Des tunnels de la résistance juive de l’antiquité gréco-romaine à ceux de Gaza – Par Mohamed Chraibi

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La figure messianique Siméon Bar Kochba conduit les Juifs dans une révolte ratée contre la domination romaine.

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Ce que le 7 octobre a changé – Par Mohamed Chraïbi

Des découvertes archéologiques récentes montrent que les abris souterrains, autrefois liés à la révolte du Bar Kochba (132° - 136 E.C.) en Israël sont apparus plus tôt comme une stratégie juive visant à résister à toute attaque étrangère. C’est ce que révèle un article du journal israélien Haaretz dans sa livraison du 25/1/24 (1) dont je reproduis ci-après de larges extraits. J’évoque ici cet épisode de la résistance pluriséculaire des Juifs à l’occupation Seleucide d’abord et romaine ensuite du fait des similitudes qu’il présente avec la résistance séculaire que les combattants de Gaza opposent à l’occupation juive.

En effet certains des archéologues israéliens auteurs de ces découvertes ont eu l’audacieuse idée de faire le parallèle entre les tunnels du Hamas à Gaza et ceux ayant servi aux Juifs dans leurs luttes contre l’occupation étrangère il y a 2000 ans. 

Ces archéologues ont mis au jour, sur une grande partie d'Israël, profondément enfoui sous terre, un monde d'anciens tunnels sinueux, de terriers étroits et de larges chambres creusées dans la roche.

En fait l’archéologie savait depuis les années 1970, que la plupart des établissements juifs de la Judée de l'époque romaine étaient équipés d'un labyrinthe de caches élaborées qui permettaient aux habitants de se protéger des attaques romaines et, si nécessaire, d’y survivre longtemps.

Ces complexes souterrains, croyait-on au départ, étaient principalement liés à la révolte de Bar Kochba, un conflit du IIe siècle de notre ère qui fut la dernière tentative majeure des Juifs de se débarrasser de la domination romaine mais qui se termina par leur défaite, leur massacre, et la dispersion des survivants hors d’Israël sous l'empereur Hadrien. Mais des découvertes récentes ont montré que le phénomène avait commencé beaucoup plus tôt, peut-être même avant la conquête Romaine par Jules César en 67 avant notre ère. « Ces souterrains ont une histoire plus complexe qu'on ne le pensait auparavant, et ont évolué au fil du temps pour devenir un élément clé de la stratégie de résistance juive aux empiètements étrangers ».

L’utilisation de grottes naturelles, en particulier autour de la mer Morte, comme abris (de documents précieux notamment) en période de conflit, du fait de leur éloignement des centres habités et du climat désertique favorable à la conservation est connue du grand public depuis la découverte des fameux rouleaux de la mer Morte entre 1946 et 1956. 

Mais, ce que beaucoup ignorent est l’utilisation de souterrains comme abris humains par la plupart des Judéens de l'époque romaine. Complexes labyrinthiques qu'ils avaient eux-mêmes creusés dans le substrat rocheux sous leurs propres maisons. "C'était un must-have", explique un archéologue comme aujourd’hui toute maison, dans les  Kibboutz attaqués par Hamas le 7 octobre dernier, est équipée d’une « safe room » en béton armé et verrouillage inviolable.

Les archéologues ont trouvé quelque 530 complexes de ce type sur près de 300 sites, dispersés entre le centre de l’Israël actuel, la Cisjordanie et la Galilée comme rapporté dans par deux archéologues de l'Université Bar-Ilan dans une étude publiée en 2022.

Mais plus qu’un système défensif les tunnels de l’époque servaient aussi de bases pour des attaques de guérilla contre les Romains, frappant l'ennemi et se retirant rapidement sous terre selon l’historien gréco-romain Cassius Dio (165-235 E.C.). 

