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Le Royaume-Uni à l’heure du « reset » chinois - Par Abdelghani Aouifia
En octobre 2015, le président chinois Xi Jiping et la reine d'Angleterre Elizabeth II lors d'un banquet au palais de Buckingham. La dernière visite d’un Premier ministre britannique à Beijing remonte à 2018, une coupure que l’actuel hôte du 10 Dowing Street entende rompre
À l’heure où Londres tente de redéfinir son rôle sur la scène internationale, Keir Starmer s’apprête à engager un « reset » stratégique avec la Chine. Abdelgahanu Aouifia, correspondant de Maghreb Arabe Presse à Londres, revient sur cette première visite d’un Premier ministre britannique à Beijing depuis 2018. Ce déplacement annoncé traduit la volonté de renouer avec une puissance incontournable, malgré les tensions sécuritaires et les crispations géopolitiques. Sans céder sur les principes, le Royaume-Uni mise sur un engagement lucide, fondé sur l’intérêt mutuel, la stabilité internationale et l’ouverture économique.
Par Abdelghani Aouifia
Londres - Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, doit se rendre prochainement en Chine pour une visite visant à insuffler un nouvel élan à des relations sino-britanniques fragilisées par les turbulences géostratégiques de ces dernières années.
Selon plusieurs médias londoniens, le chef du gouvernement prévoit de se rendre à Beijing en janvier prochain, bien que Downing Street n’ait pas encore confirmé ce déplacement. Il s’agirait de la première visite d’un Premier ministre britannique en Chine depuis 2018.
Cette semaine, lors d’un banquet annuel à la City, quartier financier de Londres, consacré à la politique étrangère du Royaume-Uni, M. Starmer a esquissé les contours de son déplacement. Il a tendu la main à Beijing, souhaitant ouvrir une nouvelle page dans une relation marquée récemment par des tensions, notamment sur les questions de sécurité.
Dans son discours, il a plaidé pour ce qu’il a qualifié « d’approche sérieuse » envers la Chine, rompant, selon lui, avec « le choix simpliste, binaire : ni âge d’or, ni âge de glace » dans les relations avec la Chine. Le Premier ministre a souligné la nécessité d’un cadre réaliste, fondé sur l’intérêt mutuel et la lucidité. Il a, dans la foulée, étalé les arguments qui corroborent l’approche qu’il prône pour les relations avec l’Empire du Milieu.
- Starmer a décrit la Chine comme « une nation d’une envergure, d’une ambition et d’une ingéniosité immenses ». Il a rappelé que la deuxième puissance économique mondiale, dont les percées technologiques sont désormais incontournables, est aussi le troisième partenaire commercial du Royaume-Uni.
Dans un contexte de ralentissement économique, Londres voit donc dans la diversification de ses partenariats un impératif stratégique. « Dans ce contexte, l’absence d’engagement est tout simplement stupéfiante », a-t-il déploré, allant jusqu’à qualifier ce manque d’interaction avec Beijing de « manquement au devoir ».
Le Premier ministre a, toutefois, assuré que cette volonté de réengagement ne se ferait pas au détriment de la sécurité nationale. « Il faut reconnaître l’évidence : on peut travailler et commercer avec un pays tout en se protégeant », a-t-il affirmé. « Nous nous protégeons mieux parce que nous nous engageons. Le peuple britannique le comprend instinctivement : nous devons traiter avec le monde tel qu’il est et construire des relations intelligentes et agiles dès lors qu’elles servent nos intérêts ». I
l ne s’agit pas, selon lui, d’un simple rééquilibrage entre considérations économiques et sécuritaires. L’ampleur et le rôle global de la Chine imposent plutôt une coopération sur des dossiers vitaux, notamment la sécurité internationale. « Ce n’est pas un choix, mais une nécessité », a-t-il insisté.
Sur le plan géostratégique, M. Starmer souhaite adopter une approche renouvelée face aux défis majeurs : stabilité en mer de Chine méridionale, prolifération nucléaire, ou encore encadrement de l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes d’armement. Dans les domaines du climat et de la santé mondiale, Londres estime également qu’aucune solution durable n’est envisageable sans l’apport de la Chine.
L’objectif ultime de cette nouvelle approche, souligne le Premier ministre, est de permettre aux entreprises britanniques de saisir les vastes opportunités qu’offre un partenariat mieux structuré avec Beijing. « Notre mission est d’aider les entreprises britanniques à obtenir leur part de cette opportunité, dans un cadre clair et prévisible », a-t-il expliqué.
Les fondements de cette nouvelle ouverture ont déjà été posées à travers les visites, effectuées plus tôt cette année en Chine par la ministre des Finances, Rachel Reeves, et le ministre du Commerce.
Londres cherche à élargir l’accès des entreprises britanniques au marché chinois, particulièrement dans les secteurs où le Royaume-Uni dispose d’un avantage concurrentiel : services financiers, services professionnels, industries créative et pharmaceutique, et produits de luxe.
« C’est notre approche : pro-business, pro-croissance, pro-sécurité et pro-Royaume-Uni », a résumé M. Starmer, déterminé à accélérer la mise en œuvre de sa vision d’un internationalisme ouvert et orienté vers la croissance, dans un contexte mondial incertain.
Par ailleurs et dans un geste perçu comme un signe de bonne volonté, Downing Street a préparé le terrain pour approuver la construction d’une méga-ambassade chinoise à Londres, présentée comme un symbole du rapprochement en cours. Mardi, le gouvernement a indiqué que la consolidation des représentations diplomatiques chinoises dans la capitale britannique « offrirait clairement des avantages en matière de sécurité » pour le Royaume-Uni.
Plusieurs experts considèrent qu’une politique britannique « pragmatique et flexible » envers Beijing serait plus bénéfique qu’une posture rigide ou systématiquement hostile. Un certain optimisme économique se fait également sentir : en renouant avec la Chine dans des secteurs jugés moins sensibles, le Royaume-Uni pourrait ouvrir à ses entreprises d’immenses perspectives. Pour nombre d’analystes, l’enjeu central est de rouvrir les canaux de communication avec Beijing : relancer le dialogue politique, offrir de nouvelles opportunités aux entreprises britanniques, regagner de l’influence dans la gouvernance mondiale, tout en renforçant la sécurité lorsque cela s’impose.