Un livre de Abdennasser Naji : la réforme de l'éducation - Par Mustapha Sehimi

Un livre de Abdennasser Naji : la réforme de l'éducation - Par Mustapha Sehimi

Au-delà de l'état des lieux, Abdennasseur Naji fait des propositions de nature à transformer durablement le système éducatif actuel. Une approche tournée donc vers l'avenir. Non pas un schéma limité aux spécificités nationales " mais élargi aux "grandes tendances qui façonneront le monde et l'éducation dans les prochaines décennies".

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Dans son ouvrage consacré à une décennie de réforme éducative au Maroc, Abdennasser Naji dresse un bilan contrasté : des avancées institutionnelles et stratégiques réelles, mais des résultats encore insuffisants dans les classes. À partir des faiblesses structurelles du système et des inégalités persistantes, l’auteur propose plusieurs scénarios pour refonder l’école et replacer l’éducation au cœur des grands choix de société. Mustapha Sehimi l’a lu.

Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Dans le dernier classement PISA 2025 - publié par l'OCDE en pleine campagne électorale - le Maroc se classe à la 83e place sur 91 pays. Pas de quoi pavoiser ! Voilà pourquoi il faut lire le livre de référence d'un auteur spécialiste, Abdennasseur Naji, "La réforme de l'éducation au Maroc évaluation de la décennie 2015 -2025", éditeur AMAQUEN Fondation, 381 p.). L'auteur relève pour commencer les progrès enregistrés dans le domaine institutionnel : un cadre stratégique cohérent et des outils de pilotage sophistiqués (loi-cadre 51.17) ; une vision stratégique ; le système d'information MASSAR ; un cadre de référence de 157 indicateurs... Un acquis institutionnel donc avec des "avancées réelles". Mais en creux, pourrait-on dire, autre chose, à savoir ce qu'il appelle le "paradoxe marocain": d'un côté un système excellant dans la conception stratégique mais échouant pratiquement dans sa "capacité à transformer les textes en pratiques effectives dans les salles de classe".

A quoi tient cette situation problématique ? A ce qu'il qualifie de plusieurs "nœuds critiques" lors de la décennie écoulée. Lesquels ? Un curriculum imparfait depuis une bonne vingtaine d'années (programmes surchargés, inadaptation aux capacités réelles des élèves, gap entre le primaire et le collège); une formation incomplète ; des enseignants pas vraiment accompagnés; une gouvernance défaillante couplée à une centralisation excessive; l'absence d'un système national d'assurance qualité; des inégalités criantes et aggravées ( abandon scolaire, généralisation du préscolaire en 2040, plus de 4,3 millions de NEET et une ségrégation scolaire aggravée avec plus de 17 % des élèves dans le secteur privé); un usage du numérique éducatif sans pédagogie; enfin, une politique linguistique en rupture avec les standards internationaux (enseignement en français dès le collège de toutes les matières scientifiques et techniques après un enseignement majoritairement en arabe dans le primaire).

Un enjeu de société : scénarios

Cela dit, au-delà de l'état des lieux, l'auteur fait des propositions de nature à transformer durablement le système éducatif actuel. Une approche tournée donc vers l'avenir. Non pas un schéma limité aux spécificités nationales " mais élargi aux "grandes tendances qui façonneront le monde et l'éducation dans les prochaines décennies". Lesquelles ? Sur le plan social, repenser la formation avec une éducation de qualité. A laquelle il faut ajouter d'autres choix : placer l'éducation au centre des enjeux de souveraineté et de coopération; promouvoir le numérique comme levier de démocratisation et de qualité pour éviter l'aggravation des inégalités existantes dans ce domaine. Des scénarios sont ainsi proposés ; ils sont éligibles à des "futurs possibles" dépendant tant de choix politiques que de mobilisations collectives des prochaines années. Le premier concerne l'école intégrée, ‘’creuset de valeurs et d'éthique; le deuxième intéresse l'école coopérative" inspiré des modèles nordiques et ses marqueurs tels l'intérêt commun, l'entraide et la solidarité, un format particulier où l'école est gérée sur une base de partenariat avec les collectivités locales, les familles et les associations; un autre scénario regarde, lui, ce qu'il qualifie d'école de distinction "avec son système dual d'un côté des établissements d'élite et de l'autre des écoles publiques délaissées; enfin, l'école de qualité", autrement dit  une "école nouvelle" adossée à une transformation systématique marquée du sceau de l'apprentissage intelligent, de l'innovation pédagogique et pour tout dire du bien commun.

En tout état de cause, il faut souligner les invariants de l'école nouvelle que l'auteur appelle de ses vœux : évaluation continue, promotion des valeurs humaines et nationales ; développement des compétences fondamentales liées à une pensée critique, à la créativité et la communication ; partenariats étroits avec des communautés locales (collectivités territoriales, entreprises, associations); un processus continu, éligible à tous les âges, dans un environnement et multidimensionnel. Un programme. Une feuille de route. Et une vision. Maintenant que les promesses et les ferveurs de la campagne électorale sont enjambées, le temps est venu d'un large débat national sur la problématique globale de la réforme du système national d'éducation. Une ardente obligation. Un grand enjeu de société.

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