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Reconnaître, accompagner et protéger, à Rabat, l’Afrique place les victimes au centre de la lutte antiterroriste africaine
« L’Afrique ne peut plus se permettre une réponse fragmentée face à une menace devenue systémique, qui endeuille chaque année des milliers de familles et fragilise des sociétés entières » (Nasser Bourita)
En accueillant la première Conférence internationale dédiée aux victimes africaines du terrorisme, Rabat a placé le continent devant une responsabilité collective longtemps différée : reconnaître la souffrance des survivants, renforcer les mécanismes de soutien et bâtir des stratégies centrées sur la dignité humaine. En deux jours d’échanges, dirigeants, experts, organisations internationales et associations de victimes ont marqué une étape fondatrice, entérinée par l’adoption de la Déclaration de Rabat.
UN TOURNANT POUR LES POLITIQUES ANTITERRORISTES AFRICAINES
La Conférence internationale de Rabat, premier rendez-vous du genre dédié exclusivement aux victimes africaines du terrorisme, a réuni des représentants gouvernementaux, des organisations régionales et internationales, des experts et des associations de survivants venus de tout le continent. Elle a été organisée par le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, en partenariat avec le Bureau des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme (UNOCT).
Dès l’ouverture, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a donné le ton : l’Afrique ne peut plus se permettre une réponse fragmentée face à une menace devenue systémique, qui endeuille chaque année des milliers de familles et fragilise des sociétés entières. Il a rappelé que le Sahel et l’Afrique de l’Ouest sont désormais l’épicentre du terrorisme mondial, avec une explosion des attaques, des déplacements massifs, l’effondrement de la cohésion sociale et la déscolarisation de générations entières.
Le ministre a plaidé pour une refondation stratégique : placer les victimes au centre, non comme bénéficiaires d’aides ponctuelles, mais comme actrices de prévention, de résilience et de reconstruction communautaire. Cette orientation, a-t-il souligné, s’inscrit dans les Hautes Orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui fait de l’Afrique un pilier de la diplomatie marocaine, fondée sur la solidarité et la coopération.
LA DÉCLARATION DE RABAT : UNE VISION AFRICAINE CENTRÉE SUR LA DIGNITÉ
Le segment ministériel a entériné la Déclaration de Rabat, texte fondateur qui ambitionne de « replacer les victimes au cœur des réponses nationales et régionales au terrorisme ». Le document appelle à une approche globale, intégrée et fondée sur les droits humains, avec un engagement clair : reconnaître, accompagner et protéger.
La Déclaration insiste sur plusieurs axes structurants. Elle demande aux États africains d’harmoniser leurs cadres juridiques selon les meilleures pratiques internationales, d’assurer aux victimes un accès effectif à la justice et d’établir des mécanismes de mémoire pour éviter l’effacement des souffrances. Elle appelle également à développer des dispositifs de soutien multidimensionnel : assistance médicale, soutien psychosocial, autonomisation économique, protection juridique. Une attention particulière est accordée aux femmes, aux enfants, aux personnes vulnérables et aux communautés les plus exposées.
Le texte fait également de la coopération internationale un levier essentiel. Il encourage l’échange d’expertise, la formation, la mobilisation de partenaires internationaux et le rôle clé de l’UNOCT, notamment à travers son Bureau Programme de Rabat, appelé à devenir un centre africain d’excellence pour le soutien aux victimes.
