A Gaza, ultime hommage à trois journalistes palestiniens assassinés par Israël

A Gaza, ultime hommage à trois journalistes palestiniens assassinés par Israël

Noor Alhoda (à gauche), mère d'Abdul Raouf Shaat, pleure sa mort avec sa femme Rosan (à droite) devant sa tente à Mawasi, Khan Younis, le 22 janvier 2026 (Photo AFP)

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À Khan Younès, des centaines de Palestiniens et de journalistes ont rendu un dernier hommage à trois professionnels des médias tués lors d’une frappe israélienne dans la bande de Gaza. Cette cérémonie, marquée par l’émotion et la colère, s’inscrit dans un contexte dramatique où les organisations internationales de défense de la presse alertent sur l’ampleur des pertes humaines parmi les journalistes depuis le début du conflit. Alors que les familles pleurent leurs proches et que les confrères dénoncent des atteintes répétées au droit international humanitaire, la question de la protection des reporters en zone de guerre reste plus que jamais au cœur des préoccupations internationales. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) estime à au moins 258 journalistes et travailleurs des médias assassiné par Israël dans la bande de Gaza depuis le début la guerre qualifiée par l’ONU et les ONGs internationales de génocide.


Khan Younès, Territoires palestiniens - Les yeux rougis, les traits fatigués, des centaines de personnes, dont de nombreux journalistes de la bande de Gaza, se massent dans l'enceinte de l'hôpital Nasser, à Khan Younès.

Ils sont venus saluer la mémoire de leurs trois confrères, dont un collaborateur régulier de l'AFP, tués la veille dans le centre de la bande de Gaza dans une frappe de l'armée israélienne, qui affirme avoir visé les opérateurs d'un drone jugé suspect.

On se bouscule autour des corps quand ils sortent de la morgue en direction de la cour de l'hôpital, où des hommes s'alignent en silence pour accomplir la "salat al-janaza", cette prière ultime récitée debout, sans se prosterner, pour les défunts.

"Aujourd'hui, nous assistons à une exécution systématique menée par les forces d'occupation israéliennes contre nos confrères", lance à la foule Ibrahim Qanan, un des journalistes les plus âgés présents sur place.

Sur un brancard, un gilet pare-balle barré du mot "Press" a été posé sur la dépouille d'Abdoul Raouf Shaath, collaborateur régulier de l'AFP.

Sur le gilet, deux pissenlits et des pétales de fleurs. Le ciel est plein de nuages gris et la plupart des hommes portent des capuches ou des bonnets.

"Abed (son surnom, NDLR) aimait le journalisme et le tenait en haute estime, parce qu'il documente la vérité", a dit à l'AFP Samir Shaath, son père.

"Abed n'est pas le premier journaliste qu'ils prennent pour cible", a ajouté cet homme qui peine à marcher en portant le brancard où repose son fils, et que d'autres journalistes viennent enlacer avec effusion.

Selon l'organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF), "près de 220 journalistes ont été tués à Gaza par l'armée israélienne depuis le début de son offensive il y a plus de deux ans".

"Long registre"

L'armée israélienne prétend ne jamais prendre délibérément pour cible des journalistes. Elle a néanmoins revendiqué l'élimination d'un certain nombre de professionnels de la presse qu'elle accuse d'avoir été des "terroristes" membres de la branche armée du Hamas ou d'autres groupes armés palestiniens.

L'Etat d'Israël n'est pas signataire du protocole additionnel de 1979 aux Conventions de Genève, qui ont posé les règles modernes du droit de la guerre après celle de 39-45. Ce protocole dispose que les journalistes en zone de conflit armé sont considérés comme des personnes civiles et "protégés en tant que tels (...) à la condition de n'entreprendre aucune action qui porte atteinte à leur statut de personnes civiles".

Une jeune journaliste pleure en effleurant de la main un des sacs mortuaires.

Dans un coin de la morgue, un proche cache ses yeux derrière son avant-bras en pleurant en silence.

Pour beaucoup, cette scène n'est que trop familière. Certains pensent au 25 août 2025 notamment, quand des frappes israéliennes sur un hôpital du sud de la bande de Gaza avaient coûté la vie à cinq journalistes palestiniens, dont une collaboratrice de l'agence de presse américaine Associated Press (AP).

"C'est un nouveau crime qui s'ajoute au long registre des crimes commis par l'occupation contre les journalistes", estime Adly Abou Taha.

"L'occupation a ignoré toutes les lois et conventions internationales qui garantissent la protection des journalistes et les a directement ciblés".

L'armée israélienne, a indiqué mercredi examiner dans quelles circonstances la frappe fatale aux trois journalistes avait été menée. Rappelée par l'AFP jeudi, elle a indiqué n'avoir rien de plus à communiquer à ce stade.

Après l'inhumation, réalisée, comme le veut la tradition, uniquement par des hommes, la mère d'Abdoul Raouf Shaath a pu serrer le gilet pare-balle de son fils.

Dans l'océan de tentes d'un camp de fortune d'al-Mawasi, où des centaines de personnes déplacées par les combats et les bombardements vivent dans des conditions précaires, Nour al-Houda est entourée d'autres femmes aux mines affligées.

Elle pince ses lèvres pour ne pas pleurer.