International
Israël démolit un immeuble résidentiel palestinien à Jérusalem-Est
Des bulldozers israéliens ont rasé un immeuble résidentiel de quatre étages à Jérusalem-Est le 22 décembre, déplaçant des dizaines de Palestiniens dans ce que les militants ont qualifié de plus grande démolition de ce type dans la région cette année.
La démolition d’un immeuble abritant plusieurs familles palestiniennes à Jérusalem-Est ravive les tensions autour du statut de la ville occupée. Menée par la municipalité israélienne au nom ‘’d’infractions urbanistiques’’, l’opération est dénoncée par les autorités palestiniennes et des ONG comme un nouvel épisode de déplacements forcés, dans un contexte régional déjà marqué par une escalade durable depuis octobre 2023.
Jérusalem, Territoire occupé - Des bulldozers israéliens ont commencé lundi à détruire un immeuble hébergeant une douzaine de familles palestiniennes à Jérusalem-Est au motif qu'il avait été construit sans permis, les autorités palestiniennes fustigeant "une politique systématique de déplacements forcés".
Depuis l’occupation de Jerusalem en 1967, Israël mène une stratégie d’effa.cement systématique de ce qui témoigne du caractère palestinien et arabe d’Al Qods. Vincent Lemire historien français, a enquêté sur la destruction du Quartier des Maghrébins à Jérusalem-Est, rasé en 1967 après la guerre des Six Jours, pour créer l'esplanade du Mur des Lamentations, révélant dans son livre Au pied du mur : vie et mort du quartier maghrébin de Jérusalem (1187-1967) que cet événement, longtemps passé sous silence, était une destruction planifiée par le gouvernement israélien, et non un acte improvisé d'entrepreneurs privés. Il a mis au jour des archives inédites (françaises, ottomanes, israéliennes, etc.) pour retracer la longue histoire de ce quartier fondé par Saladin et documenter cette disparition méthodique.
D’autres quartiers, comme ceux de Cheikh Jarrah et de Silwan sont au cœur de la stratégie d’Israël pour étendre son emprise sur Jérusalem-Est, en poussant les résidents palestiniens hors des murs et en tentant de dissoudre l’identité arabe de la cité. Plusieurs textes décrivent ces quartiers comme un laboratoire central de la lutte pour Jérusalem. Des enquêtes historiques et contemporaines rigoureuses, montrent comment l’archéologie, l’urbanisme, le droit et le tourisme sont mobilisés comme instruments politiques pour redéfinir l’espace, le récit et les usages du quartier au détriment de ses habitants palestiniens.
On n'a pas été autorisé à prendre nos meubles
C’est cette politique que tôt lundi dans le quartier de Silwan, situé près de la vieille ville, trois bulldozers de la municipalité israélienne, protégés par un important déploiement des forces israéliennes, poursuivent, s'activaient dans un nuage de poussière, détruisant peu à peu les façades de l'immeuble.
Près d'une centaine de Palestiniens, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, vivent dans l'immeuble de quatre étages selon des sources locales.
Eid Shawar, 38 ans et père de cinq enfants, raconte avoir été réveillé par la police qui a défoncé sa porte pour lancer les évictions.
"Ils nous ont dit de nous changer et de prendre seulement papiers et documents importants. On n'a pas été autorisé à prendre nos meubles", déplore le trentenaire ne sachant où aller.
"C'est une tragédie", lâche-t-il.
La ville sainte de Jérusalem est un enjeu central du conflit israélo-palestinien. Les tensions y sont permanentes, en particulier à Jérusalem-Est, majoritairement palestinienne, occupée et annexée au mépris du droit international par Israël depuis 1967.
Ces tensions se sont accentuées depuis le 7 octobre 2023, date de l'attaque du mouvement palestinien Hamas sur le sol israélien et de la guerre génocidaire dans la bande de Gaza.
Israël considère Jérusalem-Est comme partie intégrante de sa capitale. Les Palestiniens veulent faire de la ville la capitale de l'Etat indépendant et souverain auquel ils aspirent. L'ONU juge illégale l'annexion de Jérusalem-Est et ne reconnaît pas Jérusalem comme la capitale d'Israël.
Le Gouvernorat de Jérusalem, entité administrative mise en place par l'Autorité palestinienne pour représenter la métropole, a fustigé dans un communiqué "une politique systématique de déplacements forcés des citoyens palestiniens, visant à vider la ville de ses habitants originels".
La démolition intervient "sans préavis", quelques heures avant une réunion entre l'avocat des résidents et un responsable de la municipalité israélienne de Jérusalem "pour discuter de possibles mesures pour une régularisation du bâtiment", ont déploré dans un communiqué deux ONG israéliennes, Ir Amim et Bimkom.
Cette démolition est selon les ONG la plus importante en 2025. Cette année, ajoute le communiqué, "une centaine de familles de Jérusalem-Est ont perdu leur maison".