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De Tanger à Tendrara, les festivals marocains célèbrent la culture sous toutes ses formes
La 20e édition du Festival méditerranéen de la culture amazighe Twiza se déroulera à Tanger du 23 au 26 juillet sous le slogan « Pour l’amour, contre la haine ».
De Tanger à Harhoura, en passant par Berkane et Tendrara, plusieurs rendez-vous culturels animent le Maroc en cette fin juillet 2026. Débats intellectuels, cinéma en plein air, arts populaires, patrimoine amazigh, traditions nomades et réflexion sur les technologies numériques composent une programmation particulièrement riche. Derrière la diversité des formats, une même ambition se dégage : rapprocher la culture du public, préserver les héritages locaux et faire de la création un levier d’ouverture, de transmission et de développement territorial.
À Tanger, Twiza oppose l’amour aux discours de haine
La 20e édition du Festival méditerranéen de la culture amazighe Twiza se déroulera à Tanger du 23 au 26 juillet sous le slogan « Pour l’amour, contre la haine ». Fidèle à sa vocation intellectuelle et culturelle, le festival entend interroger les tensions qui traversent les sociétés contemporaines, tout en défendant les valeurs de pluralité, de dialogue et de coexistence.
Organisée par la Fondation du Festival méditerranéen de la culture amazighe, cette édition réunira des penseurs, écrivains, chercheurs et acteurs culturels venus du Maroc et de plusieurs pays étrangers. Selon son directeur général, Aziz Woroud, Twiza cherche à créer un espace de confrontation féconde entre différentes expériences intellectuelles et créatives.
Le coup d’envoi sera donné le 23 juillet à l’hôtel El Oumnia Puerto avec une conférence inaugurale reprenant le thème central de cette édition. Elle réunira notamment Najat Belkacem, Tahar Labib, Sayid Ould Bah, Saïd Bennis, Mustafa Omar Al-Tir et Ahmed Assid. L’ouverture sera également marquée par l’inauguration d’expositions consacrées aux bijoux amazighs, à la poterie du Rif et à plusieurs maisons d’édition.
Le lendemain, les débats porteront sur la place de l’amazighité face aux discours de haine. Des universitaires, militants et spécialistes de la langue et de la culture amazighes examineront les écarts entre la reconnaissance institutionnelle et la mise en œuvre concrète des droits culturels et linguistiques.
Une autre rencontre s’intéressera à « L’amour et la haine à l’ère du numérique ». À travers les interventions de Najat Belkacem, Aïcha Belarbi, Manal El Akhdari et du philosophe canadien Alain Deneault, les participants analyseront le rôle des plateformes numériques dans la diffusion des émotions, la polarisation des opinions et la banalisation des discours agressifs.
Le 25 juillet, le festival s’ouvrira sur les découvertes archéologiques récentes au Maroc, avant d’accueillir l’écrivain palestinien Ibrahim Nasrallah pour une conférence consacrée au paradoxe de l’amour et de la haine en Palestine. La dernière journée sera marquée par le Forum annuel des écrits de jeunesse, avec la poétesse Wafaa Lamrani comme invitée d’honneur, puis par une table ronde finale sur les moyens de lutter contre les discours de haine.
À Harhoura, le cinéma quitte les salles pour rencontrer le public
À Harhoura, la plage Sidi El Abed accueille la 7e édition du Festival Ciné-Plage, une manifestation qui mise sur la proximité et l’ouverture. Organisé par l’Association marocaine de l’art sans frontières, en partenariat avec la commune de Harhoura et le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, l’événement se poursuit jusqu’au 26 juillet.
La cérémonie d’ouverture a réuni des responsables institutionnels, des élus locaux et de nombreuses figures du cinéma et du théâtre. Elle a été ponctuée par une prestation musicale de Maria Naciri, un hommage aux artistes marocains disparus au cours de l’année écoulée et la présentation des jurys des compétitions officielles.
Le directeur du festival, Abdelouahed Mjahed, a rappelé que Ciné-Plage était né d’une volonté simple : célébrer le cinéma marocain, renforcer l’identité culturelle nationale et mettre en valeur les talents de Harhoura et de sa région. Au fil des éditions, cette ambition s’est élargie aux cinémas africain, européen et international.
Les organisateurs souhaitent désormais faire du festival une plateforme de coproduction, d’échange d’expériences et de formation des jeunes. Des ateliers, des master classes et des rencontres professionnelles doivent permettre aux participants d’accéder à de nouveaux savoir-faire et d’échanger avec des créateurs venus de différents horizons.