Alors que la plupart des complexes souterrains semblent avoir été construits en préparation de la révolte de Bar Kochba, les découvertes sur plusieurs sites montrent maintenant qu'ils existaient déjà à la fin de la période du Second Temple, voire lors de la première révolte (66-70) qui s'était terminée par la destruction du temple de Jérusalem en 70 de notre ère, tandis que d'autres remontent à l'époque Hasmonéenne (second siècle avant notre ère). 

Certains complexes étaient de simples lieux de stockage de provisions alimentaires mais d’autres des terriers étroits et sinueux (pour rendre l'accès à un ennemi plus difficile) équipés de mécanismes de "verrouillage" (généralement une pierre roulante) qui ne pouvaient être actionnés que de l'intérieur  et des tunnels reliant les caches à des puits ou des citernes locaux pour l’approvisionnement en eau

A l’instar des Palestiniens d’aujourd’hui, les Palestiniens de l’époque romaine (les Juifs) se rebellaient périodiquement contre leurs occupants, leur conférant une expérience cumulative des avantages de la guerre souterraine. 

La caractéristique typique de certains complexes de cette période est qu'ils comprenaient des connexions entre des structures souterraines auparavant isolées, créant un seul énorme labyrinthe qui permettait aux gens de se déplacer facilement à l’intérieur des villages et des villes ou même de quitter ceux-ci, selon Klein l’un des archéologues de l’étude. Dans des cas (exceptionnels) certains tunnels auraient servi à attaquer des places fortes de l’ennemi. 

"En cela, ils sont très similaires aux tunnels du Hamas que nous voyons à Gaza, ou plutôt, ils nous l'ont copié", dit-il.

« Il a fallu aux Romains quatre ans de combats sanglants pour réprimer la révolte, avec l'aide d'une douzaine de légions…  L'empereur Hadrien a dû envoyer des soldats et des commandants de provinces lointaines, y compris l'Allemagne et la Grande-Bretagne… plus de 100 000 hommes, ont été mobilisés pour traquer les bandes rebelles village par village, tunnel par tunnel » 

« Étant donné que les tunnels étroits ont pratiquement annulé la puissance des légions et rendu difficile la manœuvre des soldats lourdement blindés, les troupes romaines sont rarement entrées dans les complexes cachés, préférant plutôt enfumer les résistants. Cette méthode est attestée à la fois par l'historien juif Josephus Flavius  pour la première révolte et par des sources rabbiniques après la révolte de Bar Kochba….Les difficultés rencontrées par les troupes d'Hadrien reflètent celles auxquelles les soldats israéliens sont confrontés en traquant les terroristes du Hamas …..

Nous pensions qu'il faudrait peut-être un mois ou deux à Tsahal pour prendre le contrôle de Gaza, mais la conquête de la *Gaza du dessus* n'est pas un problème : la prise de *Gaza du dessous*  est le vrai  problème. Comme il est très facile pour les combattants de se déplacer d'une zone à une autre souterraine, vous finissez par combattre des fantômes. Pour les Romains, c'était la même chose….. La révolte de Bar Kochba a causé de lourdes pertes chez les Romains, mais pour les Juifs, le prix était une extermination presque complète, a écrit Dio Cassius. Plus d'un millier de villes et de villages ont été rasés et plus d'un demi-million d'hommes tués au combat - avec d'innombrables autres morts par le feu, la maladie et la famine, a rapporté l'historien romain »

Comme pour la plupart des chiffres donnés par les historiens anciens, il y a un débat sur l'exactitude de ces chiffres, mais il ne fait guère de doute qu'après la révolte du Bar Kochba, la présence juive en Judée a été pratiquement anéantie. La vie juive s'est poursuivie en Galilée, qui avait surtout été en dehors de la guerre, et dans la diaspora. Mais la rébellion a mis fin à tout espoir d'indépendance pour la Judée …… »

Il est dommage que celle-ci ne donne pas ni les longueurs de ces tunnels ni les profondeurs de leur enfouissement sous terre afin de les comparer à ceux de Hamas (600 km environ, et plusieurs dizaines de mètres sous terre). 

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