Venezuela–États-Unis : libérations politiques, bras de fer diplomatique et pari pétrolier de Trump

Venezuela–États-Unis : libérations politiques, bras de fer diplomatique et pari pétrolier de Trump

Photo diffusée par le service de presse du palais Miraflores montre la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez (au centre), saluant le personnel de sécurité lors d'une cérémonie en l'honneur des militaires et agents de sécurité vénézuéliens et cubains morts lors de la capture de l'ancien président Nicolas Maduro et de son épouse, Cilia Flores, par les forces américaines, à Caracas, le 8 janvier 2026. (Photo AFP)

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La libération de prisonniers politiques par Caracas ouvre une nouvelle séquence de haute tension entre le Venezuela et les États-Unis. Salué par Donald Trump comme un geste de paix, cet acte intervient dans un contexte explosif, marqué par la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines, l’installation d’un pouvoir par intérim à Caracas et une offensive stratégique de Washington pour reprendre la main sur les immenses ressources pétrolières du pays.

Une vague de libérations sous haute surveillance

Les autorités vénézuéliennes ont confirmé la libération de plusieurs opposants politiques, dont l’ancien candidat à l’élection présidentielle Enrique Marquez. Au total, 128 personnes de différentes nationalités ont été relâchées lors de cette première vague, selon des données concordantes d’ONG et de sources judiciaires. Ce geste intervient quelques jours après la prise de fonctions de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, dans un climat de recomposition institutionnelle inédit.

Enrique Marquez, figure centrale de l’opposition, avait contesté juridiquement la réélection de Nicolas Maduro en 2024, dénoncée comme frauduleuse par une partie de la communauté internationale. Arrêté en janvier 2025, il incarne pour ses soutiens le symbole d’une opposition muselée. Sa libération a été immédiatement saluée par Donald Trump, qui y voit un « geste important et intelligent » en faveur de l’apaisement.

Washington applaudit, Caracas se cache derrière une fille de vigne

Sur son réseau Truth Social, Donald Trump s’est félicité de la « coopération » du Venezuela, affirmant avoir annulé une nouvelle attaque ciblée contre le pays. Il a également assuré que les deux États travaillaient désormais « bien ensemble », notamment sur la reconstruction de l’industrie pétrolière. À Caracas, le discours est différent. Le président du Parlement, Jorge Rodriguez, a cru bon qualifier ces libérations de « geste unilatéral » destiné à favoriser la coexistence pacifique, refusant d’y voir une concession à Washington.

La présidente par intérim Delcy Rodriguez a insisté sur le fait que le Venezuela n’était « ni subordonné ni soumis » aux États-Unis, réaffirmant sa loyauté envers Nicolas Maduro, détenu aux États-Unis et poursuivi pour narcoterrorisme. Une ligne de défense souverainiste destinée à rassurer la base chaviste, alors que l’exécutif fait face à des pressions internationales inédites.

Opposition en exil et soutien international

Parmi les libérés figure également l’avocate et militante Rocio San Miguel, arrêtée en février 2024. De nationalité vénézuélienne et espagnole, elle a quitté immédiatement le pays pour Madrid, accompagnée de quatre autres ressortissants espagnols. Le gouvernement espagnol a salué cette libération, tout en appelant Caracas à relâcher un dernier citoyen espagnol toujours détenu pour des motifs politiques.

La cheffe de l’opposition, Maria Corina Machado, toujours contrainte à la clandestinité, a salué ces libérations comme une victoire morale. Lauréate du prix Nobel de la paix 2025, elle doit être reçue à Washington par Donald Trump, qui s’est dit « impatient » de la rencontrer et honoré à l’idée qu’elle puisse lui remettre son prix.

Le pétrole au cœur de la stratégie américaine

Au-delà du volet politique, l’enjeu énergétique domine largement la nouvelle doctrine américaine. Donald Trump a annoncé des investissements « d’au moins 100 milliards de dollars » au Venezuela par de grandes compagnies pétrolières américaines. Selon NBC News, les dirigeants de Exxon Mobil, Chevron et ConocoPhillips ont été conviés à la Maison Blanche.

Seul Chevron dispose actuellement d’une licence d’exploitation au Venezuela. Exxon Mobil et ConocoPhillips avaient quitté le pays en 2007, refusant les conditions imposées par Hugo Chávez. Trump entend aujourd’hui rallier ces majors à sa stratégie de mise sous tutelle économique du Venezuela, en levant partiellement et sélectivement les sanctions pétrolières.

Une manne énergétique sous-exploitée

Avec plus de 303 milliards de barils de réserves prouvées, le Venezuela dispose du plus important stock mondial, selon l’Opep. Pourtant, la production plafonne autour d’un million de barils par jour, conséquence de décennies de sous-investissement et d’infrastructures dégradées. Pour Donald Trump, cette manne représente un levier majeur pour faire baisser les cours mondiaux du brut, une priorité affichée de son mandat.

Washington prévoit déjà l’exportation de pétrole léger américain pour être mélangé au brut vénézuélien, réputé lourd et difficile à raffiner. Des équipements et des experts pourraient également être envoyés pour remettre à niveau les installations.

Sanctions, licences et pari à long terme

Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, estime qu’il serait possible d’augmenter la production de plusieurs centaines de milliers de barils par jour à court et moyen terme, sous réserve de conditions politiques et sécuritaires favorables. À plus long terme, le retour aux niveaux historiques nécessitera « des dizaines de milliards de dollars et beaucoup de temps ».

En attendant, Washington a annoncé que les autorités vénézuéliennes remettraient entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction aux États-Unis, une production équivalente à un ou deux mois. Les recettes seraient strictement contrôlées par l’administration américaine et destinées à l’achat de produits américains, scellant une relation de dépendance économique assumée.

Entre souveraineté revendiquée et réalités géopolitiques

La séquence actuelle illustre un paradoxe profond. Tandis que Caracas proclame son indépendance politique, Washington consolide son emprise économique et énergétique. Les libérations de prisonniers, bien que saluées, apparaissent ainsi comme un élément d’un rapport de force plus large, où droits humains, pétrole et géopolitique s’entremêlent. Pour le Venezuela, l’embellie diplomatique reste fragile, suspendue à la capacité du pays à préserver sa souveraineté tout en négociant sa survie économique. (Quid avec MAP et AFP)