Fête du Trône : autonomie, démocratie et État social, les priorités d’un moment décisif – Par Abdelhamid Jmahri

Fête du Trône : autonomie, démocratie et État social, les priorités d’un moment décisif – Par Abdelhamid Jmahri

Le discours du Trône, prévu pour ce mercredi à partir de 21 h, intervient cette année dans une conjoncture exceptionnelle

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Le discours du Trône, prévu pour ce mercredi à partir de 21 h, intervient cette année dans une conjoncture exceptionnelle. À trois mois d’une échéance déterminante pour le dossier du Sahara, à moins de deux mois des élections législatives et au terme d’un cycle gouvernemental marqué par le déploiement de l’État social, le Maroc se trouve à la croisée de plusieurs tournants. Abdelhamid Jmahri revient sur cette séquence nationale qui coïncide également avec des avancées majeures en Afrique, portées par l’Initiative atlantique, le gazoduc Afrique-Atlantique et l’ouverture des pays du Sahel sur l’océan.

Abdelhamid Jmahri

Un discours attendu dans une conjoncture exceptionnelle

Le discours du Trône intervient à un moment d’une densité sans précédent, ou rarement égalée dans notre histoire contemporaine.

Et il est probablement le discours que les Marocains, élites comme citoyens, attendent pour saisir l’esprit de cette séquence marquée par des évolutions qui attendent leurs dernières touches, notamment dans le dossier du Sahara, à trois mois d’une échéance décisive relevant de la souveraineté territoriale.

Sur le plan démocratique, moins de deux mois nous séparent d’une autre échéance, celle de la souveraineté populaire. Elle permettra au Maroc de se doter d’un gouvernement qui aura la responsabilité de conduire la mise en œuvre de l’autonomie et de préparer la Coupe du monde 2030.

Ce moment offre également l’occasion d’évaluer le bilan de l’État social, un contrat éponyme, dont la mise en œuvre effective aura couvert une législature complète.

Trois mois nous séparent aussi de la fin de celle-ci, avec l’ouverture de la prochaine session parlementaire.

L’Instant nécessitera également de dresser le bilan des grands indicateurs liés aux transformations considérables enregistrées par le pays, tout en répondant aux exigences d’un nouveau contrat social territorial. Cette dynamique a commencé huit ans avant l’actuel gouvernement, mais le prochain exécutif la trouvera devant lui, comme le gouvernement sortant avait trouvé devant lui le chantier de l’État social.

L’Afrique au cœur du nouveau positionnement marocain

À l’échelle continentale, ce rendez-vous coïncide avec trois séquences africaines marquées par des évolutions concrètes.

La première est le début de la concrétisation africaine du projet du gazoduc que la CEDEAO vient de prendre à son compte. Le rêve dispose désormais d’une infrastructure matérielle qui le rend tangible. Pour se rendre compte de l’importance de cet acte, il suffirait de se référer à la réaction fébrile du président algérien.

. La deuxième séquence concerne la coopération entre le Maroc et le Mali, qui constitue un maillon de l’initiative visant à ouvrir aux pays du Sahel une voie d’accès à l’océan Atlantique.

La troisième est liée à la route Tiznit-Dakhla, évoquée dans une déclaration du président Donald Trump. Le Roi du Maroc ne manquera certainement pas d’y faire référence dans le discours le plus important de l’année.

Il ne s’agit pas seulement d’une courtoisie diplomatique. L’invitation adressée, l’expression par Trump de son espoir d’avoir très bientôt l’occasion de parcourir l’intégralité de ce trajet, l’avancement du projet atlantique et les autres initiatives en cours constituent autant d’éléments révélateurs d’une transformation et d’un tournant décisif pour le Maroc comme pour le continent.

Parmi ces séquences, certaines apparaissent à mon sens particulièrement déterminantes.

Du 31 octobre 2025 à octobre 2026 : l’échéance de l’autonomie

Récapitulons. La Fête du Trône intervient alors qu’il ne reste plus que trois mois de la fin de l’échéance d’une année qui devrait être consacrée à la mise en œuvre du plan d’autonomie.

