L’hirondelle Mohamed Benchaâboun -

5437685854_d630fceaff_b-

Mohamed Benchaâboun, ministre de l'Économie, des Finances et de la Réforme de l'Administration

1
Partager :

La prestation du ministre de l'Économie, des Finances et de la Réforme de l'Administration, Mohamed Benchaâboun, devant SM le Roi Mohammed VI lors de la cérémonie de lancement de l’Assurance maladie pour tous — quelques 22 millions de Marocains dans les plus brefs délais — n’est pas passée inaperçue.

Cette prestation a déclenché une série d’analyses politiques qui ne sont pas en relation directe avec ce que représente cet évènement majeur dans le champ social.

Premier point. Le label royal explicite que porte cet évènement manifeste : il interdit de fait toute récupération, en cette veille d’élections, politicienne de ce grand acquis social. L’on voit clairement que ce sont les islamistes au pouvoir qui sont visés par cette règle prudentielle ou cette prévenance spécifique.

Depuis les deux mandats de l’Islamisme au pouvoir, très tôt, il a été scrupuleusement observé qu’à chaque fois que les « frérots » voulaient mettre à l’actif de leur bilan une opération royale surtout dans le domaine social, il se sont vu tacler sèchement. Une distinction nette est faite entre le bilan du Souverain sur ces dossiers souverains et les actions gouvernementales spécifiques. Ce qui est à César appartient à César…

Le 14 avril 2021 à Fès, date de cet évènement, a été aussi l’occasion d’assister à la mise en orbite politique spectaculaire — comme à Cap Canaveral — d’un haut commis de l’État que d’aucuns ont vite fait de lui prédire un grand avenir politique. Il a mis sur la touche tous ses homologues spécialisés dans le social ou le travail, les stars du gouvernement Othmani et, surtout, ses ainés méritoires du parti où il est censé émarger. On peut ergoter sur les détails mais le résultat est là. Dès le lancement de la fusée Mohamed Benchaâboun, les étages ont commencé à se détacher avec fluidité en vue d’une mise en orbite inédite.

Le concepteur de cette opération peut être crédité d’un brillant coup de maitre. Il nous a redonné goût à l’écriture politique tellement ces derniers mois, ou mêmes ces dernières années, nous étions plongés dans un fatras de médiocrité et de vulgarité politiques.

Pas d’hirondelle en vue et pas de printemps sui generis. Pas d’alternance préparée. Panne de contenu, panne organisationnelle et panne de leadership. Et pourtant une forme de lassitude de la doxa islamiste au pouvoir, une fatigue face à leadership ministériel usé jusqu’à la corde, et une enfilade de bévues, parfois spectaculaires, qui place le parti au pouvoir dans un climat cacophonique qui fait douter sérieusement de son sérieux et de son utilité gouvernementale.

L’apparition sur l’écran de télévision, lors de cette cérémonie royale tirée au cordeau, de Mohamed Benchaâboun a donné un air de fraîcheur à tout cela. Voilà un garçon qui a un cerveau à la place du cerveau, qui fonctionne plutôt bien, coaché correctement sur le plan politique et qui, surtout, en ces temps d’amateurisme généralisé, maitrise ses dossiers, ce qui démontre à ce niveau élevé une certaine compétence.

On s’y prend à rêver. Utile, comme toujours. On classe, on hiérarchise, on liste, on refait les comptes, plutôt deux fois et au final on se dit que tout est possible. Y compris le pire car la réalité dans notre pays est têtue, rigide et obstinée. Au final on se dit pourquoi pas, — par désir politique de sortir de l’ornière, — si ce jeune homme, ses amis, et ses alliés pouvaient faire bouger le « schmilblick » ça serait une bonne chose !

Mais nous savons tous que les affaires politiques marchent rarement sur un coup de cœur. Il faut planifier, programmer, choisir, éliminer etc. C’est une guerre sans pitié qui ne laisse aucune place aux naïfs ou aux jolis cœurs. C’est sanglant, putride et irrationnel. C’est ça la vérité. Elle s’aggrave quand les élections venues on arrive les mains dans les poches sans plan B, sans modalités d’alternance, sans élite de substitution, sans relève etc.

On n’en est réduit à s’exciter sur la belle prestation de Mohamed Benchaâboun et de rêver à un jour meilleur où la régulation de la vie politique par la démocratie aura immunisé le Maroc contre tous les squatters providentiels — 10 ans d’islamisme gouvernemental, ça suffit, — ou les sauveurs auto-proclamés d’un quelconque printemps arabe !