Davos à l’heure américaine, foi, puissance et crispations géopolitiques

Davos à l’heure américaine, foi, puissance et crispations géopolitiques

Le président américain Donald Trump quitte la pelouse sud à son arrivée à la Maison Blanche à Washington, DC, le 22 janvier 2026. Trump est revenu du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, où il a renoncé à ses menaces de s'emparer de force du Groenland à son allié danois, annonçant un accord vague visant à garantir la sécurité du territoire arctique le 21 janvier 2026. (Photo AFP)

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À Davos, le tempo du Forum économique mondial s’est mis au diapason des États-Unis. Entre ferveur religieuse affichée, démonstration de force économique et messages politiques sans détour, la présence américaine imprime sa marque, au risque d’exacerber les tensions avec les Européens.

Davos, Suisse - "J'ai la foi et j'ai aussi foi en l'Amérique" : l'acteur Kelsey Grammer, alias Dr. Frasier Crane et grand fan de Donald Trump, témoigne de sa ferveur religieuse dans une église privatisée par les Etats-Unis à Davos, calé sur l'heure et les humeurs américaines.

Le soleil n'est pas encore levé dans cette station huppée des Alpes suisses mardi quand une cinquantaine de personnes, emmitouflées pour affronter le froid mordant, se pressent à l'intérieur de l'église évangélique.

Rebaptisé "USA House" jusqu'à la fin de la réunion du Forum économique mondial vendredi, l'édifice néo-roman du XIXe siècle accueille conférences et interventions de représentants américains en marge du programme officiel.

A l'intérieur, le comédien de 70 ans et cinq autres intervenants parlent de leur dévotion, assis devant trois drapeaux étoilés américains, sous une sobre nef illuminée de bleu et rouge.

Comme sur la façade, des panneaux lumineux affichent des aigles symboles des Etats-Unis accompagnés du message "Liberté 250" pour marquer le 250e anniversaire de l'indépendance.

Selon le Financial Times, certains gros sponsors ont déboursé jusqu'à un million de dollars pour y associer leur nom.

"Mon pays est (...) le dépositaire de l'énergie la plus positive au monde. Une énergie positive qui dit qui nous pouvons faire ce que nous voulons", s'enthousiasme Kelsey Grammer.

"Les fondateurs de notre pays étaient guidés par la foi" et celle-ci jouera "un rôle encore plus grand" à l'avenir, prédit de son côté Keith Krach, qui dirige l'organisation chargée des célébrations du 250e anniversaire.

"Respirez"

Après la religion et les éloges à l'Amérique, retour à une réalité géopolitique tendue, avec le secrétaire au Trésor Scott Bessent.

Pour la troisième fois en moins de vingt-quatre heures, et avant d'autres interventions prévues pour la journée, il relaie, devant les journalistes, la rhétorique de son commandant en chef, engagé dans un bras de fer avec les Européens sur le Groenland.

"Respirez un grand coup, laissez les choses se faire", martèle-t-il. "Le pire que les pays puissent faire, c'est d'envenimer la situation avec les Etats-Unis".

Donald Trump veut acquérir ce territoire danois autonome au nom de la sécurité des Etats-Unis et mondiale, menaçant pour parvenir à ses fin de droits de douane accrus. Il a annoncé, en marge du Forum économique au cours duquel son discours mercredi sera très scruté, une réunion sur le Groenland, une île riche en minerais, non sans tacler ses alliés.

Dans des images générées par l'IA, il s'est ainsi mis en scène en conquérant de ce territoire autonome danois mais aussi du Canada et du Venezuela.

"Trop nombreux"

Alors que ces sorties s'invitent en force dans les débats à Davos avant même son arrivée, sa première en personne en six ans, les Américains donnent déjà au coeur névralgique de la station de ski des allures de centre économique américain.

Selon les organisateurs, c'est "la plus grande délégation" américaine y ayant jamais fait le déplacement : pas moins de cinq ministres, des parlementaires et une kyrielle de grands patrons.

Amazon, Meta, Microsoft, IBM, Ubern, etc. Privatisés, de nombreux commerces de la rue principale bordée de neige se sont aussi transformés, le temps du forum, en filiales de grands groupes américains, enseignes lumineuses à l'appui.

Ils sont "trop nombreux", lance Sandy Meroni, qui habite près de la localité et promène son chien en cet après-midi ensoleillé, tout en prenant des photos de l'USA House. "Je n'aime pas la façon dont ils traitent leurs soi-disant amis. On ne traite pas les gens comme ça", s'offusque-t-elle.

Dans la queue devant l'USA House où il est venu écouter l'ex-PDG de Google Eric Schmidt, un avocat américain, Nicholas Alex Sarokhanian, se réjouit au contraire de l'important dispositif américain.

"C'est une occasion de dialoguer et de trouver des moyens de coopérer", assure-t-il. "Il y a toujours une possibilité de dialogue, même si c'est peut‑être de manière plus désagréable ou tendue", veut-il croire.