chroniques
Si le mariage vous échappe – Par Mohamed Benabdelkader
Contrairement à ce croit Benkirane, la cigogne n’est un volatile solitaire. Oiseau monogame il vit en couple. Chez la cigogne blanche par exemple, les deux partenaires reviennent souvent au même nid chaque année, où ils se retrouvent pour se reproduire. Cependant, si l’un des deux ne revient pas, le partenaire restant acceptera souvent un nouveau compagnon
Dans une sortie très commentée, Abdalilah Benkirane, secrétaire général du PJD, a exhorté les jeunes Marocaines à se marier au plus vite, au risque de finir « seules comme des cigognes », au détriment de leurs études. Cette déclaration, teintée de dramatisation et de raccourcis, révèle une rhétorique démagogique construite sur la peur et la simplification. L’ancien ministre Mohamed Benabdelkader démonte, point par point, ce discours polémique à l’aide d’une analyse rigoureuse, s’appuyant sur les données du Haut-Commissariat au Plan et les ressorts classiques de la démagogie politique.
Par Mohamed Benabdelkader

Dans tout engagement politique, la capacité d’un dirigeant à identifier et à s’attacher aux vrais problèmes du peuple constitue un enjeu crucial pour crédibiliser son action et répondre efficacement aux attentes sociales. Le secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane, dans son discours lors d’une rencontre partisane tenue le 7 juillet à Agadir, a essayé de mettre en lumière cette exigence lorsqu’il a estimé être en mesure de discerner avec clairvoyance les véritables problèmes auxquels le peuple marocain est confronté, en les distinguant nettement des faux problèmes, provoqués et imposés par les autres, écoutons-le :
Mariez-vous d’abord et tous viendra après
« Au lieu qu’ils s’attachent à nos vrais problèmes, à nos filles qui restent célibataires, au lieu de chercher comment résoudre le problème du célibat prolongé, d’encourager les jeunes à se marier et de leur faciliter l’accès au logement, ils se tournent vers les couples mariés pour semer la discorde « régata » entre eux. C’est ça ce qu’ils font au lieu de s’intéresser à nos filles qui ne sont pas mariées. Ils ne se demandent pas : jusqu’à quand nos filles resteront-elles sans mariage? Quand elles prendront de l’âge, qui sera à leurs côtés ? Qui les accompagnera à l’hôpital, et qui les enterrera après leur décès ? Par Dieu, il y a une femme universitaire qui est morte seule chez elle, sans mari, ni fille, ni fils, ni personne. Au lieu de s’occuper de nos vrais problèmes, ils parlent des travaux domestiques « al-kad wa-siay’a ». L’effort et les tâches ménagères sont une chose, mais se mêler de la relation entre le mari et la femme pour la détruire, c’est l’œuvre du Satan. Ces gens sont le parti du Satan, rien de moins, rien de plus. D’ailleurs, si vous écoutez mes conseils, vous, les pères, je vous dirai encouragez vos filles à se marier, lorsqu’un prétendant, ne serait-ce qu’un peu acceptable, se présente, mettez votre confiance en Dieu et donnez-lui votre accord, ne lui laissez pas la possibilité de s’enfuir. Quant à vous, les filles, arrêtez de répéter «je dois d’abord étudier, puis travailler » tout cela peut se faire après le mariage, mais si le mariage vous échappe, ni les études ni rien d’autre ne vous servira, et vous resterez seules comme la cigogne. M’avez-vous compris ou pas?”
Ainsi et sous applaudissements nourris, l’orateur opère une distinction tranchée entre ce qu’il considère comme de faux problèmes, tels que la rémunération du travail domestique accomplit par des femmes au foyer, et les véritables enjeux à ses yeux, notamment le problème de rater le train du mariage pour les jeunes filles marocaines. La manière d’établir cette distinction, d’en tirer les conséquences, de formuler les solutions et d’en développer les arguments, s’inscrit parfaitement dans une rhétorique de la démagogie. Le terme "démagogie" est employé ici comme un concept analytique sans aucun jugement valeur, il nous servira pour justement décrire un mode de manipulation des masses, par des promesses exagérées ou trompeuses (mariez-vous d’abord et tous viendra après). Son étymologie grecque ("démos" pour peuple et "agogos" pour conduire) signifie littéralement "conduire le peuple" ou "éduquer le peuple". Dans son sens originel, la démagogie pourrait même être vue comme une forme de leadership politique faisant usages des techniques de persuasion basées sur l'exagération, la simplification excessive, la manipulation émotionnelle, voire la désinformation, dans le but d'obtenir le soutien populaire sans nécessairement tenir compte de la réalité ou du bien commun.