Pour la commune de Harhoura, le cinéma constitue aussi un outil de développement territorial. Son président, Mohamed Lakhrif, a souligné que la tenue du festival dans un espace naturel ouvert contribue à rapprocher la culture du grand public. La plage devient ainsi un lieu de projection, mais aussi un espace de dialogue, de découverte et de convivialité.
L’un des temps forts de l’ouverture a été l’hommage rendu à l’acteur Rachid El Ouali pour plus de quatre décennies de carrière. Plusieurs intervenants ont salué son parcours dans le cinéma et la télévision, ainsi que son soutien constant aux initiatives culturelles. L’acteur a dédié cette distinction aux réalisateurs, techniciens et artistes ayant accompagné son cheminement.
La soirée s’est achevée par la projection du long métrage « Noud W Noud », réalisé par Jaouad El Khaoudi. Le programme prévoit également deux compétitions officielles consacrées aux longs métrages et aux courts métrages d’écoles, ainsi que des hommages aux artistes Anas El Baz et Aïcha Mahmah.
À Berkane, les arts populaires à l’épreuve des algorithmes
La 13e édition du Festival des arts populaires de l’Oriental se tiendra à Berkane du 23 au 25 juillet. Placée sous le thème « Les arts populaires entre mémoire des peuples et algorithmes du futur », elle entend explorer les relations entre patrimoine culturel et révolution numérique.
Organisée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, avec le concours des autorités et collectivités territoriales de la province, cette manifestation veut réfléchir aux moyens d’utiliser l’intelligence artificielle et les technologies modernes pour préserver les traditions sans les dénaturer.
Les organisateurs refusent d’opposer la mémoire aux algorithmes. Ils souhaitent au contraire établir une complémentarité entre les outils numériques et le patrimoine vivant. L’enjeu consiste à documenter, transmettre et valoriser les arts populaires tout en préservant leur authenticité, leur dimension humaine et leur portée esthétique.
Le programme réunira des troupes locales, nationales et internationales. Un colloque scientifique intitulé « Les arts populaires et les algorithmes du futur : une approche culturelle et cognitive » donnera la parole à des chercheurs et enseignants spécialisés.
Des spectacles et conférences seront également organisés dans plusieurs communes de la province afin d’élargir l’accès à la culture et de renforcer la justice territoriale. Des hommages seront rendus à plusieurs artistes et gardiens du patrimoine.
Le festival entend ainsi consolider le rayonnement culturel de l’Oriental, dont les arts populaires ont été inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture.
À Tendrara, le patrimoine nomade comme moteur de développement
Dans la province de Figuig, la 6e édition du Festival des nomades « Majal Beni Guil » célèbre pendant cinq jours le mode de vie pastoral et les traditions de la région. Organisée à Tendrara sous le thème « La promotion du patrimoine de Beni Guil, un levier pour le développement territorial », la manifestation coïncide avec les célébrations de la Fête du Trône.
Le festival met en valeur les valeurs associées à la vie nomade : générosité, solidarité, attachement à la terre et préservation de la mémoire collective. Il cherche aussi à mieux faire connaître les richesses culturelles, naturelles et artisanales des Beni Guil et de la province de Figuig.
Cette édition se distingue par une forte présence de la Tbourida. Des Sorbas nationales primées au Salon du cheval d’El Jadida et au Domaine royal de Dar Es Salam participent aux démonstrations. Le festival accueillera également la première édition de son propre Grand Prix de Tbourida.
Les organisateurs veulent faire de ce patrimoine un outil d’attractivité et de développement. L’événement associe ainsi culture, artisanat, tourisme et économie locale. Une exposition régionale de l’artisanat, des animations pour enfants, des compétitions sportives et des démonstrations d’arts martiaux complètent la programmation.
Des conférences seront consacrées à la littérature des mines et aux terres collectives, tandis que des concours de mémorisation du Saint Coran, la « Hadra de Beni Guil » et la « Tente de la poésie » illustreront la diversité culturelle de la région.
La culture, trait d’union entre mémoire et avenir
Ces quatre manifestations témoignent de la vitalité du paysage culturel marocain. À Tanger, la réflexion intellectuelle s’attaque aux fractures contemporaines. À Harhoura, le cinéma investit l’espace public. À Berkane, les arts populaires dialoguent avec l’intelligence artificielle. À Tendrara, le patrimoine nomade devient un vecteur de développement.
Au-delà du spectacle, ces festivals défendent une culture accessible, enracinée et ouverte sur le monde. Ils montrent également que le patrimoine ne se réduit pas à la conservation du passé. Il peut nourrir la création, renforcer l’attractivité des territoires et offrir des réponses aux défis sociaux, numériques et identitaires du présent.