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Et si l'AMO adoptait enfin une carte électronique comme la carte bancaire ? Dr Anwar Cherkaoui
Des milliers de Marocaines et de Marocains se retrouvent confrontés à une réalité aussi absurde que dangereuse. Au moment où ils ont le plus besoin de soins, ils doivent d'abord prouver qu'ils sont couverts, attendre une validation administrative ou faire face à des refus de prise en charge
Alors que les transactions bancaires sont validées en quelques secondes, l’accès aux soins reste encore trop souvent ralenti par des vérifications administratives. Anwar Cherkaoui plaide pour la création d’une carte électronique de l’Assurance Maladie Obligatoire, capable de confirmer instantanément les droits du patient, d’accélérer sa prise en charge et de replacer l’urgence médicale au-dessus des formalités.

Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et de santé
L’urgence médicale vitale ne devrait plus dépendre d'une procédure administrative mais d’une prise en charge médicale rapide et experte sans obstacles d’aucune sorte .
À l'heure où les banques autorisent une transaction en quelques secondes grâce à une simple carte électronique, une question s'impose avec force : pourquoi le système marocain de l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO) n'offre-t-il pas le même niveau de simplicité, de sécurité et d'efficacité lorsqu'il s'agit de sauver une vie ?
Aujourd'hui encore, des milliers de Marocaines et de Marocains se retrouvent confrontés à une réalité aussi absurde que dangereuse.
Au moment où ils ont le plus besoin de soins, ils doivent d'abord prouver qu'ils sont couverts, attendre une validation administrative ou faire face à des refus de prise en charge.
Pendant que les dossiers circulent, le temps médical, lui, continue de s'écouler.
Pourtant, la technologie existe.
Elle est utilisée quotidiennement par des millions de citoyens.
Lorsqu'un client présente sa carte bancaire, le système vérifie instantanément son identité, la validité de sa carte, la disponibilité des fonds et autorise ou refuse la transaction en quelques secondes.
Cette révolution numérique est devenue si banale que personne ne s'interroge plus sur son fonctionnement.
Pourquoi ce qui est possible pour acheter un produit ou retirer de l'argent ne le serait-il pas pour accéder à des soins de santé ?
*Une carte électronique AMO* pourrait transformer profondément le parcours du patient.
Dès son arrivée dans un hôpital public, un établissement de santé partenaire ou une clinique privée, le patient présenterait simplement sa carte.
En quelques instants, le système confirmerait ses droits, identifierait son régime d'assurance, vérifierait sa couverture et déclencherait automatiquement la prise en charge.
Le personnel soignant retrouverait ainsi sa véritable mission : soigner, plutôt que gérer des formalités administratives.
Cette carte pourrait également jouer un rôle préventif.
En cas d'irrégularité administrative, de cotisations impayées ou de dossier incomplet, le titulaire recevrait bien avant une hospitalisation des notifications par SMS, par courrier électronique ou via une application mobile afin de régulariser sa situation.
Chacun disposerait ainsi du temps nécessaire pour résoudre le problème avant qu'une urgence médicale ne survienne.
Si malgré ces alertes aucune démarche n'est effectuée, la responsabilité incomberait alors au titulaire de la carte et non au système hospitalier, ni aux équipes médicales, ni aux organismes payeurs, qui ne devraient jamais être placées devant le dilemme de soigner ou d'attendre une validation administrative.
Une telle réforme offrirait des bénéfices considérables.
Elle réduirait les délais de prise en charge, limiterait les litiges entre établissements de santé et organismes gestionnaires, renforcerait la lutte contre les fraudes, améliorerait la traçabilité des actes médicaux et garantirait une meilleure transparence des dépenses de santé.
Elle constituerait également un outil précieux pour les futures réformes numériques du système de santé marocain, notamment le dossier médical partagé, les prescriptions électroniques et l'interconnexion des établissements de soins.
Le Maroc a engagé un vaste chantier de généralisation de la protection sociale.
Cette ambition historique mérite désormais une infrastructure numérique à la hauteur des attentes des citoyens.
La couverture médicale universelle ne peut reposer sur des procédures administratives lentes alors que les technologies permettant une validation instantanée sont disponibles depuis de nombreuses années.
Au-delà d'une innovation technologique, la carte électronique AMO représenterait un véritable choix de société.
Elle placerait enfin le patient au centre du système de santé, tout en sécurisant les établissements de soins et les organismes d'assurance.
Chaque minute perdue dans une urgence médicale peut avoir des conséquences irréversibles.
Chaque retard administratif peut compromettre un traitement vital.
Dans un pays engagé dans la modernisation de son système de santé, il devient difficile de comprendre pourquoi l'accès aux soins reste parfois plus complexe que l'accès à un distributeur bancaire.
La question n'est donc plus de savoir si cette carte électronique est techniquement réalisable.
Elle l'est.
La véritable question est désormais politique : combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que le Maroc fasse de la technologie un véritable allié du droit aux soins ?
Car derrière chaque retard administratif, il y a parfois une vie qui ne peut pas attendre.