Le grand basculement dans ce dossier s’est produit à la suite de la décision royale affirmant que la question du Sahara est le prisme à travers laquelle le Maroc regarde le monde. En substituant cette logique de changement à la simple gestion du dossier, deux tournants majeurs se sont dessinés.

Le premier a fait passer l’autonomie d’une proposition parmi d’autres solutions possibles au statut de référence internationale pour tout règlement.

Le deuxième a placé le récit marocain au cœur du récit onusien et du système international lui-même.

Le Maroc a accompli la part qui lui incombait. Il a renouvelé son plan, l’a détaillé, actualisé et présenté au moment opportun. Des sessions de discussions ont été ouvertes en Floride, à Madrid et à Washington, sous un double parrainage américain et onusien.

La partie d’en face a été contrainte de suivre le mouvement. Elle est cependant restée fidèle à ses méthodes habituelles, fondées sur l’atermoiement dans l’espoir d’un changement dans les priorités de Donald Trump, notamment en raison de la guerre avec l’Iran.

Elle a également parié sur la résistance de Téhéran et sur sa capacité à peser sur le dossier.

La réunion de la Quatrième Commission des Nations unies a précisément remis en lumière la position de Téhéran à l’égard des séparatistes et son soutien leur thèse. L’Iran constitue ainsi l’un des derniers bastions du soutien officiel au séparatisme et à l’utopie sécessionniste.

L’exigence qui s’impose désormais, sans compromis possible, est claire : l’Organisation des Nations unies et le Conseil de sécurité doivent défendre leur décision, veiller à son application, exiger son respect et assumer pleinement leurs responsabilités.

Mettre fin au double traitement onusien du Sahara

En réalité, le Maroc doit commencer à mettre un terme à l’histoire du Comité des Vingt-Quatre et au mythe de la décolonisation, qui font de notre cause le seul dossier examiné simultanément par deux organes des Nations unies.

Cette situation entretient une ambiguïté institutionnelle devenue incompatible avec les évolutions du dossier, la dynamique internationale en faveur de l’autonomie et les décisions du Conseil de sécurité.

Par ailleurs, la Mauritanie doit faire preuve d’une clarté suffisante pour sortir du piège dans lequel l’a enfermée sa politique de complaisance à l’égard de l’Algérie.

Elle dispose aujourd’hui de l’exemple du Mali, qui a subi des pressions algériennes bien plus fortes. L’Algérie n’hésite pas à utiliser contre lui des groupes terroristes et des milices armées. Malgré cela, le Mali a retiré sa reconnaissance et s’est engagé dans une coopération approfondie avec le Maroc dans les domaines sécuritaire, militaire et économique.

Bamako s’est ainsi inscrit dans la nouvelle logique géostratégique ouverte par les deux initiatives royales : l’Initiative atlantique, le gazoduc Afrique-Atlantique et le projet de désenclavement des pays du Sahel.

Nouakchott se trouve au cœur de ces trois dynamiques. Sa position sur la façade atlantique en fait un prolongement naturel de la géographie du gazoduc africain. Elle peut également devenir l’un des débouchés vers l’Atlantique pour les pays du Sahel qui lui sont voisins.

Il est aujourd’hui grand temps et plus logique pour Nouakchott d’intégrer dans son appréhension du dossier les intérêts qui la concernent directement, tout comme le Sénégal, ainsi que ses relations avec les États européens amis du Maroc, notamment l’Espagne, la France et les pays de l’Union européenne, qui ont désormais clairement arrêté leur position sur la question du Sahara.

La logique voudrait que le président mauritanien agisse comme l’ont fait le président américain, le président français, le chef du gouvernement espagnol et les dirigeants des autres pays entretenant des liens déterminants avec la région. Il devrait annoncer la position attendue par les Marocains et les Mauritaniens, mais aussi par les Africains, à l’ouest comme à l’est du continent.

La Mauritanie est également la quatrième partie au dossier. Sa neutralité lui impose désormais de soutenir la décision claire des Nations unies, qui a tracé la voie de la solution à l’échelle internationale.

Le choix ne se situe plus entre deux voisins en conflit. Il oppose désormais une logique fermée et belliqueuse, qui propose de prolonger la crise et de continuer à l’exploiter dans un contexte régional et international particulièrement complexe, à une perspective ouverte sur les pays voisins et sur le monde.

