Raï et son expo’ à Oujda Aïssaoua à Meknès, Moussem à El Jadida, l’Aïta à Safi

Raï et son expo’ à Oujda Aïssaoua à Meknès, Moussem à El Jadida, l’Aïta à Safi

La 24e édition du Festival national de l’Aïta s’est ouverte mercredi soir à Safi avec des prestations musicales et des hommages rendus à plusieurs figures emblématiques de cet art populaire marocain.

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Des rythmes du Raï à Oujda aux chants spirituels d’Aïssaoua à Meknès, en passant par les traditions équestres de Doukkala, plusieurs rendez-vous culturels animent l’été marocain. Expositions, concerts, moussems et rencontres intellectuelles témoignent d’une même volonté : préserver le patrimoine immatériel, le transmettre aux nouvelles générations et en faire un levier de rayonnement touristique et territorial.

À Oujda, la peinture ravive la mémoire du Raï

La galerie d’art d’Oujda accueille jusqu’au 2 août l’exposition L’Art et le Raï, conçue par le peintre Younes Miloudi. Organisée dans le cadre du Festival du Raï de l’Oriental, cette manifestation propose une immersion visuelle dans la mémoire musicale de la région.

À travers vingt toiles, l’artiste rend hommage à vingt-trois figures majeures de la chanson de l’Oriental et du Raï. Son travail évoque également des expressions artistiques ancestrales comme la Mechikha, l’Aarfa et la Reggada, qui continuent de structurer l’identité culturelle de l’Est marocain.

L’exposition ne se limite pas à une succession de portraits. Elle constitue un travail de documentation et de transmission, dans lequel la peinture devient un moyen de raconter l’histoire d’une musique née dans les espaces populaires avant de connaître une diffusion internationale.

Younes Miloudi explique que l’idée du projet remonte à ses années d’études à l’École supérieure des beaux-arts de Casablanca. Elle s’est ensuite nourrie de ses souvenirs d’enfance à Oujda, notamment de son attachement à un ancien studio d’enregistrement de cassettes audio. À une époque où ces supports jouaient un rôle essentiel dans la diffusion des chansons populaires, les studios constituaient de véritables lieux de mémoire et de création.

Le Festival du Raï consacre Oujda comme capitale musicale

Cette exposition accompagne l’édition 2026 du Festival du Raï de l’Oriental, ouverte mercredi soir dans une ambiance festive. La soirée inaugurale, organisée sur la place du Stade d’honneur, a rassemblé un public nombreux venu assister aux prestations de plusieurs artistes.

Cheb Mokhtar El Berkani, Zina Daoudia, Cheb Sami Rai accompagné du groupe Areband, ainsi que le jeune Cheb Amine Radi, lauréat du concours de talents du festival, ont animé ce premier rendez-vous. Les prestations ont illustré la diversité des influences qui traversent aujourd’hui le Raï, entre fidélité aux sonorités historiques et ouverture à des formes musicales plus contemporaines.

Les organisateurs veulent faire du festival un espace de rencontre entre les générations et un instrument de valorisation du patrimoine immatériel. La programmation accorde ainsi une place aux artistes confirmés, mais aussi aux jeunes talents appelés à renouveler ce genre musical.

Le directeur du festival, Mohamed Achraf Barhili, présente cette manifestation comme un projet culturel dépassant le simple cadre festif. L’objectif est de renforcer la position d’Oujda en tant que ville de référence pour le Raï, tout en consolidant son rayonnement dans les espaces arabe et africain.

Le festival entend également attirer les Marocains résidant à l’étranger ainsi qu’un public international. Cette dimension est considérée comme un moyen de stimuler l’activité touristique, commerciale et culturelle de la région.

Le Moussem de Moulay Abdellah entre Tbourida et traditions populaires

À El Jadida, les préparatifs sont engagés pour le Moussem de Moulay Abdellah Amghar, prévu du 7 au 14 août dans la commune du même nom. Les organisateurs annoncent une édition fondée sur une nouvelle vision, avec l’ambition de renforcer la notoriété nationale et internationale de ce grand rassemblement populaire.

Le moussem demeure l’un des principaux événements consacrés au patrimoine immatériel de la région de Doukkala. Sa programmation réunit des activités religieuses, culturelles, artistiques et équestres destinées à un public particulièrement nombreux.

Selon le comité d’organisation, la fréquentation pourrait atteindre environ 800 000 personnes par jour pendant les périodes de plus forte affluence. Cette mobilisation impose un important dispositif logistique afin de gérer les déplacements, l’accueil des visiteurs, la sécurité et l’organisation des différents spectacles.

