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Le Maroc et Maduro : le droit international, le principe et l’intérêt – Par Abdelhamid Jmahri
Capture d'écran tirée du compte X de Rapid Response 47, le compte officiel de la Maison Blanche dédié aux interventions rapides, montre le président vénézuélien Nicolas Maduro (au centre) escorté par des agents de la DEA au siège de la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine, dans le sud de Manhattan, à New York, le 3 janvier 2026. (Photo AFP)
La chute spectaculaire de Nicolas Maduro et l’intervention américaine au Venezuela relancent, au Maroc, un débat ancien mais fondamental sur le rapport entre le droit international, les principes et les intérêts nationaux. Dans cet éditorial, Andelhamid Jmahri analyse la chute de M. Maduro à la lumière de l’expérience marocaine, notamment sur la question du Sahara, pour conclure que cet épisode met en évidence une constante de la diplomatie du Royaume : l’articulation lucide entre légalité internationale, rapports de force et défense des intérêts stratégiques.

Abdelhamid Jmahri
L’épreuve de la légalité internationale
Il y a à peine cinq semaines, précisément le 31 octobre de l’année écoulée, le Maroc célébrait les acquis de la légalité internationale. Le monde semblait alors nous avoir rendu justice, à travers l’action de ceux qui façonnent cette légalité au Conseil de sécurité. L’adoption de la résolution 2797 avait tranché clairement en faveur de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Cette décision fut à la fois un appui au droit marocain et une reconnaissance tardive après cinquante années de résistance face aux complots, aux guerres et aux manœuvres. Durant tout ce demi-siècle, le Maroc a souffert dans son économie et dans sa chair, mais il est resté attaché à la légalité et au droit internationaux, œuvrant patiemment à modifier les équilibres de force au sein de l’ONU. Sans jamais l’instance internationale.
Même lorsque la légalité de celle-ci s’est révélée incapable de mettre en œuvre le référendum qu’elle avait elle-même décidé - dans un contexte d’injustice manifeste à l’égard du Maroc – le Royaume lui a proposé une voie de sortie réaliste et responsable : l’autonomie.
Principe et intérêt, une ligne constante
Le Maroc est demeuré fidèle aux principes de la légalité internationale, tout en comprenant parfaitement les règles du jeu mondial, les rapports de force et la primauté de l’intérêt national. Il a su concilier principe et intérêt dans une cohérence qui ne s’est que rarement fissurée, même dans les moments les plus tendus des crises internationales.
Dès lors, personne n’est donc en droit de donner des leçons au Maroc sur ce terrain.
À l’époque, ceux qui crient aujourd’hui à la défense de la légalité internationale s’employaient surtout à construire des rapports de force à leur avantage, par l’argent, les armes et le mercenariat militaro-politique. Ils continuent d’ailleurs, encore aujourd’hui, à mépriser le droit international, même lorsqu’il se traduit par des résolutions claires, et à tourner en dérision la légalité internationale.
Avec ceux-là, il n’y a ni débat ni discussion possible. Ils ne défendent ni le droit international, ni la légalité internationale, ni la légitimité historique, ni même le droit tout court. Ils défendent un droit international à géométrie variable, uniquement lorsqu’il épouse leurs positions diplomatiques.
Le Venezuela face au rapport de force
Laissons donc de coté, un instant, le droit. Ce qui s’est produit entre le Venezuela et les États-Unis relève avant tout d’un rapport de force entre une puissance dotée de capacités de dissuasion et de coercition, et un État qui en est dépourvu. D’autant que la légitimité interne du régime vénézuélien s’est fissurée depuis longtemps.
Des capitales proches de la gauche modérée, comme le Brésil de Lula, s’en sont-elles détournées après une longue séquence de fraudes électorales ayant vidé de sa substance la souveraineté de sa représentativité ? Depuis déjà plus de deux ans que le président Maduro aurait dû retourner devant le peuple pour renouveler sa légitimité.
