International
Iran sous tension extrême : procès expéditifs, répression et bras de fer international
Cérémonie funéraire à Téhéran le 14 janvier 2026 pour plus de 100 membres des forces de sécurité et autres tués lors de la vague de manifestations qui a secoué la République islamique, a déclaré la télévision d'État. (Photo AFP)
Alors que l’Iran traverse l’une des plus graves vagues de contestation depuis la révolution islamique de 1979, les autorités promettent des procès rapides et publics pour les milliers de manifestants arrêtés. Cette annonce, faite dans un contexte de coupure quasi totale d’Internet et de répression meurtrière, alimente les craintes d’exécutions massives et accentue l’isolement international de Téhéran. Au cœur de cette crise, les Gardiens de la Révolution apparaissent plus que jamais comme le pilier sécuritaire et politique du régime.
Une promesse de procès rapides dans un climat de peur
Mercredi, les autorités iraniennes ont annoncé l’ouverture de procès rapides pour les personnes arrêtées lors des manifestations qui secouent le pays depuis fin décembre. Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a affirmé que ces audiences seraient publiques et menées sans délai, à l’issue d’une visite médiatisée dans une prison de Téhéran.
Cette déclaration intervient alors que les ONG de défense des droits humains alertent sur un risque élevé d’exécutions expéditives. Les autorités qualifient les manifestants d’« émeutiers » et justifient la sévérité annoncée par les violences survenues lors des rassemblements, dont certaines ont coûté la vie à des membres des forces de sécurité.
Funérailles officielles et démonstration de force
À Téhéran, des milliers de personnes ont participé aux funérailles de plus d’une centaine de membres des forces de sécurité tués depuis le début des troubles. Les images diffusées par la télévision d’État montrent une foule brandissant des drapeaux iraniens, scandant des slogans hostiles aux États-Unis et affichant des portraits du guide suprême, Ali Khamenei.
Lors de la cérémonie, le chef d’état-major des forces armées, Abdolrahim Moussavi, a dénoncé un niveau de destruction inédit dans l’histoire récente du pays, accusant implicitement les manifestants d’avoir plongé l’Iran dans le chaos.
Un bilan humain lourd et difficile à vérifier
Selon l’ONG Iran Human Rights, la répression aurait déjà fait au moins 734 morts, un chiffre que l’organisation juge probablement sous-estimé. D’autres sources évoquent plusieurs milliers de victimes, tandis que des dizaines de milliers de personnes auraient été arrêtées.
La coupure d’Internet, qui dure depuis près d’une semaine, complique considérablement la vérification des informations. Malgré cela, des vidéos authentifiées montrent des corps alignés dans des morgues de la capitale, alimentant l’indignation internationale.
La crainte d’exécutions imminentes
Les inquiétudes se sont accentuées après les alertes lancées par Amnesty International, qui affirme disposer d’informations crédibles sur l’exécution imminente d’un premier manifestant. Les autorités américaines ont relayé ces craintes, évoquant notamment le cas d’Erfan Soltani, un jeune homme de 26 ans dont la condamnation à mort serait programmée.
Amnesty a appelé Téhéran à suspendre immédiatement toutes les exécutions, dénonçant une instrumentalisation de la peine capitale pour terroriser la population et étouffer la contestation.
Washington, menaces et ambiguïtés
De son côté, l’administration américaine multiplie les déclarations de soutien aux manifestants. Le président Donald Trump a promis une aide accrue aux protestataires et annoncé de nouvelles sanctions contre les partenaires commerciaux de l’Iran, incluant des droits de douane immédiats de 25 %.
Téhéran accuse Washington de chercher un prétexte à une intervention militaire et de souffler sur les braises pour provoquer un changement de régime. Cette escalade verbale renforce la polarisation d’une crise déjà explosive.
Les Gardiens de la Révolution, pilier du régime
Au cœur de l’appareil répressif se trouve le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, ou Gardiens de la Révolution islamique, créé en 1979 pour protéger les idéaux de la révolution. Véritable armée idéologique, cette force compterait entre 150.000 et 200.000 hommes, mieux équipés et mieux payés que l’armée régulière.
Placés directement sous l’autorité du guide suprême, les Gardiens contrôlent également un vaste empire économique couvrant l’énergie, les infrastructures, les télécommunications et le secteur financier, ce qui leur confère une influence déterminante sur la vie politique et sociale du pays.
Les Gardiens s’appuient sur un réseau de renseignement dense et sur la milice des Bassidj (qui littéralement mobilisation ou engagement volontaire), composée de centaines de milliers de volontaires, souvent jeunes, intégrés dans toutes les strates de la société. Ce dispositif permet une identification rapide des foyers de contestation et une répression ciblée, parfois menée par des agents en civil afin de brouiller les responsabilités.
Selon plusieurs experts, les Gardiens pilotent désormais directement l’ensemble de l’appareil répressif, après une phase initiale où les forces de sécurité locales avaient été en première ligne.
Vers un isolement durable
Classés organisation terroriste par les États-Unis depuis 2019, les Gardiens de la Révolution pourraient prochainement faire l’objet de mesures similaires au sein de l’Union européenne. Plusieurs responsables européens plaident pour cette inscription, estimant qu’elle renforcerait la pression sur Téhéran.
À mesure que la contestation se poursuit et que la répression s’intensifie, l’Iran s’enfonce dans une crise politique et humanitaire majeure, dont l’issue reste incertaine. Entre promesses de procès expéditifs, menaces d’exécutions et condamnations internationales, le régime semble avoir fait le choix de la fermeté absolue, au risque d’un isolement encore plus profond. (Quid avec AFP)