Sahara marocain : une légitimité internationale consolidée face aux mirages énergétiques- Talaâ Saoud Al Atlassi

Sahara marocain : une légitimité internationale consolidée face aux mirages énergétiques-  Talaâ Saoud Al Atlassi

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune recevant le 25 mars 2026 à Alger la présidente du conseil italienne Giorgia Meloni (Photo AFP)

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Dans un contexte marqué par les tensions énergétiques mondiales, certains discours tentent d’associer la dépendance européenne au gaz algérien à une possible inflexion des positions sur le Sahara marocain. Talaâ Saoud Al Atlassi analyse pourquoi c’est une hypothèse largement démentie par la réalité des rapports de force internationaux, par l’unité européenne récemment affirmée et par la dynamique irréversible du processus onusien fondé sur l’initiative marocaine d’autonomie.

Talaâ Saoud Al Atlassi

Les illusions d’un levier énergétique

La recomposition des équilibres énergétiques mondiaux, accélérée par la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur les flux d’hydrocarbures, a ravivé l’attention portée aux pays fournisseurs traditionnels de l’Europe, au premier rang desquels l’Algérie. Certains médias et analyses ont avancé l’idée selon laquelle le gaz algérien constituerait un levier d’influence susceptible de peser sur les positions européennes concernant le Sahara marocain.

Ces lectures, nourries par la visibilité accrue des relations énergétiques, notamment avec l’Italie, reposent toutefois sur des extrapolations fragiles. Elles supposent qu’une dépendance partielle au gaz pourrait se traduire par un marchandage politique, où des positions diplomatiques seraient ajustées en fonction d’intérêts énergétiques immédiats. Une telle hypothèse simplifie à l’extrême la complexité des relations internationales et ignore les cadres structurants dans lesquels elles s’inscrivent.

En réalité, les politiques étrangères des États européens ne relèvent ni de l’opportunisme ni de la transaction ponctuelle. Elles s’ancrent dans des engagements durables, des alliances consolidées et des intérêts stratégiques de long terme. L’idée d’un basculement dicté par des considérations énergétiques conjoncturelles ne résiste pas à l’analyse des faits.

Une position européenne désormais unifiée

L’évolution la plus significative réside dans l’affirmation récente d’une position européenne commune sur le Sahara marocain. Pour la première fois, les 27 États membres de l’Union européenne ont exprimé, d’une seule voix, leur soutien au processus de règlement tel que défini par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Réunis à Bruxelles lors de la 15e session du Conseil d’association entre l’Union européenne et le Maroc, ils ont salué l’adoption de la résolution 2797, qui appuie pleinement les efforts du Secrétaire général de l’ONU et de son envoyé personnel pour conduire les négociations sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie. Ils ont également reconnu la volonté du Maroc de préciser les modalités de mise en œuvre de cette autonomie dans le cadre de sa souveraineté.

Cet alignement collectif vient consolider des positions déjà exprimées individuellement par plusieurs capitales européennes, notamment Paris, Madrid, Berlin et Rome Berlin en plus de Londres et la plupart des capitales européennes. Il marque une étape décisive dans la structuration d’un consensus international autour de la proposition marocaine.

Une dynamique internationale irréversible

Au-delà de l’Europe, le soutien à l’initiative d’autonomie s’inscrit dans un mouvement international plus large. Des puissances majeures, ainsi qu’un nombre croissant de pays en Afrique, dans les Amériques et dans le monde arabe, convergent sur le reconnaissance de cette option comme base sérieuse et crédible de règlement.

Ce faisceau d’appuis confère au processus une légitimité solide, qui tend à s’imposer comme une référence stable dans les relations internationales. La résolution du différend s’inscrit ainsi dans une dynamique de consolidation progressive, qui réduit considérablement les marges de contestation et rend peu probable tout retour aux incertitudes des phases antérieures.

La résolution 2797 apparaît ainsi comme un jalon structurant, traduisant une volonté internationale claire de privilégier une solution réaliste, pragmatique et durable, fondée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine.

L’Algérie à l’heure des ajustements stratégiques

Face à cette évolution, l’Algérie semble amorcer un repositionnement. Les tentatives de pression exercées sur certains partenaires européens favorables à la position marocaine ont montré leurs limites. Dans un contexte international en mutation, Alger paraît aujourd’hui engagée dans une phase de réajustement de ses relations extérieures.

Les signaux d’apaisement envers la France et les démarches de rapprochement avec l’Espagne, indépendamment de leurs positions sur le Sahara marocain, illustrent cette inflexion. Ces évolutions s’inscrivent dans une volonté de dépasser des tensions antérieures, notamment celles suscitées par les prises de position explicites de ces pays en faveur de la marocanité du Sahara.

Parallèlement, les relations avec l’Italie offrent à l’Algérie un espace de dialogue privilégié en Méditerranée. Toutefois, cette relation, aussi importante soit-elle, ne confère pas à Alger une capacité déterminante d’influence sur les orientations européennes globales. Les partenaires européens restent guidés par leurs propres intérêts stratégiques et par leur engagement dans le cadre de la légalité internationale dicté qui ne sont pas dictés par les aléas des conjonctures.

Vers une convergence régionale et africaine

La dynamique actuelle dépasse le seul cadre du différend du Sahara. Elle s’inscrit dans une vision plus large, où la stabilité de l’Afrique du Nord est perçue comme un levier essentiel pour le développement économique et la sécurité régionale.

La résolution du conflit apparaît ainsi comme une condition préalable à une intégration régionale plus poussée, capable de libérer les potentialités économiques du Maroc et de l’Algérie. Elle répond également à des impératifs sécuritaires, dans une région confrontée à des menaces croissantes liées aux réseaux extrémistes et aux zones de fragilité.

Dans cette perspective, le rôle du Maroc se distingue par son ancrage africain affirmé. Sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, le Royaume a multiplié les initiatives visant à renforcer ses partenariats sur le continent, à travers des accords bilatéraux, des investissements et des projets structurants tels que le port de Dakhla ou le gazoduc Nigeria-Maroc.

Cette stratégie confère au Maroc une position centrale dans les dynamiques économiques africaines et renforce son attractivité auprès des grandes puissances internationales, qui y voient un partenaire stable et un vecteur de coopération régionale.

L’impossible retour en arrière

`L’hypothèse d’un marchandage énergétique capable de remettre en cause la trajectoire du processus de règlement apparaît en conséquence largement infondée. Les équilibres internationaux actuels, fondés sur des engagements politiques, économiques et sécuritaires de long terme, ne se prêtent pas à de telles fluctuations.

Au contraire, les évolutions en cours semblent conduire vers une convergence progressive des positions, y compris du côté algérien, sous l’effet de la pression du consensus international et des exigences de la réalité géopolitique.

L’avenir du Sahara marocain se dessine dans un cadre de plus en plus stabilisé, où la reconnaissance internationale, désormais largement acquise, s’impose comme un facteur structurant durable, éloignant les scénarios de remise en cause et ouvrant la voie à une nouvelle phase de coopération régionale.

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