LA VOIX DES SURVIVANTS, UN ATOUT POUR LA RÉSILIENCE
L’un des moments marquants de la conférence a été la présence d’associations de victimes africaines venues partager leurs témoignages et leurs attentes. Pour Djélika Dembélé, représentante du Conseil national des victimes du Mali, l’adoption de la Déclaration de Rabat est porteuse d’espoir dans un pays lourdement impacté par les violences terroristes. Elle y voit une reconnaissance tardive mais essentielle : « Les victimes ont trop longtemps été absentes des stratégies antiterroristes. Cette déclaration nous redonne une place, une voix. »
Abouzeidi Sanoussi Abdoul Aziz, directeur exécutif du Mouvement des jeunes pour le développement et l’éducation citoyenne, a insisté sur la dimension humaine du terrorisme, souvent occultée par les chiffres. Les attaques, a-t-il rappelé, détruisent des familles, effacent des structures sociales et environnementales, sèment la peur et compromettent l’avenir des jeunes. Pour lui, la conférence ouvre la voie à un renforcement des dispositifs d’accompagnement, notamment en matière d’autonomisation, de prise en charge psychologique et de réinsertion sociale.
Le rôle des survivants dans la prévention a été au cœur des discussions. Leur témoignage, leur résilience et leur participation active sont désormais considérés comme des outils essentiels pour déconstruire les discours extrémistes et reconstruire les communautés meurtries.
UNE MOBILISATION INTERNATIONALE SALUÉE PAR L’ONU
Le Secrétaire Général adjoint des Nations Unies et chef de l’UNOCT, Alexander Zuev, a salué, à Rabat, le partenariat « fort et exemplaire » entre le Maroc et les Nations Unies. Il a souligné que cette première Conférence internationale dédiée aux victimes africaines du terrorisme constitue une avancée majeure dans la reconnaissance du coût humain du terrorisme sur le continent.
Zuev a rappelé un chiffre alarmant : les attaques violentes ont augmenté de plus de 250 % en deux ans, provoquant le déplacement de millions de personnes, notamment dans le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Il a appelé à une mobilisation renforcée pour combler les lacunes en matière de protection juridique, d’accès aux services essentiels et de soutien à long terme pour les victimes.
Le responsable onusien a également exprimé sa satisfaction quant aux efforts internationaux visant à préparer la Déclaration de Rabat et à élaborer un recueil de bonnes pratiques. Il a replacé cette initiative dans la continuité de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, qui affirme que le soutien aux victimes est à la fois un impératif moral et un pilier indispensable d’une lutte efficace contre le terrorisme.
UNE DYNAMIQUE AFRICAINE À CONSOLIDER
Les débats menés à Rabat convergent vers une même conclusion : l’Afrique ne pourra répondre durablement à la menace terroriste sans intégrer pleinement les victimes et survivants dans les politiques publiques. Plusieurs intervenants, notamment du Conseil de l’Union européenne, ont souligné la pertinence de l’approche marocaine, notamment en matière de prévention de la radicalisation, de renforcement des capacités et d’intégration des perspectives des victimes dans les stratégies nationales.
La conférence a également mis en avant la nécessité de renforcer la coopération régionale en matière de formation, de soutien technique, d’échange d’expertise et d’harmonisation des cadres d’intervention. Une attention particulière est portée à la résilience communautaire, au rôle des jeunes et des femmes, et à la reconstruction sociale dans les zones les plus touchées.
VERS UNE NOUVELLE ARCHITECTURE AFRICAINE DU SOUTIEN AUX VICTIMES
Pendant deux jours, Rabat est devenue le laboratoire d’une réflexion continentale renouvelée, déterminée à insuffler une nouvelle dynamique à la lutte antiterroriste africaine. La Déclaration de Rabat, largement saluée, ambitionne de constituer la base d’une architecture africaine cohérente, opérationnelle et centrée sur la dignité humaine.
Les participants ont insisté sur l’importance de poursuivre sur cette lancée, d’évaluer les progrès accomplis et de renforcer les initiatives visant à structurer des dispositifs de soutien pérennes. L’objectif n’est plus seulement de réduire l’impact des attaques terroristes, mais de redonner aux survivants un rôle, une reconnaissance et un avenir.
La réussite de cette conférence doit désormais se traduire par des actions concrètes, des réformes nationales, des partenariats renforcés et une mobilisation continue. À Rabat, une conviction s’est imposée : la lutte contre le terrorisme ne peut être efficace que si elle commence par regarder les victimes en face, en leur offrant protection, justice et dignité.