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Banques marocaines : solides, rentables, et sous surveillance accrue de Bank Al-Maghrib
Présenté à Casablanca par Nabil Badr, directeur de la Supervision bancaire à Bank Al-Maghrib, le rapport consacré à l’exercice 2025 dresse un tableau globalement favorable du secteur.
Le secteur bancaire marocain a confirmé sa solidité en 2025, porté par une hausse du crédit, des dépôts en progression et une rentabilité renforcée. Mais derrière ces indicateurs favorables, le 22e rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur la supervision bancaire met aussi en évidence plusieurs points de vigilance : créances en souffrance encore élevées, besoin important de liquidités, multiplication des réclamations, exposition croissante aux cybermenaces et exigences accrues en matière de conformité. La Banque centrale entend ainsi conjuguer résilience financière, protection de la clientèle et adaptation aux mutations numériques et climatiques.
Une activité bancaire soutenue par la croissance économique
Présenté à Casablanca par Nabil Badr, directeur de la Supervision bancaire à Bank Al-Maghrib, le rapport consacré à l’exercice 2025 dresse un tableau globalement favorable du secteur. L’économie marocaine a enregistré une croissance de 4,9 %, dans un contexte international pourtant marqué par les tensions géopolitiques, l’incertitude commerciale et les effets de la politique tarifaire américaine.
Cette progression a été principalement soutenue par l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales. Dans le même temps, l’inflation est restée contenue à 0,8 % en moyenne, offrant à la Banque centrale une marge de manœuvre pour accompagner l’activité.
En mars 2025, Bank Al-Maghrib a abaissé son taux directeur de 25 points de base, à 2,25 %, avant de le maintenir inchangé jusqu’à la fin de l’année. Elle a également continué à satisfaire les besoins de liquidité du système bancaire et à soutenir les dispositifs facilitant l’accès au financement des très petites entreprises.
Le crédit bancaire a progressé de 6,5 %, tandis que les dépôts collectés auprès de la clientèle ont augmenté de 7,6 %. Cette dynamique traduit une activité financière soutenue et une capacité accrue des banques à accompagner les besoins de financement de l’économie.
Des banques mieux capitalisées et plus rentables
Les résultats cumulés des banques conventionnelles ont enregistré une hausse de 22 % en 2025. Les banques participatives, entrées en territoire bénéficiaire depuis 2023, ont également poursuivi l’amélioration de leur rentabilité.
La solidité financière du secteur s’est renforcée. Le ratio moyen de solvabilité a atteint 16,1 %, pour un minimum réglementaire fixé à 12 %. Le ratio moyen des fonds propres de catégorie 1 s’est établi à 13,5 %, contre une exigence réglementaire de 9 %.
Le niveau moyen de liquidité à court terme est lui aussi resté confortable. Ces résultats montrent que les banques marocaines disposent de marges de sécurité suffisantes pour absorber d’éventuels chocs.
Bank Al-Maghrib n’en appelle pas moins à la prudence. Elle a renouvelé ses recommandations concernant la distribution des dividendes au titre de l’exercice 2025. Cette approche vise à préserver les fonds propres des établissements et à maintenir leur capacité à financer l’économie dans un environnement mondial instable.
Les créances en souffrance demeurent toutefois élevées. Leur taux s’est situé à 8,3 % sur base sociale et à 8,8 % sur base consolidée. Ces proportions sont en légère baisse par rapport à 2024, mais elles restent un point de vigilance majeur pour les autorités de supervision.
Un besoin de liquidité toujours important
Le besoin de liquidité des banques s’est élevé à 123,3 milliards de dirhams en 2025, un niveau quasiment inchangé par rapport à l’année précédente. Il demeure néanmoins nettement supérieur à la moyenne de 78 milliards de dirhams enregistrée entre 2021 et 2023.
Pour maintenir l’équilibre du marché monétaire, Bank Al-Maghrib a mobilisé 137,8 milliards de dirhams d’interventions. Ce montant comprend 58,7 milliards de dirhams d’avances à sept jours, 53,7 milliards d’opérations à un et trois mois et 25,5 milliards de refinancements accordés dans le cadre des programmes de soutien au financement de l’économie.
La Banque centrale a aussi été sollicitée à neuf reprises pour des avances à 24 heures, pour un montant cumulé de 20,3 milliards de dirhams.
Le taux moyen pondéré du marché interbancaire est resté aligné sur le taux directeur, tandis que le volume moyen quotidien des échanges a progressé de 2,6 milliards à 4 milliards de dirhams. Ces données montrent que Bank Al-Maghrib a réussi à préserver la stabilité monétaire malgré des besoins de financement structurellement élevés.
