L'Algérie adopte une loi criminalisant la colonisation française

L'Algérie adopte une loi criminalisant la colonisation française

Photo prise le 25 août 2022 montre les drapeaux français et algérien avant l'arrivée du président français à Alger pour une visite officielle. (Photo AFP)

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L’adoption par le Parlement algérien d’une loi criminalisant la colonisation française marque une nouvelle étape dans la crispation mémorielle entre Alger et Paris. En érigeant les crimes du passé colonial en faits imprescriptibles et en réclamant des excuses officielles ainsi que des réparations, les autorités algériennes inscrivent ce texte dans une logique politiquement lourde de conséquences, sur fond de relations diplomatiques déjà profondément dégradées.

Alger, Algérie - Le Parlement algérien a adopté mercredi à l'unanimité une loi criminalisant la colonisation française (1830-1962) et réclamant à la France "des excuses officielles", une initiative qualifiée d'"hostile" par Paris.

Le vote pourrait exacerber la crise diplomatique déjà profonde entre les deux pays.

Debout dans l'hémicycle, les députés, écharpe aux couleurs du drapeau algérien autour du cou, ont applaudi le passage du texte qui fait porter à l'Etat français "la responsabilité juridique de son passé colonial en Algérie et des tragédies qu'il a engendrées".

"Vive l'Algérie!", ont-ils scandé sous les youyous.

Le président de l'Assemblée populaire nationale, Brahim Boughali, a salué l'approbation de la législation "à l'unanimité" des présents.

La nouvelle loi liste les "crimes de la colonisation française", jugés imprescriptibles: "essais nucléaires", "exécutions extrajudiciaires", "pratique de la torture physique et psychologique" à large échelle et "pillage systématique des richesses".

Elle stipule qu'"une indemnisation complète et équitable pour tous les dommages matériels et moraux engendrés par la colonisation française est un droit inaliénable pour l'Etat et le peuple algériens".

Initiative "hostile"

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé "une initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien, et à un travail serein sur les enjeux mémoriels".

Le Quai d'Orsay a cependant indiqué vouloir continuer de "travailler à la reprise d'un dialogue exigeant avec l'Algérie", notamment sur les "questions sécuritaires et migratoires".

Malgré la dimension indéniablement symbolique de la loi, son impact réel sur les revendications de réparations pourrait être limité.

"Juridiquement, cette loi n'a aucune portée internationale et ne peut donc obliger la France", a commenté pour l'AFP Hosni Kitouni, chercheur en histoire de la période coloniale à l'université britannique d'Exeter.

Mais "elle marque un moment de rupture dans le rapport mémoriel avec la France", a-t-il estimé.

Paris et Alger restent empêtrés dans une crise diplomatique récurrente depuis l’indépendance du pays et qui a trouvé dans la reconnaissance en 2024 par la France d la souveraineté du Maroc suer le Sahara occidental, un point d’exacerbation supplémentaire.  

Sujet très sensible, la question de la colonisation française en Algérie demeure l'une des principales sources de tensions entre Paris et Alger.

Le texte qualifie également de "haute trahison" la "collaboration des harkis", le nom donné aux auxiliaires algériens de l'armée française, et prévoit de punir toute personne justifiant la colonisation.

Lors de la même séance, les députés ont voté un amendement au Code de la nationalité, permettant de déchoir un citoyen binational de la "nationalité algérienne d'origine ou acquise" s'il commet des actes portant atteinte aux intérêts et à la sécurité de l'Algérie, et ce alors qu'il se trouve à l'étranger. (Quid avec AFP)