Démagogue n’est pas forcément populiste
Plusieurs analystes et commentateurs ont tendance à qualifier le discours d’Abdelilah Benkirane de populiste, suscitant ainsi une confusion importante entre deux notions souvent mal distinguées : la démagogie et le populisme. La démagogie renvoie avant tout à une stratégie discursive, caractérisée par des techniques telles que le simplisme, la manipulation émotionnelle et la flatterie, visant à séduire et mobiliser un public en simplifiant à l’extrême des réalités complexes. En revanche, le populisme désigne une posture politique précise fondée sur une opposition nette entre un « peuple » idéalisé et une « élite » perçue comme corrompue ou déconnectée, le populiste est donc celui qui cherche à mobiliser le peuple contre l’élite, voire contre l’État lui-même. Alors que la démagogie opère au sein même du système, en cherchant à en exploiter les ressorts pour asseoir son influence, le populisme se positionne souvent comme une force antagoniste, contestant et investissant contre ce système établi. Cette distinction est essentielle pour analyser les discours politiques avec rigueur et éviter les amalgames simplificateurs.
Plusieurs exemples tirés du discours politique d’Abdelilah Benkirane confirment que, loin d’être un politicien populiste au sens strict, il est avant tout un orateur doué, capable de séduire une foule par quelques phrases démagogiques habilement ciselées. Son style, marqué par une communication directe, un langage simple et percutant, utilise fréquemment des techniques narratives et rhétoriques qui flattent le sentiment populaire et manipulent les émotions pour capter l’attention et rallier des soutiens. Comme l’indiquent diverses analyses, ses multiples interventions publiques révèlent un usage maîtrisé d’artifices discursifs destinés à mobiliser sans pour autant s’inscrire dans une posture politique, clairement opposée aux institutions. Cette maîtrise du discours démagogique dans sa dimension communicationnelle, ne fait pas forcément de lui un populiste engagé, elle témoigne plutôt de ses compétences d’orateur capable de mêler simplisme calculé et expression contestataire pour asseoir son influence, sans remettre fondamentalement en cause le système politique.
La solitude de la cigogne
Nul besoin de revenir à la multitude d’exemples discursifs qui jalonnent sa carrière politique, il suffit de se pencher sur sa plus récente sortie médiatique pour confirmer la tonalité démagogique qui irrigue son discours. Plus précisément, ses déclarations controversées concernant la métaphore de « la solitude de la cigogne », où il a comparé les femmes célibataires à cet oiseau, et qui ont été largement médiatisées et vivement critiquées dans l’opinion publique marocaine. Ces propos ont suscité indignation et rejet, y compris au sein des rangs politiques et des associations de défense des droits des femmes, révélant un registre rhétorique qui joue davantage sur la provocation simpliste et les clichés stéréotypés que sur une analyse rigoureuse et responsable des réalités sociales. Cette récente polémique illustre parfaitement le souffle démagogique dans le discours de Benkirane, fait de formules choc et d’expressions imagées qui cherchent avant tout à capter l’attention sans nécessairement engager une réflexion approfondie.