La circulation des espèces atteint un nouveau sommet
La monnaie fiduciaire, composée des billets et pièces en circulation, a fortement augmenté en 2025. Elle a progressé de 18,5 % pour atteindre 491 milliards de dirhams, soit 28,5 % du produit intérieur brut.
Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs. Bank Al-Maghrib cite notamment l’accélération de l’activité économique, la progression des recettes touristiques en fin d’année, liée à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de football, ainsi que le versement d’aides financières directes aux éleveurs dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel national.
Parallèlement, les dépôts bancaires ont augmenté de 7,4 %. Les dépôts à vue ont progressé de 10,2 %, pour atteindre près de 1.000 milliards de dirhams. À l’inverse, les dépôts à terme ont reculé de 4,7 %, à 114,2 milliards de dirhams.
Les comptes d’épargne ont enregistré une hausse plus modérée de 2,7 %, à 192,7 milliards de dirhams. Les dépôts des particuliers ont atteint 947,3 milliards, dont 222,8 milliards détenus par les Marocains résidant à l’étranger.
Les sociétés non financières privées ont, de leur côté, vu leurs dépôts progresser de 10,1 %, à 259,7 milliards de dirhams. Au total, l’agrégat monétaire M3 s’est accru de 9,3 %, à 2.068,3 milliards de dirhams.
Le faux monnayage poursuit son recul
Le nombre de faux billets détectés a diminué de 10 % en 2025, pour s’établir à 4.064 unités. Le taux de contrefaçon est revenu à 1,2 faux billet pour un million de billets en circulation, contre 1,5 en 2024 et 5,2 en 2019.
Cette amélioration est attribuée à l’intégration de nouveaux dispositifs de sécurité dans les séries récentes de billets, à la modernisation des équipements de détection et au renforcement des contrôles menés auprès des banques et des centres privés de tri.
Bank Al-Maghrib a également poursuivi sa production de documents sécurisés. En 2025, elle a fabriqué plus de 2,2 millions de passeports biométriques, 3,1 millions de cartes préimprimées, 2,5 millions de cartes personnalisées et plusieurs millions de vignettes, fiches administratives, diplômes, attestations et timbres.
Cette activité illustre le rôle industriel et stratégique de la Banque centrale dans la sécurisation des documents officiels et identitaires.
Cybersécurité, climat et finance numérique
La supervision bancaire ne se limite désormais plus aux risques traditionnels liés au crédit, à la liquidité ou à la solvabilité. Bank Al-Maghrib accorde une attention croissante aux risques climatiques, numériques et cybernétiques.
En matière de changement climatique, la Banque centrale a adopté des directives relatives à la publication d’informations sur les risques environnementaux et à la collecte de données sur l’exposition des grands emprunteurs. Elle a aussi participé à la préparation d’une taxonomie financière verte nationale et à la mise en œuvre de la stratégie finance climat à l’horizon 2030.
Face à l’intensification des cybermenaces, Bank Al-Maghrib a renforcé son dispositif de supervision du cyber-risque et approfondi sa coordination avec la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information.
La transformation numérique du secteur bancaire s’est également accélérée. La Banque centrale a accompagné le lancement du financement collaboratif et publié un guide destiné à simplifier le parcours des fintechs auprès du régulateur.
Elle a en outre contribué à la finalisation du projet de loi sur les cryptoactifs et lancé l’encadrement de l’Open Banking, avec l’assistance de la Banque mondiale et en concertation avec le Groupement professionnel des banques du Maroc.
Des réformes pour mieux traiter les difficultés bancaires
L’année 2025 a aussi été marquée par l’avancement de plusieurs réformes réglementaires. Le projet de réforme du régime de résolution bancaire, préparé avec le ministère chargé des Finances, a été soumis au Parlement.
Ce dispositif doit permettre de mieux gérer les défaillances éventuelles d’un établissement bancaire tout en limitant les conséquences pour les déposants, les finances publiques et la stabilité du système.
Le projet de loi relatif à la transférabilité directe des créances en souffrance a également été finalisé et transmis au Secrétariat général du gouvernement. Le cadre prudentiel applicable à ces créances a été renforcé par une nouvelle circulaire précisant leur classification et leur couverture par des provisions.
Bank Al-Maghrib cherche ainsi à favoriser un traitement plus efficace des actifs dégradés et à libérer les bilans bancaires afin de soutenir davantage le financement de l’économie.
