Avec un mince espoir, Gaza tourne le dos au "cauchemar sans fin" de 2025

Avec un mince espoir, Gaza tourne le dos au "cauchemar sans fin" de 2025

Des enfants regardent l'artiste Yazed Abo Jarad créer une sculpture de sable pour l'année à venir, alors que les Palestiniens déplacés se préparent à accueillir dans la peur la nouvelle année à Deir El-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 décembre 2025. (Bashar Taleb / AFP)

1
Partager :

À l’aube de 2026, les habitants de Gaza tentent de tourner la page d’une année marquée par la guerre, les déplacements forcés et la destruction massive. Dans un territoire dévasté, où la survie quotidienne s’impose comme une épreuve permanente, l’espoir d’un retour à une vie normale demeure fragile mais tenace, porté par le désir de dignité, de paix et de reconstruction.

Gaza, Territoires palestiniens - Pour eux, 2025 aura été un "cauchemar sans fin". A Gaza, ravagée par la guerre, les habitants ne demandent qu'un peu de normalité pour la nouvelle année: de l'électricité, des maisons en dur et la concrétisation d'une paix encore hypothétique.

Pour les 2,2 millions d'habitants du territoire palestinien, le quotidien est une lutte incessante pour la survie.

La majeure partie des infrastructures de la bande de Gaza est en ruines. Le courant reste rare, l'eau souvent souillée et des centaines de milliers de personnes vivent dans des tentes de fortune après avoir été à plusieurs reprises déplacées par deux ans d’une guerre que l’ONU et plusieurs ONGs internationales qualifie de génocidaire.

Une éternité s'est écoulée depuis le début de la guerre.

"Nous vivons un cauchemar sans fin", témoigne pou Hanaa Abou Amra, une déplacée d'une trentaine d'années.

"Nous espérons qu'il prendra fin en 2026", ajoute-t-elle. "Le moins que nous puissions demander, c'est une vie normale — voir l'électricité rétablie, les rues redevenir normales, et marcher sans que des tentes bordent les routes".

"Profonde tristesse"

La détresse est partout. Des enfants font la queue avec des bidons en plastique pour récupérer de l'eau. Des abris de fortune envahissent les rues entre les décombres d'immeubles bombardés.

Les quartiers autrefois animés sont lugubres. Et avec la fin de l'année, vient un moment d'espoir, mais aussi de deuil.

À Gaza-Ville, une adolescente a peint "2026" sur sa tente. Dans la zone de Deir el-Balah, au centre du territoire, un artiste l'a sculpté sur la plage. Ici, l'espoir n'est guère plus solide que du sable.

"Nous faisons nos adieux à 2025 avec une profonde tristesse", admet une habitante de Gaza, Chirine al-Kayali. "Nous avons perdu beaucoup de proches et nos biens. Nous avons été déplacés d'une ville à l'autre, sous les bombardements et dans la terreur".

Ce qu'elle évoque vaut pour d'innombrables Gazaouis contraints de fuir, souvent dans l'urgence, frappes et blindés israéliens. Des familles entières ont été déracinées, décimées, des moyens de subsistance détruits, des communautés fragmentées.

"Laisser derrière la douleur"

Mais certains s'accrochent à l'idée que la nouvelle année pourrait apporter une paix durable. Une trêve est en vigueur depuis octobre, mais elle reste éminemment fragile et la suite théorique du processus de paix est au point mort.

Pour de nombreux Gazaouis, l'espoir est un acte militant de résilience.

"Nous aspirons toujours à une vie meilleure dans la nouvelle année, et j'appelle le monde libre à aider notre peuple opprimé afin que nous puissions retrouver notre vie", clame Khaled Abdel Majid, 50 ans, qui vit dans une tente du camp de Jabalia (nord).

Faten al-Hindawi veut elle aussi croire en une "année d'espoir, de prière, de détermination et de belles histoires", laissant derrière "la douleur de 2025".

En attendant, la réalité de l'hiver est implacable, les intempéries ont inondé les tentes et le froid a fait des victimes. Dans le Gaza tel que les bombardements israéliens l’ont réduit, les intempéries deviennent des alliés de l’aviation israélienne. Elles achèvent ce qu’elle a largement déjà fait.

Les agences humanitaires avertissent que les pénuries de nourriture, d'eau potable et de matériel médical persistent, et la situation pourrait encore se dégrader alors qu'Israël  interdit d'accès à Gaza un total de 37 ONG.

Il ne reste, au milieu des ruines, que de modestes aspirations pour l'année qui vient: sécurité, stabilité, dignité.

Faten al-Hindawi, tenue soignée, s'accroche. "J'espère que la reconstruction de Gaza commencera en 2026. Gaza était belle et nous espérons qu'elle le redeviendra", lance la quadragénaire. (Quid avec AFP)