Un soir pour l’histoire – Par Naïm Kamal

Un soir pour l’histoire – Par Naïm Kamal

Au milieu de cette foule effervescente, aucun superlatif n’est superflu (Photo par Abdel Majid BZIOUAT / AFP)

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Sous un ciel d’automne, Rabat s’est changée mercredi en un immense stade grandeur nature. Des milliers de voix ont fusionné dans une chorale mélodieusement cacophonique. Par dizaines de milliers, des Marocains sont venus de partout saluer l’exploit.  Des Lionceaux de l’Atlas, champions du monde U20. Naïm Kamal raconte une ferveur populaire, simple et pure, qui n’avait pas besoin des réseaux sociaux pour se mobiliser, mêlant drapeaux et chants aux larmes de joie et de fierté. Une tout autre Gen Z, plus massive, se fondant avec toutes les autres Gen, les babys boomers et peut-être d’avant même l’alphabet. Il y a comme ça des soirées de délire où tout s’éclaircit.  Où même le son discordants et assourdissant des vuvuzelas devenait enchantant.

Naïm Kamal

Rabat en rouge et vert

Dès les débuts de l’après-midi, les voies royales de la capitale du Royaume – Mohammed V, Hassan II, Molay Youssef, Place des alaouites… - des familles entières drapées de rouge et vert ont progressivement pris possession de l’instant hors temps, guettant le convoi des héros, d’autant plus héros qu’ils sont jeunes auxquels leurs pairs s’identifiaient, et les plus âgés y projetant leurs enfants.

On devait être aux alentours de 19 h - l’horloge avait suspendu son écoulement pour se connecter au moment - quand le cortège est enfin apparu dans un hourra, j’allais dire d’enfer, mais ce jour-là paradisiaque. Un bus rouge impérial aux allures d’un rêve réalisé que des milliers de smartphones, de crainte qu’il ne soit évanescent, figent pour la postérité. Et au rythme de sa lente avancée, la ville battait la mesure d’un seul cœur. Sire, sire, sire…

L’exploit d’une génération

Quelques jours plutôt, à Santiago du Chili, l’histoire s’était écrite des mêmes couleurs de ce mercredi 22 octobre 2025, en rouge et vert. Deux buts d’un même pied, celui de Yassir Zabiri terrassaient les favoris héritiers de Maradona et Messi, signant de la plus belle des façons l’aboutissement d’une grandiose œuvre collective.

Tout à leur joie d’avoir ramené le trophée à la maison, d’y avoir rencontré la Prince héritier Moulay El Hassan, beaucoup de ces joueurs semblaient planer au ralenti au-dessus de cette marée humaine.

Pour eux ce n’était plus un couronnement, mais une naissance.

Pour la route, Ouahbi !

Alors que le bus disparaissait dans la nuit, poursuivi par une clameur persistante qui cherchait à le retenir, on pouvait lire dans les yeux humides des supporters cette supplique au sélectionneur : encore un vivat, pour la route, Ouahbi !

Sur l’Avenue Mohammed V, ‘’la plus belle du monde’’ ce soir-là, la liesse s’étirait en un infini fuseau lumineux d’un long plan séquence magistralement tourné, où chaque visage devenait fragment de film. Dans la ville, dans les cafés, sur les balcons, flottait cette ivresse douce et lucide d’avoir vécu un moment d’histoire.

Au milieu de ces vagues humaines en effervescence, les superlatifs perdaient leur emphase, et aucune louange, ne pouvait paraitre superflus ou exagérée.