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Boulos en Algérie : Alger offre son énergie et ees mines pour infléchir la position américaine sur le Sahara – Par Bilal Talidi
A l’inverse des Algériens, Massas Boulos, dans ses déclarations publiques, Massad Boulos a présenté l’agenda de sa visite de manière structurée, en mettant en avant, en premier lieu, les questions de sécurité et de paix régionales, avant d’aborder les relations algéro-américaines et leurs perspectives commerciales
À chaque déplacement du conseiller du président américain pour les affaires africaines en Algérie, la carte de l’énergie et des ressources minières refait surface. Derrière cette récurrence, Alger semble tenter de desserrer la pression de Washington et d’influencer sa position sur le dossier du Sahara ainsi que sur la désescalade des tensions avec le Maroc. La dernière visite de Massad Boulos n’a pas dérogé à cette logique. Lecture de Bilal Talidi entre les lignes de cette visite.

Bilal Talidi
Un élément mérite une attention particulière : chaque fois que Massad Boulos, conseiller du président américain pour les affaires africaines, se rend en Algérie ou annonce une visite, la question de l’énergie et des mines est immédiatement mobilisée, soit pour atténuer la pression américaine, soit dans l’espoir de modifier la position de Washington sur la question du Sahara, puis sur celle de la détente entre l’Algérie et le Maroc.
Mardi dernier, Alger accueillait la deuxième visite de Massad Boulos.
Un précédent marqué par la controverse
Avant la première visite de Boulos, effectuée en juillet de l’année dernière, le gouvernement algérien avait pris les devants en soumettant au Parlement un nouveau projet de loi sur les mines. Ce texte avait suscité une vive opposition de la part de trois partis politiques algériens, qui y voyaient une cession de la richesse énergétique nationale et une ouverture excessive de ce secteur stratégique aux entreprises étrangères, en particulier américaines, certaines dispositions autorisant ces sociétés à détenir jusqu’à 80 % des parts d’investissement.
Dans la même période, le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, avait reçu une délégation de la compagnie américaine ExxonMobil, dans le cadre de ce que les autorités algériennes ont qualifié de « valorisation minière ». Cette rencontre faisait écho à des déclarations antérieures de l’ambassadeur algérien à Washington, Sabri Boukadoum, qui avait exprimé la volonté de son pays de renforcer la coopération économique avec l’administration du président américain Donald Trump, tout en se disant disposé à discuter des ressources minières algériennes.
Deux lectures divergentes de la visite
Dans ses déclarations publiques, Massad Boulos a présenté l’agenda de sa visite de manière structurée, en mettant en avant, en premier lieu, les questions de sécurité et de paix régionales, avant d’aborder les relations algéro-américaines et leurs perspectives commerciales. En revanche, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères a adopté une approche inverse, en donnant la priorité au renforcement des relations bilatérales, puis au dialogue stratégique et à la dynamique économique entre les deux pays.
La question centrale, à savoir le rôle de l’Algérie dans la pression exercée sur le Polisario afin d’accepter l’initiative marocaine d’autonomie et d’engager des négociations sur cette base, a été reléguée au second plan, mentionnée en fin de communiqué parmi d’autres dossiers, tels que le monde arabe, l’Afrique, la situation en Libye et la région du Sahel et du Sahara.
Un agenda dominé par la sécurité régionale
À l’issue de son entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune, Massad Boulos a déclaré à la presse que les deux parties partageaient un engagement commun en faveur du renforcement de la coopération, notamment en matière de paix et de traitement des préoccupations sécuritaires et régionales. Cette déclaration laisse entendre que le cœur de l’agenda portait sur la recherche d’une solution aux tensions entre l’Algérie et le Maroc, ainsi que sur l’incitation d’Alger à jouer un rôle actif dans l’application de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui préconise un règlement du différend autour du Sahara dans le cadre de la proposition marocaine d’autonomie.
La chronologie des rencontres est révélatrice. La visite a débuté par un entretien avec le président algérien, s’est poursuivie par une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères, officiellement commentée par la diplomatie algérienne, avant d’aboutir à une réunion élargie entre les délégations des deux pays, au cours de laquelle Massad Boulos s’est entretenu avec le ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, Mohamed Arkab, autour du renforcement de la coopération commerciale.
