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TikTok, Instagram, YouTube : les nouveaux terrains d'évangélisation des catholiques
Boutique exposant des souvenirs religieux à vendre à Lourdes en France, dans le sud-ouest de la France, à la veille de la visite du pape, le 25 septembre 2026. Lors du premier voyage officiel d’un pape depuis 18 ans en grande pompe dans un pays qui a fait de la laïcité une religion, le pape Léo se rendra à Lourdes (Photo AFP)
TikTok, Instagram et YouTube sont devenus de nouveaux espaces d’évangélisation pour une génération de créateurs catholiques français. Prêtres, religieux et laïcs y adaptent le discours religieux aux codes des réseaux sociaux, touchant notamment un public jeune et parfois éloigné des églises. Mais cette visibilité numérique soulève aussi des interrogations sur la profondeur de l’engagement, la personnalisation du message et les effets de la monétisation.
Ils sont suivis par des milliers d'abonnés, s'expriment face caméra en tenue ecclésiastique et parlent de la bible en moins d'une minute: en quelques années, une génération de créateurs français de contenus catholiques a fait de TikTok, Instagram et YouTube de nouveaux terrains d'évangélisation.
Jeudi soir, à la veille de la venue du pape Léon XIV en France, une dizaine de ces "missionnaires numériques catholiques" ont participé à l'église Saint-Sulpice, à Paris, à une grande veillée organisée par le compte "Two Disciples" et ayant réunie plusieurs centaines de personnes.
Parmi ces "missionnaires numériques catholiques": le Frère Paul-Adrien, suivi par 681.000 personnes sur YouTube, Victor Dubois de Montreynaud, alias le "Catho de service", qui compte 298.000 abonnés sur TikTok, ou encore l'abbé traditionaliste Matthieu Raffray, suivi par 201.000 abonnés sur Instagram.
"Moderne"
"Ils ont amené une nouvelle façon de partager sa foi et parviennent à rassembler les catholiques. Ils apportent quelque chose de moderne dans la religion, on apprend de manière ludique", s'enthousiasme Aurore, trentenaire.
"Ça montre que l'église est vivante et ça permet de se reconnecter à notre foi", abonde Charles, 20 ans.
"L'Assomption en une minute", "POV (acronyme anglais de +point of view+, qui signifie point de vue) t'es moine mais c'est la Coupe du monde" ou "Protestant VS Catho": avec leurs vidéos verticales ultracourtes, leurs titres accrocheurs et leurs détournements des tendances du moment, ces influenceurs parlent religion avec la grammaire des réseaux sociaux.
"Je me suis rendu compte qu'il y avait une demande de connaissance en matière religieuse sur la foi catholique", explique à l'AFP Matthieu Raffray, qui dit toucher "des gens qui ne seraient a priori jamais entrés dans une église".
Sur Instagram, assure-t-il, 80% de son audience a entre 18 et 35 ans.
L'évangélisation du "continent numérique" est encouragée depuis plusieurs années par l'Église et les papes successifs.
"Pas ringard"
Sur les réseaux, l'Église "montre qu'elle n'est pas une chose ringarde", mais qu'elle peut être "moderne et actuelle", observe David Douyère, professeur en sciences de l'information et de la communication et spécialiste de la communication catholique.
Pour Paul Delafosse, 26 ans, créateur d'Amen Media et intervenant lors de la veillée, ces plateformes permettent aussi de rendre plus accessible un discours religieux parfois perçu comme décalé.
"Pour un catholique, le message de l'Église peut paraître très actuel, mais pour quelqu'un qui n'a pas la foi, il peut sembler à contre-courant du monde", explique-t-il.
Dans un même fil d'actualité, souligne David Douyère, un internaute peut ainsi voir une personne "qui cuisine, une autre qui fait du sport" puis une "qui explique comment prier et dire le chapelet". Une manière de montrer "qu'il est possible d'être catholique dans cet espace".
Les plateformes sont aussi devenues un lieu d'affirmation communautaire: "Mettre une petite photo à la messe en story, des croix dans sa bio, c'est un moyen de se revendiquer chrétien facilement", observe Paul Delafosse.
Cette évangélisation numérique pose de nouvelles questions à l'Église: comment transformer les "like" en engagement religieux durable ?
"Il y a un risque que les gens se contentent de vivre une foi en ligne, de se nourrir de quelques influenceurs qu'ils apprécient, sans expérimenter une vie de paroisse", reconnaît Paul Delafosse.
"Monétisation" des contenus
Les codes des plateformes peuvent aussi favoriser les messages les plus tranchés.
"La facilité, c'est parfois d'avoir un message fort, sans nuances, qui va booster l'algorithme et susciter beaucoup de commentaires", souligne-t-il. Tout l'enjeu, "c'est d'avoir un usage chrétien aussi des réseaux sociaux".
Renaud Laby, prêtre et auteur d'une thèse sur le militantisme confessionnel, appelle de son côté à s'interroger sur la formation et le statut de ces nouveaux prédicateurs en ligne, ainsi que sur leur rapport aux logiques économiques des plateformes. "Certains profitent de la monétisation. Cela en fait des auto-entrepreneurs de la mission", selon lui.
Financée par des dons privés, la veillée de Saint-Sulpice sera retransmise sur les chaînes YouTube des créateurs présents. Son co-organisateur Thibault Pfeffer espère atteindre 100.000 spectateurs en ligne.
"Le but est de prier ensemble pour le voyage apostolique et quelques influenceurs prendront la parole", précise-t-il.
Lui-même reconnaît le défi de cette nouvelle génération de figures catholiques numériques: éviter que leur personnalité ne prenne le pas sur le message qu'elles entendent transmettre.
"Parfois les gens sont plus attachés à tel ou tel influenceur qu'à l'Église elle-même", explique Thibault Pfeffer. "Notre but n'est pas de créer notre propre religion, mais que les gens découvrent l'Église catholique."