Afrique du Sud: après deux ans de revendications, des victimes de l'apartheid se disent ignorées

Afrique du Sud: après deux ans de revendications, des victimes de l'apartheid se disent ignorées

Baby Magadu, manifestant âgé de 46 ans originaire de la province du Cap-Oriental, pose pour un portrait devant la Cour constitutionnelle à Braamfontein, Johannesburg, Afrique du Sud, le 23 novembre 2025. (Photo AFP)

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Depuis deux ans, plusieurs dizaines de victimes de l’apartheid campent devant la Cour constitutionnelle sud-africaine pour réclamer des réparations. Alors que le Sommet du G20 s’est achevé à Johannesburg sans un mot pour leur cause, ces survivants âgés dénoncent l’indifférence persistante envers les injustices qu’ils continuent de porter dans leur chair et leur mémoire.

 

Johannesburg, Afrique du Sud - Plusieurs dizaines de Sud-africains, pour la plupart âgés, campent depuis deux ans devant la Cour constitutionnelle pour demander réparations de leurs souffrances pendant le régime raciste de l'apartheid et regrettent que le Sommet du G20 qui vient de se terminer à Johannesburg ne se soit pas intéressé à leur cas.

Septuagénaires pour nombre d'eux, ils ont participé ce week-end avec d'autres militants réunis sur la Colline la Constitution à un "Sommet du Peuple" coïncidant avec le Sommet des dirigeants des principales économies mondiales, organisé dans la capitale économique sud-africaine.

Alors que les délégations ont désormais fait leurs bagages et quitté l'Afrique du Sud, les membres du Mouvement de réparation Khulumani Galela regrettent de n'avoir reçu la visite d'aucun dirigeant et estiment avoir été ignorés.

"Les dirigeants parlent de justice, de climat, de paix", souligne Bongani Nxumalo, ancien combattant anti-apartheid âgé de 55 ans, qui dit souffrir de traumatismes postconflit. "Mais ici (...) la justice semble encore loin", ajoute-t-il, se préparant à passer une nouvelle nuit sur le béton froid.

Sous leurs abris de fortune, faits de plastique, de bâches et de cartons, ils occupent le site depuis novembre 2023.

Huit membres du groupe originel sont morts depuis le début de leur campagne, indique à l'AFP une organisatrice, Nomarussia Bonase, 59 ans.

"Nous sommes ici parce que des promesses n'ont pas été tenues", explique Yvonne Makanya, 76 ans, racontant que son domicile a subi plusieurs descentes des forces de sécurité à l'époque de l'apartheid, lesquelles l'accusait d'y cacher son fils, militant antirégime.

Soulevant sa chemise à carreaux, Victor Mzana, 66 ans, montre ses blessures, impacts dit-il de balles en caoutchouc tirées par les forces du régime d'apartheid. Emprisonné trois ans, il dit n'avoir jamais pu retrouver son épouse et son enfant après sa libération.

Danisile Mabanga, 63 ans, dit que sa famille a été chassée de force de sa ferme par les forces de sécurité de l'apartheid. Âgée du même âge, Phumla Mpolweni demande que les restes de son frère, mort en exil en Ouganda, soit rapatriés en Afrique du Sud.

Pour les militants du mouvement, la véritable démocratie reste inachevée et l'inégalité raciale toujours une réalité, bien que les premières élections multiraciales aient mis fin en 1994 à la domination de la minorité blanche.

L'Afrique du Sud est considéré comme le pays le plus inégalitaire au monde, 20% de la population y bénéficiant de plus de 68% des revenus, selon le FMI. Le taux de chômage est d'environ 32%, mais de seulement 10% au sein de la population blanche, selon les statistiques officielles.

"Aucun dirigeant n'est venu nous rencontrer en face", regrette Yvonne Makanya, "aucun ministre, aucun responsable, pas un seul dirigeant n'est venu nous parler. Ils se faufilent par une porte dérobée à l'intérieur de la Cour constitutionnelle parce qu'ils ne sont pas capables de nous faire face à l'entrée principale".