Élections : le Roi pour sauver la participation au scrutin

Dans le discours de 2025, l’appel royal à élaborer les textes nécessaires à l’organisation des élections avait retenu l’essentiel de l’attention.

Aujourd’hui, le Roi est seul en mesure de sauver la participation politique en appelant à mobiliser les Marocains et en mettant à profit son poids symbolique ainsi que la confiance largement placée en sa personne pour encourager l’approfondissement de la démocratie et consolider sa légitimité.

Il sait mieux que quiconque que le corps politique n’inspire pas confiance. Il l’avait affirmé dans son discours de 2017, usant d’une langage direct et sans détour. Cette situation place la participation électorale au cœur d’une équation paradoxale : comment appeler les citoyens à voter alors que la classe politique ne bénéficie pas de leur confiance ?

Quoi qu’il en soit, l’appel doit viser à accroître le taux de participation, mais aussi à améliorer la qualité du choix électoral.

L’équation est d’autant plus complexe que l’abstention revêt en réalité une double dimension. Il existe d’abord une défection populaire, bien connue et souvent commentée. Mais il existe également une défection des élites, qui se manifeste notamment par le retrait des élites économiques, administratives, gestionnaires, scientifiques et intellectuelles du débat public.

L’attachement à la démocratie constitue le quatrième principe constant et actuel sur lequel veille le Roi.

Il ne s’agit pas ici de recenser tout ce que le Souverain a accompli dans ce domaine, depuis la protection du premier scrutin du nouveau règne en 2002, quelles qu’en aient été les conséquences politiques, jusqu’aux élections de 2007, marquées par une abstention qui l’avait conduit à appeler à une participation massive.

Sans revenir sur sa protection de deux scrutins organisés dans un climat de très forte tension, en 2011 et en 2016, qui ont profondément secoué la transition politique marocaine, ce qu’il faut retenir, c’est son souci constant de construire une démocratie productive et éthique, portée par un gouvernement fondé sur des valeurs et capable de transformer cette démocratie en levier de développement.

Repenser la place des Marocains du monde

Au volet toujours des élites, il n’est plus possible de continuer à traiter la communauté marocaine à l’étranger selon la même approche réductrice.

La faiblesse de sa représentation et la préparation des élections dans un cadre trop étroit imposent désormais la mise en œuvre des propositions royales concernant les institutions chargées de l’émigration.

Le discours du 6 novembre 2024 revient ici avec force. Il appelait à une nouvelle transformation dans la gestion des affaires des Marocains du monde, à travers la restructuration des institutions concernées.

Deux années devraient avoir suffi pour concevoir une nouvelle architecture institutionnelle et la soumettre au Roi durant cette période estivale marquée par le retour des Marocains résidant à l’étranger.

État social : quel bilan et quelles nouvelles orientations ?

Le rapport présenté par le Wali de Bank Al-Maghrib à la fin du mandat gouvernemental donne un aperçu des priorités auxquelles les prochaines années devront être consacrées.

Il fournit également, chiffres à l’appui, une évaluation de la gestion de l’État social, de l’évolution du fonds de soutien et des avantages qui en ont découlé.

L’année écoulée a aussi été celle de la préparation d’un arsenal juridique destiné à lutter contre la corruption. La voie reste ouverte à des initiatives portant sur les conflits d’intérêts et sur l’encadrement des pratiques anticoncurrentielles, dans un contexte où les riches continuent de s’enrichir tandis que les pauvres s’appauvrissent.

Certes, ce constat ne doit pas occulter les réalisations décisives accomplies par notre pays, qu’il s’agisse de l’industrialisation, des infrastructures, de sa présence continentale et internationale, des droits ou des progrès enregistrés dans ce domaine.

Mais la pauvreté reste un fait, évoqué par ailleurs techniquement Abdellatif Jouahri dans le rapport de la banque centrale et il est édifiant que Roi demeure le seul à parler encore explicitement des pauvres, à un moment où les élites politiques se réfugient dans un discours général et lisse sur la vulnérabilité, la fragilité et l’érosion des classes sociales.

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