ÉLECTIONS 23 SEPTEMBRE : LE JOUR D'APRÈS... – Par Mustapha Sehimi

ÉLECTIONS 23 SEPTEMBRE : LE JOUR D'APRÈS... – Par Mustapha Sehimi

De G à D : Fatima Ezzahra El Mansouri, Fouzi Lekjaa et Mehdi Bensaid - Tout pourrait être bouclé dans les quatre ou cinq semaines qui viennent : la nomination du Chef du nouveau cabinet est imminente (Fatima Zohra El Mansouri); puis celle des membres de cet exécutif soit avant le 9 octobre marquant l'ouverture de la nouvelle législature

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Et maintenant ? Les chiffres officiels des résultats du scrutin législatif ont été rendus publics. Doit suivre cet agenda : nomination par le Roi du chef de l'exécutif, puis celle de la composition de ce nouveau cabinet; ensuite la présentation de la déclaration générale devant le Parlement et le vote d'investiture, sans oublier le dépôt de la loi de finances 2027. Mustapha Sehimi décrypte les principaux enseignements du scrutin, marqué par une participation limitée, la recomposition des rapports de force et le retour en force du PJD. Au-delà de la formation de la future majorité, le politologue souligne l’épreuve qui attend le prochain gouvernement : bâtir une coalition cohérente et traduire les engagements électoraux dans une loi de finances 2027 soumise à de fortes contraintes économiques et budgétaires.

Par Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Force est de faire ce constat général: pas de quoi plastronner avec ces élections du 23 septembre ! De multiples facteurs en témoignent à l'envi: 38% de suffrages exprimés soit quelque 6 millions de bulletins sur 15,8 millions d'électeurs inscrits ; -dont un bon million blancs et nuls..., 7% de candidats en plus, 10% d'inscrits en moins; une mobilisation des 60 ans et plus avec 29 % du total; et en creux seulement 4% des 18-24 ans; et puis douze millions de citoyens en âge de voter qui ont boudé leur inscription... Dans quel état d'esprit se trouve-t-on ? Le changement ? Pas vraiment ! Ainsi se retrouve-t-on avec le même trio en tête mais dans un ordre différent par rapport à 2021 avec le PAM (97 sièges) qui surclasse le RNI (66) talonné à un siège près par le PI (65). Comment expliquer ce classement ? Le PAM a bénéficié d'un "effet Lakjaâ" couplé au mercato d'une bonne dizaine de candidats ou d'élus RNI ; le PI et surtout le parti de la colombe ont subi l'impact d'un vote sanction. Du côté de l'opposition, si les résultats sont décevants (recul de 8 sièges de l'USFP et piétinement du PPS et de l'UC et du MP), c'est le retour en force du PJD qui est à signaler avec un gain de 41 sièges pour totaliser désormais 54 mandats. Une recomposition. Pour la formation islamiste, il faut y voir la combinaison de plusieurs facteurs: la campagne de Abdalilah Benkirane, populiste sans doute mais prenant en charge les mécontentements liés à la question sociale; la remobilisation autour d'un parti ravivant les ferveurs contestataires ; enfin le fait qu'il n'est plus comptable du bilan.

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Cela dit, il faudra mettre sur pied une majorité. Quelle configuration ? Le PAM (97 sièges) et le PI (65) ne totalisent que 162 voix alors que la majorité absolue est de 198. Une ouverture vers quel parti ? Le RNI ? Ce serait un coût politique élevé du fait du désaveu des électeurs. Le PJD ? C'est exclu. Le PPS et l'UC, peu audible également. Reste le MP (29 sièges) et l'USFP (26), ce qui donnerait une majorité confortable de 217 sièges. Se posera aussi la répartition des départements ministériels et la présidence de la Chambre des représentants qui entre dans la même comptabilité. Cette charge est revendiquée par le PAM mais son candidat, Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice sortant, est par trop clivant...

L'épreuve de la loi de finances 2027 2027]

L'historique de l'agenda des trois gouvernements précédents est intéressant à rappeler. En 2011, les élections législatives avaient eu lieu le 25 novembre. Quatre jours après, la nomination par le Roi, de Abdalilah Benkirane, secrétaire général du PJD en application des dispositions de l'article 47 de la Constitution. Le vote d'investiture de ce cabinet n'a eu lieu que deux mois après, soit le 26 janvier 2017. Quant à la loi de finances 2012, le calendrier s'est étiré jusqu'à son dépôt le 15 mars 2012 et son adoption finale le 11 mai. En 2016, avec le gouvernement Saad Eddine El Otmani ( PJD lui aussi), le 5 avril 2017, le programme présenté au Parlement le 19 avril 2017 a été sanctionné par un vote d'investiture le 26 avril. Ce même jour, a été déposé le projet de loi de finances 2017, voté le 6 juin et promulgué au bulletin officiel le 12 de ce même mois. Avec le cabinet Aziz Akhannouch, l'agenda est plus serré : nomination de ce Chef du gouvernement deux jours après le scrutin législatif du 8 septembre 2021 soit le 10 ; puis celle officielle de l'ensemble de cet exécutif le 7 octobre, la veille de l'ouverture officielle de la nouvelle législature et de la première session.

Qu'en sera-t-il aujourd'hui après les élections législatives du 23 septembre courant ? Il semble bien que ce sera le schéma du gouvernement sortant qui sera repris dans la mesure où sont écartés les paramètres qui pesaient sur les deux cabinets de la formation islamiste du PJD (Abdalilah Benkirane et Saad Eddine El Otmani). Et sur ces bases-là, l'on peut sans doute retenir que tout pourrait être bouclé dans les quatre ou cinq semaines qui viennent : la nomination du Chef du nouveau cabinet est imminente (Fatima Ezzahra El Mansouri); puis celle des membres de cet exécutif soit avant le 9 octobre marquant l'ouverture de la nouvelle législature ; suivra dans la foulée la présentation du programme gouvernemental et le vote d’investiture ; enfin le dépôt du projet de loi de 2027

Précisément, à propos de ce texte, les interrogations ne manquent pas : tant s'en faut. Cela suppose des convergences à acter dans le programme de ce nouveau cabinet. Nul doute que le compromis qui devra se faire sera particulièrement laborieux entre les uns et les autres devant former une majorité entre le PAM et le PI tout d'abord puis avec des alliés. Le projet de finances 2027 va-t-elle imprimer les engagements et les promesses des campagnes électorales respectives ? Et avec quelles sources de financement ? Si l'année en cours table sur une croissance de 5,3 %, le HCP lui, ne retient que 4,8% et seulement 3% en 2027 contre 4,1 % pour le gouvernement. L'on est loin de la trajectoire annuelle de 5% d'ici 2031. ! Ce n'est pas sans impact, assurément, sur les marges de manœuvresbudgétaires et sur le contenu de la loi de finances 2027. Comment, dans ces conditions traduire les engagements pris lors de la campagne électorale :financement de la généralisation de la protection sociale, réforme de la fiscalité, revalorisation du SMIG et du pouvoir d'achat, aide directe au logement... Il faut, par ailleurs, faire référence à des dépenses pluriannuelles, pratiquement contraintes liées aux chantiers- en cours ou à initier de la préparation de la Coupe du monde 2030. Il pourra y avoir sans doute des ajustements ici et là, mais pas dans les priorités inscrites dans la feuille de route quinquennale. Réduire les dépenses ? Optimiser les recettes ? Laisser filer le déficit budgétaire et l'endettement ? Un test de la capacité réformatrice du nouveau gouvernement. Et de sa crédibilité...