Les propos de Benkirane concernant les problèmes du mariage et du célibat au Maroc, reposent donc sur une stratégie discursive hautement démagogique, mobilisant trois techniques rhétoriques classiques qui caractérisent ce mode de communication politique. Premièrement, la simplification, qui consiste à réduire des phénomènes sociodémographiques complexes tels que le célibat prolongé et l’âge du mariage au Maroc à des causes et conséquences très univoques, occultant toute nuance et de multiples facteurs économiques, culturels et sociaux en jeu. Deuxièmement, la manipulation, qui consiste dans son discours à exploiter habilement les émotions et les peurs des auditeurs, en insistant sur la crainte d’une discorde supposée à cause de la rémunération du travail domestique, la peur du parti du Satan, la peur des jeunes femmes de « rater » le mariage, ou encore celle de finir leur vie isolées et solitaires comme la cigogne. Troisièmement, le discrédit de l’adversaire, et là Benkirane n’hésite pas à diaboliser ceux qu’il accuse de « déclencher la discorde au cœur des couples mariés », les qualifiant carrément de membres du « parti du Satan », ce qui vise non seulement à décrédibiliser et marginaliser ses adversaires politiques, mais plutôt à les juger pour apostasie. En combinant ces procédés, le discours ne cherche pas tant à éclairer le public qu’à susciter des réactions émotionnelles fortes, renforcer son emprise politique et évincer toute forme de débat nuancé, illustrant ainsi les mécanismes typiques de la rhétorique démagogique.
Le parti du Satan
Il est clair que nous avons affaire à une stratégie discursive qui s’appuie sur une dramatisation forte, jouant sur les peurs profondément enracinées des jeunes femmes de « manquer la chance de se marier », de vivre seules, voire de finir seules leur vie, sans soutien familial. Par ailleurs, Benkirane choisit une posture agressive, lorsqu’il recourt au procédé de diabolisation de ses adversaires politiques, en les qualifiant littéralement de « parti du Satan », soulignant ainsi la nature binaire simpliste et réductrice de son combat, où il oppose la défense des « vrais problèmes » du peuple marocain à une prétendue volonté de nuire entretenue par ses opposants.
Lorsque Benkirane procède à la diabolisation de ses adversaires politiques, qu’il accuse de négliger « les vrais problèmes » pour « semer la discorde » entre les couples mariés. Il tient absolument à construire une personnification du mal, telle qu’il la perçoit lui-même « parti du diable », contribuant ainsi à imposer une lecture manichéenne du débat politique où ses opposants, sont présentés non seulement comme inefficaces, mais comme moralement condamnables, voire maléfiques. Cette stigmatisation radicale fonctionne dans le discours de Benkirane comme un levier fondamental pour mobiliser l’émotion et renforcer sa base, en jouant sur la peur d’une subversion de l’ordre religieux, construit selon sa propre vision idéologique.
La vérité en politique constitue à la fois une exigence éthique fondamentale et un outil essentiel de légitimité pour le dirigeant. Pourtant, l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane ne semble voir aucune nécessité d’appuyer ses propos par des chiffres ou des données statistiques fiables, lesquels permettraient pourtant de refléter la réalité des phénomènes socio-familiaux. Or, une simple consultation de ces données suffirait à démontrer que sa rhétorique, marquée par l’exagération et la dramatisation délibérées, a largement dépassé les limites acceptables. Ce décalage entre vérité factuelle et discours politique, compromet non seulement la crédibilité du responsable politique, mais témoigne aussi d’une stratégie discursive visant davantage à manipuler les émotions qu’à informer objectivement et communiquer honnêtement.
Entre la démagogie et la réalité
Selon les chiffres du dernier recensement du Haut-Commissariat au Plan (HCP) et les enquêtes démographiques récentes, l'âge moyen au premier mariage pour les femmes a diminué, passant de 25,7 ans en 2014 à environ 24,6 ans en 2024. Historiquement, de 1960 à 2010, l'âge moyen au premier mariage a augmenté, passant de 17,5 ans à 26,6 ans pour les femmes, et de 24,4 à 31,4 ans pour les hommes, mais les données les plus récentes indiquent une légère baisse de l'âge moyen féminin depuis 2014.
Dans les pays méditerranéens, l'âge moyen au premier mariage varie généralement, mais il tend à être plus élevé qu'au Maroc. Les femmes se marient en moyenne vers 28-32 ans, les hommes souvent légèrement plus tard. En Algérie et en Tunisie l’âge moyen au premier mariage pour les femmes est environ 30 ans, la France est plus avancée dans la tendance à retarder le mariage, l'âge moyen est autour de 37-38 ans pour les femmes et 39,8 ans pour les hommes, alors qu’en Espagne, l’un des pays d’Europe où l’on se marie le plus tard, l’âge moyen est de 34,7 ans pour les femmes et 36,8 ans pour les hommes.
