Tartuffe s’invite au Parlement marocain – Par Tarik EL MEDLAOUI

Tartuffe s’invite au Parlement marocain – Par Tarik EL MEDLAOUI

Tout au long de la législature que de fauteuils vides et guère mieux à sa fin. Mais à l’approche des élections, des parlementaires se souviennent que les élections arrivent et qui dit élections dit électeurs, alors ils haussent le ton et lèvent la voix.

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Une scène mille fois rejouée, un discours mille fois entendu. À l’approche des élections, les joutes parlementaires se muent en théâtre d’ombres, où les élus feignent d’incarner la voix du peuple tout en récitant les vieux couplets d’un système politique essoufflé, rappelle Tarik El Medaloui, signalant que cette semaine, un député de la majorité a brièvement brisé la mise en scène en dénonçant la faillite du système de santé dans la province de Chichaoua, dans un hémicycle gagné par l’amnésie collective, où la parole ne s’émancipe qu’à la veille des campagnes électorales.

Il n’est de plus grande supercherie que celle qui consiste à feindre la défense des intérêts des Marocains et de leur droit inaliénable à une vie décente, dans toutes les dimensions que celle-ci recouvre

Cette pièce théâtrale se rejoue inlassablement à chaque « dernière ligne droite » avant les échéances électorales, à tous les niveaux de l’échiquier politique, en commençant par le Parlement.

Chaque parti politique sort alors ses meilleures cartes, étale ses jokers, mobilise ses plus grands orateurs… avec des effets de manche soigneusement calibrés.

Cette semaine encore, nous avons eu droit à une énième représentation du genre. L’intervention d’un député de la première chambre, pourtant membre de la majorité, a retenu l’attention.

Exception notable : le parlementaire semblait, endosser pleinement son rôle de représentant de la Nation — et non celui d’avocat du gouvernement — comme l’a d’ailleurs rappelé récemment un leader de l’opposition.

Cet élu, issu de la deuxième force politique du pays, a interpellé le ministre de la Santé sur la situation alarmante du secteur dans sa région : la province de Chichaoua.

Il a ainsi mis en lumière les dysfonctionnements auxquels les Marocains sont confrontés au quotidien dans les hôpitaux : manque de capacités d’accueil, sous-effectif médical, absence de coordination… Une liste tristement longue et bien connue.

Cette prise de parole a eu le mérite de rappeler l’énorme décalage — voire le déni — dans lequel évolue le gouvernement actuel, qui se félicite des prétendus succès de chantiers majeurs, comme celui de la généralisation de l’assurance maladie ou les soi-disant progrès du secteur de la santé.

Il y a à peine un mois, le chef du gouvernement, en présence du ministre de tutelle, se félicitait pourtant des « avancées notables » de ce chantier ô combien stratégique — sous les applaudissements unanimes des élus de la majorité. Ont-ils changé d’avis en deux semaines ?

Comment prétendre réussir le grand projet de « l’État social », si cher à cette majorité, lorsque son pilier fondamental — la santé — est aussi défaillant ?

Certes, il serait injuste d’imputer à ce seul gouvernement l’ensemble des dérives accumulées depuis des années dans ce secteur. Mais il est tout aussi irresponsable de se gargariser d’une réussite fantasmée, en se réfugiant derrière des éléments de langage convenus et des annonces de budgets d’investissement prétendument colossaux… Comme si tout se jouait sur des chiffres et des lignes budgétaires.

Quatre années de déni, de déclarations creuses, de méconnaissance du terrain… et beaucoup de gesticulations. Tout cela pour préserver un fragile équilibre au sein d’une majorité désunie.

Ce climat de crainte et de contrôle a fini par museler nombre d’élus — à l’image de ce parlementaire de Chichaoua, tristement célèbre pour avoir été sanctionné et évincé du bureau politique de son parti après avoir dénoncé, en séance plénière, certaines dérives des politiques publiques.

Deux ans ont passé. Et à un an des élections, les langues se délient. Les punchlines font leur retour.

Car, chez certains leaders politiques, le mot d’ordre est clair : « Les Marocains ne se rappellent que de la dernière année. »

Selon eux, les Marocains ont la mémoire courte. Il suffirait d’une campagne bien ficelée, de quelques promesses bien calibrées, pour que tout soit oublié.

Bref. Nous serions les dupes, ils seraient les stratèges.

Et au final, qui paie la facture ?

Mais ils oublient une chose essentielle : la confiance ne se décrète pas. Elle se gagne, avant tout, par le respect — celui de l’intelligence des Marocains, de leur lucidité, de leur capacité à déceler les feintes et à déconstruire les discours creux, sans vision ni cohérence.

La véritable crise politique est là : dans l’incapacité chronique de nos responsables à se renouveler, à s’adapter à une société marocaine qui, fort heureusement, ne croit plus tout ce qu’on lui raconte.

Et pendant ce temps, le citoyen marocain, lui, connaît la chanson.

Il ne vous croit plus.

Il s’abstiendra. Encore.

Au revoir. Merci.