Le programme religieux comprend des conférences animées par des oulémas et des chercheurs, ainsi que des concours de récitation du Coran. Ces activités rappellent la dimension spirituelle du moussem, historiquement lié à la figure de Moulay Abdellah Amghar.

La Tbourida occupera une place centrale. Des troupes de cavaliers venues de plusieurs régions du Royaume présenteront leurs spectacles, mêlant maîtrise équestre, coordination collective et usage traditionnel du fusil à poudre. Des démonstrations de chasse au faucon sont également prévues.

La programmation musicale fera intervenir plusieurs figures de la chanson populaire, dont Abdelaziz Stati, Saïd Ouled Houat, Abdellah Daoudi, Adil Medkouri et Ouled Bouazzoui. Des troupes d’Ahwach et d’Abidat Rma compléteront cette offre artistique, donnant au moussem une dimension représentative de la diversité des traditions marocaines.

Meknès fait dialoguer patrimoine aïssaoui et grands classiques

À Meknès, la sixième édition du Festival Aïssaoua Modes et Rythmes du Monde s’est ouverte sur la scène de Bab Mansour avec un concert du chef d’orchestre Amine Boudchart.

Accompagné de son orchestre, l’artiste a interprété plusieurs classiques du répertoire marocain et arabe dans des arrangements associant authenticité et modernité. Le public a repris en chœur de nombreux titres, créant une atmosphère à la fois festive et chargée d’émotion.

La chanteuse Aziza Al Meknassia a également participé à cette soirée en proposant plusieurs chansons issues du patrimoine populaire de la capitale ismaïlienne. Avant le concert, différentes Taifas représentant les confréries soufies invitées avaient présenté un spectacle mettant en valeur les habits, les rythmes et les pratiques musicales associés à la tradition aïssaouie.

L’ouverture a aussi été marquée par une création réunissant le maître soufi tunisien Mohamed Ali Jelali et des Taifas Aïssaoua de Meknès. La rencontre entre la Hadra tunisienne, le Malouf et les rythmes marocains a donné naissance à un dialogue musical et spirituel célébrant le partage, la tolérance et la coexistence.

Pendant quatre jours, le festival propose des concerts, des soirées Aïssaoua, des ateliers, des expositions patrimoniales et des rencontres intellectuelles. Il réunit quinze artistes marocains et étrangers, plus de cinquante-cinq confréries et plus d’un millier de moqaddems et de maîtres Aïssaoua.

La deuxième édition du Forum international de Meknès sur le soufisme complète cette programmation. Chercheurs, universitaires, représentants d’institutions et responsables de confréries y examinent le rôle du soufisme marocain dans la promotion de la paix, de la modération et de la cohésion sociale.

Le festival investit également plusieurs sites historiques de Meknès, transformés en espaces de célébration de la mémoire et de l’architecture de la ville. À l’occasion de sa réouverture après restauration, le grand pavillon de Bab Mansour accueille une exposition consacrée aux liens historiques et spirituels entre les souverains marocains et la culture soufie.

Safi célèbre l’Aïta entre transmission et renouveau

La 24e édition du Festival national de l’Aïta s’est ouverte mercredi soir à Safi avec des prestations musicales et des hommages rendus à plusieurs figures emblématiques de cet art populaire marocain. Organisée jusqu’au 25 juillet, cette manifestation vise à préserver l’Aïta, à valoriser ses différentes écoles et à renforcer sa transmission aux nouvelles générations.

La cérémonie d’ouverture a réuni artistes, acteurs culturels et passionnés venus de plusieurs régions du Royaume. Elle a été marquée par les prestations de Siham Elmesfiouia et d’Ayoub Al Abdi, ainsi que par des hommages à Mahjoub Al Fatimi, Saïda Azkida, Mohammed Zouini et Zahra Mournane.

La programmation associe des pionniers de l’Aïta à de jeunes talents émergents. Sur la scène du Karting, Ould 700, Walid Rahmani et Mehdi Weld Hajib ont proposé un spectacle mêlant l’Aïta Rahmania, Abdia et Marsaouia.

Le festival accorde également une place importante aux groupes locaux et aux cheikhs de l’Aïta Hasbaouia. Des rencontres intellectuelles complètent les soirées musicales, notamment un colloque consacré aux rapports entre authenticité et renouveau, ainsi qu’un atelier sur la théâtralisation de l’Aïta.