Ainsi, l'âge moyen au mariage des femmes marocaines est plus bas que dans la plupart des pays méditerranéens européens, mais plus élevé qu'il y a quelques décennies, avec un net décalage par rapport à la France et certains pays d'Europe du Sud. Les hommes marocains se marient dans la même tranche d'âge que dans la région (début-trentaine)
Ces données contredisent les prétentions du secrétaire général du PJD, qui dans son récent discours à Agadir, avait alerté sur la tendance des filles marocaines à retarder leur mariage ou le définitivement rater, les conseillant en conséquence de s’emparer du premier qui vient demander leur main, et de privilégier le mariage à la poursuite de leurs études.
Un leader politique, se doit effectivement de baser ses prises de parole sur des données fiables et représentatives des réalités sociales plutôt que sur des anecdotes ou des cas particuliers, or, l'inquiétude exprimée par Abdelilah Benkirane autour du "mariage retardé ou manqué" des filles qui préfèrent poursuivre leurs études, concerne certes une minorité, souvent dans son entourage proche, mais ne reflète pas une tendance générale ni un phénomène social dominant au Maroc. Les chiffres officiels du HCP et d'autres études montrent que, la situation n’est pas aussi alaramente que Benkirane voudrait le faire croire, que si l’âge moyen au mariage a tendance à varier, la plupart des jeunes femmes marocaines se marient dans des délais conformes aux normes sociales actuelles, avec une influence croissante de la scolarisation.
Il est essentiel que les discours politiques alimentent les débats publics avec des analyses rigoureuses, fondées sur des données quantitatives et qualitatives solides, afin d’éclairer les politiques publiques et d’éviter la diffusion d’idées erronées pouvant engendrer des stéréotypes ou alimenter des peurs infondées. Cela permet aussi de mieux comprendre les vrais défis à relever dans la société, comme l’égalité des genres, l’accès à l’éducation, ou la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Il est toujours bénéfique d’engager un débat public éclairé et respectueux de la réalité sociale, reposant sur des chiffres et des études reconnues, car c’est à travers une confrontation honnête et transparente des idées, que la société peut progresser et les responsables gouvernementaux peuvent orienter efficacement les politiques publiques. Cependant un discours qui ne respecte ni la réalité sociale ni l’intelligence des citoyens ne peut qu’être préjudiciable au bon fonctionnement de la démocratie.
Simplification abusive et stéréotype renforcé
Scientifiquement, interpréter le phénomène de célibat définitif des femmes uniquement comme un échec au mariage, dû à la poursuite des études, comme le suggère Benkirane, n’est pas fondé et serait une simplification abusive. Un taux de célibat définitif élevé n’est pas scientifiquement explicable uniquement par la poursuite des études. Il résulte d’un ensemble complexe de mutations sociales et économiques qui influencent les choix matrimoniaux. Un discours politique rigoureux doit s’appuyer sur ces données multidimensionnelles plutôt que sur des impressions ou des cas particuliers.
Lorsque le discours de Benkirane, sans aucun souci des données fiables et nuancées, simplifie des phénomènes sociaux complexes en réduisant le célibat féminin à une conséquence directe de la poursuite des études universitaires, il ignore la multiplicité des facteurs économiques, culturels et personnels qui influencent les décisions matrimoniales. En conseillant aux femmes de se "donner au premier demandeur", il minimise l’importance de l’éducation et des aspirations individuelles, tout en accentuant une pression sociale sur le mariage précipité, sans considérer les bénéfices que l’accès à l’université et à l’autonomie peuvent apporter.
