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Iran–États-Unis : le temps des compromis s’ouvre en Suisse
Une photo aérienne prise le 10 mai 2024 montre le complexe hôtelier du Burgenstock, un complexe hôtelier situé à flanc de montagne en Suisse surplombant le lac des Quatre-Cantons, où sera signé le 19 juin 2026, le protocole d’accord américano-iranien (Photo AFP)
Les États-Unis et l’Iran doivent signer vendredi à Bürgenstock, en Suisse, un protocole d’accord destiné à mettre fin à plus de trois mois de conflit au Moyen-Orient, avant l’ouverture de négociations de fond sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et la sécurité régionale. Si la réouverture progressive du détroit d’Ormuz constitue un premier signal d’apaisement, les deux parties abordent désormais la phase la plus délicate d’un processus diplomatique encore marqué par la méfiance et de profondes divergences.
Téhéran, Iran - Les Etats-Unis et l'Iran signeront vendredi en Suisse leur protocole d'accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, point de départ de deux mois de négociations, avec comme première étape la réouverture très attendue du détroit d'Ormuz.
La cérémonie se déroulera dans un hôtel de luxe du Bürgenstock, une montagne surplombant le lac de Lucerne, a indiqué mardi le ministère suisse des Affaires étrangères.
Il se situe au centre de la Suisse, donc difficilement accessible et aisément sécurisable, a-t-il expliqué, ajoutant qu'il avait été "proposé par les médiateurs pakistanais et qatariens, ainsi que par les Etats-Unis et l'Iran".
La première séance de pourparlers visant à "parvenir à un accord final" d'ici 60 jours devrait "vraisemblablement" se dérouler dans la foulée, selon le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi.
Après plus de trois mois de guerre qui ont fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, de laborieuses négociations et de multiples volte-face de Donald Trump, les Etats-Unis et l'Iran ont fini par trouver une entente sur de grandes lignes.
Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf sera présent à la signature ainsi que le vice-président américain JD Vance, selon qui la présence de Donald Trump est également "possible".
Le président américain est en ce moment dans les environs, au sommet du G7 du côté français du lac Léman, à Evian.
Les trois hommes ont déjà paraphé le document de manière électronique, le président voulant ainsi "montrer son (...) abnégation à trouver une issue favorable", selon un haut responsable américain.
Le texte, dont le contenu devrait être rendu public dans les prochains jours, fait environ "une page et demie" et est "très général", a indiqué sur CNN JD Vance.
Pétroliers iraniens
Premier effet dans le Golfe, selon la diplomatie iranienne: le blocus américain sur les ports iraniens, imposé le 13 avril en réponse au verrouillage du détroit d'Ormuz par l'Iran depuis le début du conflit fin février, a été levé.
D'après la télévision d'Etat, trois pétroliers iraniens se trouvent en ce moment dans l'océan Indien, et d'autres navires circulent vers les ports du sud du pays.
Les Etats-Unis n'ont pas confirmé à ce stade l'information. Donald Trump avait évoqué une levée du blocus vendredi, parallèlement à la réouverture complète du stratégique détroit, dont la quasi paralysie a fortement perturbé le trafic maritime mondial et fait flamber les prix du pétrole.
Les cours continuaient de fléchir mardi, le baril du Brent, référence mondiale du brut, tombant pour la première fois depuis mars sous la barre des 80 dollars.
Une incertitude demeure cependant quant à la gestion d'Ormuz: l'Iran ne compte pas revenir à la situation d'avant-guerre et entend facturer des frais liés aux services aux navires, alors que les Etats-Unis voudraient que le passage reste gratuit.
Dans une tribune au magazine Time, Ali Vaez, de l'International Crisis Group, estime que l'accord ne représente pas "une avancée majeure au sens large du terme".
"Il ne rapproche pas les discours américains et iraniens, qui semblent irréconciliables, ne règle pas le différend nucléaire et n'inaugure pas un nouvel ordre régional", dit-il.
Mais il "offre un répit permettant à la diplomatie de tenter de se remettre de la violence qui a failli l'ensevelir". Les protagonistes "marchent sur un fil", reste à voir s'ils parviendront à transformer l'essai "avant que quelqu'un ne chute".
Pékin prévient : la prochaine phase des négociations sera "plus difficile"
Le ministre chinois des Affaires étrangères a averti mardi son homologue pakistanais que la prochaine phase des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, dans lesquelles le Pakistan a joué un rôle de médiateur, serait "plus difficile".
"Il est prévisible que, comparé à la première étape, la seconde soit plus difficile", a souligné le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi dans un entretien téléphonique avec Ishaq Dar, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.
- Wang a ajouté que le Conseil de sécurité des Nations unies "devrait également jouer un rôle plus important".
"Le consensus actuel est loin d'être une fin en soi, il constitue plutôt un nouveau point de départ", a-t-il estimé.
"L'instauration d'une paix durable au Moyen-Orient et dans la région du Golfe exige toujours des efforts constants de toutes les parties", a encore dit Wang Yi, précisant que la Chine était disposée à collaborer avec le Pakistan dans ce but.
Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a de son côté assuré dans un communiqué que MM. Wang et Dar avaient réitéré pendant leur conversation leur "engagement continu en vue du règlement pacifique de tous les points en suspens", notamment concernant la navigation dans le détroit d'Ormuz.
"Ils ont souligné l'importance de la réouverture" de cette voie maritime "pour l'économie mondiale, la sécurité énergétique et le commerce international", selon le ministère.
Des responsables pakistanais avaient auparavant rappelé que la Chine, une proche alliée d'Islamabad et le premier partenaire commercial de l'Iran, avait joué un rôle déterminant en soutenant les efforts de médiation du Pakistan
Place aux questions les plus délicates
Au cours des 60 prochains jours, place aux questions les plus délicates, où les divergences restent fortes: le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions américaines qui asphyxient l'économie du pays.
Les discussions se dérouleront dans un climat de défiance alors que les précédents pourparlers ont été rompus à deux reprises par des frappes israélo-américaines.
"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", a averti Abbas Araghchi.
Il a par ailleurs insisté mardi sur l'importance de mettre fin aussi à la guerre au Liban entre les forces israéliennes et le Hezbollah pro-iranien, dont le chef a remercié la République islamique pour son soutien.
En Israël, où l'accord américano-iranien laisse un goût amer, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu que ses troupes resteraient au Liban, en Syrie et à Gaza "aussi longtemps que nécessaire".
Ailleurs dans la région, cet accord préliminaire a été accueilli avec scepticisme ou optimisme prudent.
A Téhéran, Efran, 18 ans, dit espérer qu'une levée des sanctions américaines permettra enfin de relancer une économie étranglée depuis des décennies, alors que Washington s'est "engagé", selon la diplomatie iranienne, à débloquer des avoirs iraniens gelés à l'étranger.
"Bien sûr, si les Américains tiennent parole et ne reviennent pas sur leurs promesses, comme d'habitude", tempère le jeune vendeur interrogé par l'AFP. (Quid avec AFP)