Les très petites entreprises au centre des priorités
L’accès au financement des très petites entreprises demeure l’un des principaux défis du système bancaire marocain. Une charte dédiée au financement et à l’accompagnement des TPE a été adoptée le 4 décembre 2025 par Bank Al-Maghrib et ses partenaires publics et privés.
Cette initiative s’inscrit dans les orientations visant à réduire les disparités sociales et territoriales et à soutenir les petites entreprises ainsi que les auto-entrepreneurs.
L’objectif est d’améliorer les mécanismes de financement, mais aussi de proposer un accompagnement plus adapté aux besoins de structures souvent fragiles, insuffisamment capitalisées ou éloignées des circuits bancaires classiques.
L’enjeu dépasse la seule distribution du crédit. Il concerne également le conseil, la formation, l’inclusion financière et la capacité des banques à mieux évaluer des projets ne disposant pas toujours de garanties traditionnelles.
Des sanctions pour manquements réglementaires
Bank Al-Maghrib a prononcé sept sanctions disciplinaires et huit sanctions pécuniaires en 2025. Elles ont concerné six banques, une société de financement, un établissement de paiement et une institution de microfinance.
Les manquements relevés portaient notamment sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, l’octroi de crédits, la gestion des financements par affacturage, l’élaboration des comptes, la cybersécurité, la clôture des comptes et la délivrance des mainlevées.
D’autres insuffisances ont été constatées dans l’application des règles prudentielles et dans les mécanismes de contrôle interne.
La Banque centrale a parallèlement renforcé la conformité du secteur bancaire aux recommandations du Groupe d’action financière. Cette mobilisation intervient en prévision du troisième cycle d’évaluation du Maroc par l’organisme régional compétent, prévu en novembre 2026.
La qualité du service bancaire passée au crible
Pour mesurer concrètement la qualité des services offerts aux clients, Bank Al-Maghrib a conduit des missions de « Mystery Shopping » dans près de 500 agences appartenant à six grandes banques.
Ces visites anonymes ont permis d’évaluer l’accueil, la disponibilité du personnel ainsi que la clarté et la fiabilité des informations communiquées.
Le niveau de satisfaction a atteint 62 % pour la qualité de l’accueil et 53 % pour la pertinence des informations et des conseils. Ces résultats sont jugés globalement satisfaisants, mais ils révèlent encore de nombreuses insuffisances.
Les principaux axes d’amélioration concernent la gestion des files d’attente, la prise en charge des clients, l’accessibilité des agences et la visibilité des informations tarifaires.
L’enquête relève aussi un manque de proactivité dans l’identification des besoins, une transparence encore insuffisante sur certains frais et une qualité de conseil inégale. Les banques concernées ont reçu des recommandations et élaboré des plans d’action correctifs.
Les réclamations bondissent en 2025
La direction de la Supervision bancaire a reçu 3.591 réclamations de clients en 2025, contre 2.298 un an auparavant. Cette hausse peut traduire une multiplication des litiges, mais également une meilleure connaissance des voies de recours par les usagers.
Les doléances ont principalement concerné le fonctionnement des comptes et les moyens de paiement, qui représentent chacun 28 % du total. Les conditions de crédit ont concentré 20 % des réclamations, tandis que la bancassurance en a représenté 3 %.
Les contestations liées aux moyens de paiement ont notamment porté sur des retraits non servis aux guichets automatiques et sur l’utilisation des chèques. Celles concernant les comptes ont touché les soldes, les frais, les commissions et les procédures de clôture.
Près de 83 % des dossiers relevant du Centre marocain de médiation bancaire lui ont été transmis. Les personnes physiques ont déposé 87 % des réclamations.
Le taux de dossiers réglés en faveur des plaignants s’est établi à 51 %, contre 74 % en 2024. Cette baisse invite à s’interroger sur l’efficacité du traitement des demandes et sur la capacité des établissements à répondre rapidement aux attentes de leur clientèle.
Un secteur solide face à de nouveaux défis
Le rapport 2025 confirme la robustesse du système bancaire marocain. Les banques restent bien capitalisées, rentables et capables de soutenir l’activité économique.
Mais cette solidité ne doit pas masquer les défis persistants. Le niveau des créances en souffrance, les besoins élevés de liquidité, la hausse des réclamations, les risques cybernétiques et la complexité croissante des services financiers imposent une supervision plus étroite.
Bank Al-Maghrib cherche désormais à concilier stabilité financière, innovation, protection des consommateurs et financement inclusif. Dans un secteur en profonde transformation, la confiance de la clientèle et la qualité des services deviennent aussi importantes que les ratios de solvabilité.