Le simplisme, ou tendance à réduire des phénomènes complexes à des explications faciles et sans nuances, est une caractéristique clé du discours démagogique qui cherche à être simpliste, afin d’être compris facilement et rapidement par un large public. En rendant le message accessible sans effort intellectuel, il facilite l’adhésion spontanée des auditeurs, sans qu’ils aient besoin de réfléchir en profondeur. Il exploite la paresse cognitive en proposant des réponses qui semblent évidentes, en évitant la complexité, les contradictions et la nuance nécessaire à une analyse rigoureuse. La complexité du réel est évacuée au profit d’images, de slogans ou de boucs émissaires faciles à saisir et mobiliser. De cette manière, le discours démagogique tend à omettre les détails, les faits contradictoires et les sources fiables. Il présente une partie de la vérité tronquée, souvent marquée par des clichés ou des idées figées, ce qui alimente le stéréotype et renforce le message simplificateur. Le simplisme dans le discours de Benkirane est donc un outil stratégique pour capter et retenir l’attention, créer une identité de groupe, et surtout garantir la popularité ou l’influence, souvent au détriment d’une compréhension honnête et nuancée des enjeux sociaux.
Il s’agit d’un discours qui illustre clairement une posture démagogique par plusieurs aspects caractéristiques. D’abord, il simplifie à l’extrême des problèmes sociaux complexes, notamment le célibat prolongé des jeunes femmes, en le réduisant essentiellement à un problème d’ordre moral et familial à régler par le mariage rapide et la conformité sociale. La diversité des causes du célibat – qu’elles soient économiques, culturelles, personnelles ou liées à l’évolution des mentalités – est ici occultée au profit d’une vision unidimensionnelle, qui présente le mariage précipité comme seule et unique solution. Par ailleurs, l’appel aux émotions est manifeste tout au long du discours. La peur de la discorde conjugale, la crainte des filles célibataires d’être abandonnées à la solitude et à l’isolement social, voire de mourir sans soutien, sont des ressorts utilisés pour susciter l’inquiétude et orienter l’opinion vers une réponse unique, celle du mariage. Son recours à l’image poignante d’une femme diplômée morte seule, accentue l’effet émotionnel, tout en renforçant l’idée d’une urgence morale à agir. Enfin, la recommandation adressée aux pères et aux filles engage une pression sociale forte, fondée sur un contrôle des comportements individuels au nom d’une norme collective rigide. La réduction des priorités personnelles et sociales au seul mariage – au détriment des études ou du travail – illustre une volonté politique d’imposer un modèle conservateur totalitariste avec peu de place à l’autonomie ou à la diversité des parcours de vie. À travers ses compétences en matière de démagogie, l’orateur construit un discours à la fois polémique et réducteur, visant davantage à provoquer et à simplifier qu’à engager une réflexion nuancée.
Style polémique et manipulateur
La simplification excessive de phénomènes complexes — qu’il s’agisse de la cause palestinienne, de l’identité nationale, des libertés individuelles ou de l’émancipation de la femme — constitue une technique fondamentale constante, à laquelle Benkirane recourt systématiquement dans son discours démagogique. Il croit que cette technique lui permet de parler au peuple marocain en des termes compréhensibles sans effort, de manipuler les émotions plus que la raison, de favoriser l’adhésion rapide plutôt que la réflexion critique, de renforcer son influence juste en agitant habilement les peurs et flattant les attentes de son auditoire. Ainsi comme n’importe quel autre dirigeant islamiste, il croit qu’un public ensorcelé par la démagogie n’est plus capable d’écouter autre chose que le message de son guide.
Ces ressorts rhétoriques qui traversent le discours de Benkirane, révèlent clairement sa vision idéologique et ses priorités politiques, mais aussi son style polémique et manipulateur, qui démontre parfaitement que la démagogie, par essence, se place en opposition directe avec la vérité, la rigueur intellectuelle et le bien commun, elle permet certes d’atteindre quelques objectifs politiques, mais toujours au détriment de la qualité du débat public et de la santé d’une démocratie plurielle.
Comme plusieurs voix critiques l’ont souligné, le langage de Benkirane est sensé respecter le peuple marocain dans toute sa pluralité et éviter les attaques gratuites, pour ne pas fragiliser la cohésion sociale ni alimenter la confusion entre critique politique légitime et invective démagogique. Il lui serait conseillé de reconnaître dans son discours la diversité et la complexité des réalités sociales plutôt que de recourir à des formules simplistes, voire blessantes, qui tendent à diviser plutôt qu’à unir. En privilégiant un ton moins polémique et des propos non injurieux, il pourrait retrouver une crédibilité politique et contribuer à un débat public plus constructif, à la hauteur du statut d’un ancien chef du gouvernement.