Un décalage entre discours et communiqués
Les déclarations de Massad Boulos ont suivi un enchaînement cohérent avec l’objet de la visite et son agenda officiel. À l’inverse, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères a respecté la chronologie protocolaire des rencontres, tout en en inversant les priorités politiques dans la présentation des résultats.
Alors que le conseiller du président américain a clairement évoqué l’existence de convergences et d’engagements communs en matière de sécurité et de paix régionales, le communiqué algérien a présenté les questions liées au Sahara ainsi que les enjeux sécuritaires et régionaux comme de simples sujets d’échange de points de vue, sans mention explicite d’engagements concrets.
Sans aucun doute, le conseiller du président américain, Massad Boulos, a évoqué les perspectives des relations algéro-américaines et la possibilité de les renforcer. Il a toutefois choisi des termes précis, en parlant de « l’exploration » de nouveaux horizons de partenariat commercial et en utilisant le mot « inspiré », révélateur de l’offre algérienne visant à développer les relations entre les deux pays. Cette formulation traduit, en réalité, le recours à la carte de l’énergie et des mines pour atténuer la pression américaine sur la question du Sahara, alors même que l’administration américaine a clairement affirmé qu’il n’existe aucune alternative à l’implication de l’Algérie pour pousser le Polisario à accepter la proposition d’autonomie.
Un changement de paradigme mal intégré par Alger
Ce tournant important dans la politique américaine semble ne pas avoir été correctement intégré par la diplomatie algérienne. Lorsque Washington exerce des pressions sur Alger afin qu’elle assume ses responsabilités politiques dans la recherche d’un règlement définitif du conflit du Sahara, elle ne le fait plus selon l’ancien paradigme fondé sur la simple « gestion de crise » du dossier du Sahara ou des tensions maroco-algériennes.
Face à cette pression, l’Algérie a pris l’habitude d’actionner la carte du pétrole, du gaz et des ressources minières pour tenter de séduire Washington et l’inciter à revoir sa position, ou du moins à la maintenir dans son approche traditionnelle. Or, ce que la diplomatie algérienne semble ne pas percevoir, c’est que le nouveau paradigme américain, notamment vis-à-vis des pays isolés dans leur environnement régional, consiste à accepter les avantages proposés, à les intégrer dans ses intérêts stratégiques, sans pour autant modifier sa nouvelle orientation politique. Autrement dit, l’appétit américain pour les concessions algériennes ne constitue en rien un obstacle à la poursuite d’une stratégie régionale déjà définie.
Une communication officielle sous tension
Le traitement médiatique officiel de la visite en Algérie a été marqué par une certaine confusion. Les médias publics ont été contraints d’adopter une couverture atténuée, mettant davantage l’accent sur les relations algéro-américaines et leurs perspectives commerciales prometteuses. En parallèle, un important silence a été observé sur le contenu principal de la visite et sur sa motivation première, à savoir ce que le conseiller du président américain pour les affaires africaines avait lui-même annoncé : le dialogue entre l’Algérie et le Maroc et l’appel adressé à Alger pour qu’elle assume son rôle dans le règlement du conflit du Sahara conformément à la dernière résolution du Conseil de sécurité.
Les médias officiels n’ont pas évoqué ce volet, pas plus qu’ils n’ont fourni de détails sur les concessions énergétiques ou minières éventuellement accordées par l’Algérie à Washington.
Une opinion publique tenue à distance
La raison de cette approche est claire. Aborder l’un ou l’autre de ces sujets conduirait inévitablement l’opinion publique à tirer la même conclusion : l’objectif central de la visite de Massad Boulos était d’exercer une pression sur l’Algérie afin qu’elle se conforme aux exigences de la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Dans le même temps, Alger semble attendre de voir comment Washington réagira aux incitations proposées, et si celles-ci pourront, à terme, influencer la position américaine, ou si les États-Unis se contenteront d’en tirer profit sans modifier leur doctrine régionale.
Une situation de gêne diplomatique persistante
En définitive, la comparaison entre le communiqué publié par le ministère algérien des Affaires étrangères, la couverture médiatique officielle de la visite et les déclarations du conseiller du président américain montre que l’Algérie se trouve dans une situation délicate. Elle ne souhaite pas exposer son opinion publique aux véritables résultats des échanges avec le responsable américain et semble encore miser sur l’effet de son offre économique et énergétique, dans l’espoir qu’elle puisse, à l’avenir, peser sur l’évolution du dossier.