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La France emboite le pas à l’Australie et interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Des personnes en deuil tiennent un portrait de Camelia lors d'une marche silencieuse en hommage à cette lycéenne de 17 ans qui s'est suicidée à la gare de Mitry-Mory à la suite de harcèlement scolaire, à Mitry-Mory, le 25 janvier 2026. (Photo AFP)
Après l’Australie, la France a franchi un cap historique en votant à l’Assemblée nationale une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Soutenue par le gouvernement et validée dans son principe par la Commission européenne, cette réforme place Paris à l’avant-garde du débat européen sur la protection des mineurs en ligne. Entre urgence sanitaire, défis techniques et résistances sociales, le texte ouvre une nouvelle séquence politique et sociétale autour de la régulation du numérique.
Une décision politique forte et symbolique
Adoptée dans la nuit de lundi à mardi par 130 voix contre 21, la proposition de loi marque un tournant dans la politique française face aux plateformes numériques. Le président Emmanuel Macron a salué « une étape majeure », affirmant que « le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre ». Pour l’exécutif, il s’agit d’inscrire ce chantier dans l’héritage du second quinquennat, en érigeant la protection de la jeunesse comme priorité nationale.
Le texte doit désormais être examiné par le Sénat dans les prochaines semaines. En cas d’adoption définitive, la France deviendrait le deuxième pays au monde à instaurer une mesure aussi restrictive après l’Australie, qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans fin 2025.
Un calendrier serré pour une application progressive
Le gouvernement souhaite une mise en œuvre rapide. L’interdiction serait effective dès la rentrée scolaire 2026 pour les nouveaux comptes. La généralisation d’un système de vérification d’âge pour l’ensemble des utilisateurs, y compris les comptes existants, est prévue pour le 1er janvier 2027.
Le périmètre de la loi cible les plateformes de réseaux sociaux classiques, tout en excluant certaines plateformes éducatives. Les messageries privées interpersonnelles, comme WhatsApp, ne sont pas concernées, afin de préserver les usages familiaux et les communications d’urgence.
La santé mentale des adolescents au cœur du débat
Cette réforme s’appuie sur des alertes répétées des autorités sanitaires. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a récemment mis en garde contre les effets délétères des réseaux sociaux sur les jeunes : cyberharcèlement, comparaison sociale permanente, exposition à des contenus violents ou inappropriés, dépendance aux mécanismes de captation de l’attention et perturbation du sommeil.
Pour le gouvernement français, l’enjeu dépasse la simple régulation technique. Il s’agit de répondre à une crise silencieuse touchant la santé psychologique des adolescents, dans un contexte où TikTok, Snapchat et Instagram occupent une place centrale dans leur quotidien.
Un texte critiqué mais soutenu par l’opinion
Les débats parlementaires ont révélé des lignes de fracture. À gauche, certains députés ont dénoncé un « paternalisme numérique » ou une solution jugée « simpliste ». D’autres élus ont pointé les difficultés de mise en œuvre.
L’opinion publique apparaît favorable. Un sondage réalisé en août 2025 indiquait que 79 % des parents soutenaient l’interdiction avant 15 ans, tandis que 67 % des jeunes la jugeaient justifiée. Près de la moitié des adolescents interrogés reconnaissaient s’être déjà sentis mal en se comparant aux autres sur les réseaux, et 18 % déclaraient avoir été victimes de harcèlement en ligne.
Parents et adolescents entre adhésion et scepticisme
Chez les adolescents, les avis oscillent entre compréhension et frustration. Certains reconnaissent les effets négatifs des réseaux sur la concentration et la scolarité, tandis que d’autres redoutent une rupture brutale avec leurs pratiques sociales. La crainte d’un contournement massif de la règle, via de faux profils ou des outils de dissimulation, est largement partagée.
La réussite de la réforme dépendra largement de la capacité à mettre en place un système fiable de vérification d’âge. Des expérimentations sont en cours au niveau européen, avec le développement d’applications dédiées.
La Commission européenne a confirmé que la France était juridiquement en droit d’instaurer une majorité numérique, tout en précisant que Bruxelles sera chargée de veiller à ce que les grandes plateformes respectent la loi nationale. Les plateformes auront l’obligation de se conformer aux règles françaises, sous peine de sanctions.
Téléphones portables à l’école : un volet complémentaire
Le débat sur les réseaux sociaux a également ravivé la question de l’usage du téléphone portable dans les établissements scolaires. Les députés ont modifié le texte initial, laissant aux lycées la responsabilité de définir, dans leur règlement intérieur, les conditions d’utilisation des téléphones. À défaut, leur usage serait interdit pendant les cours et limité à des espaces spécifiques dans les établissements.
Cette approche vise à renforcer la cohérence entre la politique éducative et la régulation numérique, tout en tenant compte des réalités pédagogiques.
Reste à savoir si la mesure produira les effets attendus ou si elle sera rapidement contournée. Une chose est certaine : le débat sur la place des réseaux sociaux dans la vie des adolescents est désormais entré dans une nouvelle phase, où la régulation étatique s’impose comme un acteur central.