de mise en œuvre de l’initiative marocaine d’autonomie, à consolider les acquis déjà consensuels et à circonscrire les points encore en suspens dans le processus de négociation.

Pressions américaines et enjeu des camps

Les informations évoquant des pressions américaines sur l’Algérie pour démanteler les camps du Front Polisario dans un délai inférieur à huit mois confortent cette lecture. Le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU avait d’ailleurs indiqué que Rabat n’accepterait le retour que des personnes recensées par l’Espagne en 1974.

Cette position suggère que les pressions exercées par les États-Unis sur Alger portent également sur les enjeux sécuritaires liés aux populations non recensées, considérées comme une source de risque pour la région. Elle renvoie à la responsabilité de l’Algérie, en tant que pays hôte, dans la gestion et la neutralisation de ces menaces.

Il demeure toutefois prématuré de trancher sur le devenir de la MINURSO. Le Maroc plaide pour la fin de son mandat, tandis que l’ONU fait face à des contraintes budgétaires qui limitent sa capacité à maintenir ses opérations. Les États-Unis, qui pilotent le processus de négociation, exercent une pression en faveur d’un règlement rapide du conflit. À l’inverse, l’Algérie reste attachée à la prolongation de la mission, afin de maintenir l’idée d’un conflit toujours actif sur les plans politique et militaire.

Au final, les rapports du représentant personnel du secrétaire général et du chef de la MINURSO, conjugués aux résultats du processus de négociation conduit par Washington, seront déterminants pour esquisse une orientation vers la fin de cette mission.