Venezuela et la malédiction du Sahara – Par Hatim Betioui

Venezuela et la malédiction du Sahara – Par Hatim Betioui

Un manifestant porte une casquette « Make America Great Again » (MAGA) modifiée, sur laquelle le mot « Venezuela » a été collé par-dessus le texte original, lors d'une manifestation en soutien au peuple vénézuélien à la suite de l'opération militaire américaine menée au Venezuela pour capturer le président vénézuélien, à Barcelone, le 4 janvier 2026. (Photo AFP)

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À des milliers de kilomètres du Maroc, le Venezuela s’est durablement impliqué dans le dossier du Sahara marocain, au point d’en faire un marqueur idéologique de sa politique étrangère. Hatim Betioui revient sur l’arrestation spectaculaire de Nicolas Maduro par les États-Unis, qui agit aujourd’hui comme un révélateur brutal des impasses d’une stratégie fondée sur la confrontation, l’alignement idéologique et le soutien aux séparatismes.

Hatim Betioui

Un lointain allié devenu adversaire déclaré

Bien que séparé du Maroc par près de 7.400 kilomètres, le Venezuela n’a jamais hésité à s’immiscer dans le « tajine marocain », contestant l’intégrité territoriale du Royaume et soutenant, avec constance, les séparatistes du Front Polisario proxy de la politique extérieure algérienne dans la région. Cette posture, adoptée au nom d’un internationalisme idéologique, a longtemps nourri une tension persistante entre Rabat et Caracas.

Le samedi dernier a marqué un tournant historique dans le pays de Simón Bolívar, figure emblématique de la lutte contre la colonisation espagnole. Une opération éclair menée par la force Delta, unité spéciale de pointe de l’armée américaine, a conduit à l’arrestation du président Nicolas Maduro et à son transfert, avec son épouse, à New York pour y être jugé dans plusieurs affaires criminelles.

De Chávez à Maduro, la continuité d’un naufrage

Nicolas Maduro dirigeait le Venezuela depuis 2013, après la mort d’Hugo Chávez, connu pour son hostilité affichée envers Washington, son alliance stratégique avec l’Iran et la Russie, et son soutien systématique aux causes séparatistes. Maduro s’est inscrit dans la continuité de cette ligne, plongeant le pays dans une crise profonde marquée par l’effondrement économique, une inflation hors de contrôle, de graves pénuries alimentaires et médicales, ainsi que l’exode de millions de Vénézuéliens.

À ces difficultés se sont ajoutées des sanctions internationales, un conflit politique interne aigu et une remise en cause croissante de la légitimité des élections. Le Venezuela oscillait ainsi entre contradictions flagrantes, jusqu’à ce que survienne « l’évènement du samedi ».

Du rêve de libération à l’abîme autoritaire

Le parcours du pays illustre une trajectoire brutale, passant de l’idéal de libération à l’enlisement dans l’autoritarisme, de la richesse pétrolière à une crise structurelle profonde. Le pétrole, longtemps source de puissance, s’est révélé être aussi un facteur de vulnérabilité majeure.

Dix ans après l’arrivée de Chávez au pouvoir, l’orientation de la politique étrangère vénézuélienne vers des alliances ouvertement hostiles à l’Occident, combinée à son implication active dans le soutien aux mouvements séparatistes en Afrique et en Amérique latine, a conduit le Maroc à rompre ses relations diplomatiques avec Caracas en 2009. Cette décision faisait suite au soutien politique et diplomatique assumé du Venezuela au Front Polisario dans les instances internationales, une ligne maintenue sous Maduro.

Le pari marocain du temps long

Malgré un climat de tension durable, quelques tentatives d’apaisement ont vu le jour, Caracas cherchant à établir des contacts diplomatiques indirects. Rabat, pour sa part, n’a jamais montré d’empressement à renouer une relation qui ne respectait pas son unité territoriale. Les conséquences se sont fait sentir sur le plan économique, les échanges entre les deux pays devenant quasi inexistants.

Le Maroc a néanmoins privilégié une diplomatie de retenue, évitant les surenchères médiatiques et misant sur le facteur temps comme seul capable de rétablir les équilibres.

La « malédiction du Sahara » et les recompositions mondiales

Pour de nombreux observateurs, ce qui est arrivé au Venezuela relève d’une forme de « malédiction du Sahara », même si d’autres y voient surtout l’expression d’un vaste réajustement géopolitique mondial, parfois qualifié de « Yalta II », visant notamment à contenir la montée en puissance de la Chine. Les signes de cette recomposition apparaissent déjà dans plusieurs régions du monde, de Somaliland aux tensions au Yémen et dans le Golfe, en passant par les protestations en Iran et l’évolution du conflit en Ukraine.

Dans ce contexte, une question s’impose : l’Algérie a-t-elle compris le message envoyé par l’arrestation de Maduro, alors qu’elle perd progressivement les soutiens internationaux à sa thèse séparatiste ? Et saura-t-elle répondre positivement aux déclarations d’octobre 2025 de Steve Witkoff, envoyé spécial du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient, évoquant la possibilité d’un accord de paix entre Alger et Rabat sous 60 jours, avec l’appui de Washington et des Nations unies, une échéance désormais dépassée depuis décembre dernier ?

Les leçons d’un effondrement

L’enseignement majeur de la crise vénézuélienne est clair : s’engager dans des politiques étrangères agressives, fondées sur l’exportation des crises et le soutien aux séparatismes, ne garantit ni une influence durable ni une protection contre l’effondrement interne. Le projet Chávez-Maduro, bâti sur la rente pétrolière et des slogans idéologiques, s’est achevé dans une isolation étouffante et un affaissement institutionnel profond, poussant le pays au bord du gouffre.

Il appartient désormais à l’Algérie de comprendre que les transformations internationales ne pardonnent pas les postures rigides. L’heure est peut-être venue de revoir les calculs, avant qu’il ne soit trop tard, et d’adopter une approche réaliste privilégiant le dialogue et la stabilité plutôt que l’épuisement et la confrontation ouverte.