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Minéraux critiques: Washington ouvre la bataille des ressources stratégiques
Présent à la réunion, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a représenté le Royaume dans les discussions. Marco Rubio a souligné que le Maroc joue un rôle clé dans la diversification mondiale des chaînes d’approvisionnement grâce à ses réserves, ses projets industriels et sa volonté d’investir dans la transformation.
La compétition mondiale pour les minéraux critiques entre dans une phase décisive. À Washington, les États-Unis ont réuni plus d’une cinquantaine de pays pour une rencontre ministérielle inaugurale consacrée à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement qui conditionnent l’économie numérique, la transition énergétique et la défense. Projets de réserve stratégique américaine, création d’une zone commerciale préférentielle et lancement d’un forum géostratégique, marquent l’émergence d’une diplomatie des ressources. Dans ce nouvel échiquier, le Maroc apparaît comme un acteur clé, à la fois producteur, partenaire industriel et plateforme de transformation africaine, capable de relier souveraineté économique et coopération internationale.
Washington pose les bases d’une diplomatie minérale`

Nasser Bourita a plaidé pour une transformation locale des richesses, via l’investissement dans les infrastructures, les compétences et la gouvernance. L’objectif est de convertir les ressources naturelles en croissance durable, emplois et prospérité
Le Département d’État américain a accueilli cette réunion qualifiée d’historique avec un objectif clair: renforcer et diversifier l’approvisionnement mondial en minéraux critiques. Autour du vice-président JD Vance et du secrétaire d’État Marco Rubio, ministres et responsables économiques ont débattu des mécanismes permettant d’éviter les ruptures d’approvisionnement dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues.
Ces matériaux, indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs, aux infrastructures numériques et aux équipements militaires, sont désormais considérés comme des ressources de sécurité nationale. La rencontre a ainsi cherché à instaurer une coopération structurée entre producteurs, transformateurs et consommateurs afin de réduire la vulnérabilité des économies modernes.
David Copley, chargé des chaînes d’approvisionnement mondiales, et le sous-secrétaire d’État aux affaires économiques Jacob Helber ont insisté sur la nécessité d’une coordination internationale durable, capable d’assurer la stabilité industrielle face aux perturbations extérieures.
Un forum stratégique pour réorganiser le marché mondial
Au-delà des déclarations, les participants ont lancé le Forum sur l’engagement géostratégique dans le secteur des minerais et des ressources. Cette structure vise à instaurer une gouvernance mondiale plus prévisible, fondée sur la transparence et la coopération industrielle. Mais son objectif clair est de contenir l’émergence de la Chine comme première puissance mondiale.
Les discussions ont ainsi porté sur la mise en place de mécanismes de prix plancher. L’idée est d’éviter la volatilité des marchés, souvent manipulés par des stratégies d’offre dominantes, et d’assurer une rentabilité suffisante pour encourager l’investissement dans l’extraction et le raffinage.
Le vice-président JD Vance a proposé la création d’une zone commerciale préférentielle pour les minéraux critiques. Selon lui, cette initiative pourrait rétablir un marché mondial plus compétitif, tout en protégeant les partenaires contre les chocs externes. Des prix de référence seraient fixés à chaque étape de production afin de refléter la valeur réelle des ressources.
Les États-Unis veulent réduire leur dépendance stratégique
Dans cette logique, Washington prépare la constitution d’une réserve de terres rares estimée à 12 milliards de dollars. Le financement associera capital privé et prêt record de la Banque américaine d’import-export.
L’objectif est explicite: réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, qui domine aujourd’hui l’essentiel de la chaîne de valeur mondiale. Les terres rares — groupe de 17 métaux — sont indispensables à l’automobile électrique, aux éoliennes, aux smartphones, à l’imagerie médicale ou encore aux systèmes d’armement.
Bien que répandus dans la croûte terrestre, leur extraction reste complexe et polluante, ce qui limite le nombre de pays capables de les exploiter à grande échelle. La transition énergétique et la numérisation accélèrent la demande, transformant ces matériaux en levier de puissance géopolitique.
Le Maroc reconnu partenaire stratégique
Présent à la réunion, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a représenté le Royaume dans les discussions. Marco Rubio a souligné que le Maroc joue un rôle clé dans la diversification mondiale des chaînes d’approvisionnement grâce à ses réserves, ses projets industriels et sa volonté d’investir dans la transformation.
Selon la diplomatie américaine, le Royaume dispose d’atouts décisifs: stabilité politique, position géographique stratégique et capacité à développer des filières industrielles intégrées. Washington voit dans ce partenariat une opportunité de renforcer un approvisionnement fiable et économiquement viable.
Bourita a insisté sur un point central: le monde ne manque pas de ressources mais d’un cadre de confiance entre nations. Il a appelé à un pacte fondé sur le respect stratégique et la transparence, plutôt que sur la dépendance.
L’Afrique au centre de la nouvelle chaîne de valeur
Le ministre marocain a rappelé que l’Afrique détient environ 40 pour cent des réserves mondiales de matières premières et 30 pour cent des minéraux critiques. Pourtant, elle continue majoritairement à exporter des ressources brutes.
Il a plaidé pour une transformation locale des richesses, via l’investissement dans les infrastructures, les compétences et la gouvernance. L’objectif est de convertir les ressources naturelles en croissance durable, emplois et prospérité.
Dans cette vision, le Maroc se positionne comme plateforme industrielle reliant production africaine, transformation régionale et marchés internationaux.
Une mondialisation minière à réinventer
Bourita a rappelé que la mondialisation actuelle n’est ni libre ni équitable. Elle concentre les risques et transforme les ressources en instruments de pression économique. La réunion de Washington marque donc une tentative de rééquilibrage.
L’ambition est de passer d’une logique de dépendance à une logique de partenariat. Les chaînes d’approvisionnement ne seraient plus seulement des circuits commerciaux, mais des architectures de stabilité internationale.
Le mémorandum d’entente signé entre le Maroc et les États-Unis sur les terres rares illustre cette nouvelle approche. Il ouvre la voie à une coopération industrielle et technologique plus structurée.
Vers une nouvelle géopolitique des ressources
Les minéraux critiques deviennent le pétrole du XXIᵉ siècle. Ils déterminent la souveraineté technologique, la transition énergétique et la puissance militaire. La réunion de Washington révèle l’émergence d’alliances fondées non plus uniquement sur la sécurité militaire, mais sur la sécurité industrielle.
Dans ce contexte, les pays capables de produire, transformer et sécuriser ces ressources acquièrent une influence déterminante. Le Maroc, grâce à son positionnement et à sa stratégie africaine, occupe une espace axial entre continents.
La rencontre ministérielle pourrait ainsi marquer le début d’un nouvel ordre économique où la coopération minérale structurera les équilibres internationaux.