Dans ce contexte, une observation essentielle s’impose : Donald Trump ne parle aucunement au nom du droit international, mais au nom du droit américain. Maduro et son régime le savaient pertinemment.
Le Maroc, une position déjà établie
Disons-le clairement : le Maroc n’est nullement tenu d’adopter une position quelconque sur cet événement. Pour ce qui concerne cet éditorial, la compréhension de la situation impose d’abord de rassembler les informations et de les analyser, comme ce fut le cas lors de la guerre en Ukraine.
Trois moments clés en ressortent et doivent être rappelés pour apprécier la position marocaine.
Le premier remonte à juin 2016, lors d’une réunion de la Commission de décolonisation de l’ONU consacrée au Sahara marocain. Le représentant vénézuélien de l’époque, Rafael Ramírez, avait outrepassé toutes les règles, laissant son idéologie prendre le pas sur ses responsabilités institutionnelles en tant que président de la commission. Les faits sont documentés.
Le deuxième moment date du 19 avril 2017. À l’ONU, lors d’un débat sur le financement des Objectifs de développement durable, l’ambassadeur du Venezuela avait exigé que les “territoires occupés”, citant la Palestine et le Sahara marocain, soient pris en compte. Cette rhétorique amalgamante, encore activée aujourd’hui par ceux qui cherchent la confusion, avait alors suscité une réplique ferme du représentant permanent du Maroc à l’ONU.
Omar Hilale avait souligné que la population d’un pays, en allusion au Venezuela, parmi les plus riches de la région en pétrole et en gaz était plongée dans la pauvreté et la misère à cause de l’appropriation des richesses nationales par une oligarchie dictatoriale. Il avait ajouté que le plus tragique restait la situation des enfants vénézuéliens, contraints de chercher leur nourriture dans les décharges, tandis que le gouvernement allait jusqu’à fermer des écoles pour économiser l’électricité.
Une reconnaissance déjà actée
Deux ans plus tard, fidèle à ses convictions, le Maroc avait franchi un pas supplémentaire. Le 30 janvier 2019, bien avant donc la chute humiliante de Maduro, le Royaume avait annoncé,
son soutien au président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó, qui s’était proclamé président par intérim.
Sous le titre “Le ministre des Affaires étrangères s’entretient avec Juan Guaidó, président de l’Assemblée nationale vénézuélienne”, l’Agence Maghreb Arabe Presse rapportait que le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, avait eu un entretien téléphonique avec Guaidó, à la demande de ce dernier, et lui avait exprimé le soutien du Maroc à toutes les mesures visant à répondre aux aspirations légitimes du peuple vénézuélien à la démocratie et au changement.
Ainsi, le Maroc n’a pas attendu la chute de Maduro pour cesser de le reconnaître.
Le réalisme face aux illusions
Il est possible, par principe, de débattre de la manière dont les États-Unis appliquent leur propre droit et s’interroger sur le bien-fondé de leurs méthodes. Mais une anecdote me revient ici à l’esprit : celle de Yasser Arafat s’adressant à Bill Clinton : le leader palestinien invoquant le droit international, Clinton lui a répondu : ne sais-tu pas que le droit international est désarmé, sans force ni arme ?
Ce qui s’est produit au Venezuela modifiera les équilibres régionaux et pourrait même nuire aux États-Unis. Mais cela n’implique nullement que le Maroc doive éprouver le moindre sentiment de culpabilité s’il observe la chute de Maduro avec distance, voire indifférence, ou s’il y voit l’effondrement d’un axe hostile s’étendant de l’Asie à l’Afrique du Nord jusqu’à l’Amérique latine.
C’est cette rationalité qui doit prévaloir aujourd’hui.
Et si par inadvertance la vision se trouble et que le chemin se perd dans l’obscurité, il reste une boussole : les lunettes du Sahara pour retrouver la vue… et peut-être aussi la clairvoyance.