Maroc-France : bâtir un modèle d’exception – Par Abdelhamid Jmahri

Maroc-France : bâtir un modèle d’exception – Par Abdelhamid Jmahri

Le roi Mohammed VI du Maroc (à droite) et Emmanuel. Macron au Palais royal de Rabat, la capitale, le 28 octobre 2024. L’actuel visite d’une forte délégation française n’est pas un simple exercice diplomatique exceptionnel ou circonstanciel, mais un moment historique qui consacre une transformation profonde de la nature même des relations entre le Maroc et la France (Photo : Ludovic Marin / Pool / AFP)

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Les gouvernements marocain et français se réunissent mercredi et jeudi à l’occasion d’une rencontre de haut niveau qui marque une nouvelle étape dans le renforcement du partenariat stratégique entre les deux pays. Abdelhamid Jmahri revient sur cette cette réunion première du genre depuis longtemps et qui doit permettre d’évaluer la mise en œuvre des accords conclus depuis la visite d’État d’Emmanuel Macron en 2024, d’accélérer les projets structurants et de consolider une convergence politique désormais assumée, notamment sur la question du Sahara.

Abdelhamid Jmahri

Des retrouvailles placées sous le signe de l’action

Une importante équipe gouvernementale française conduite par le Premier ministre Sébastien Lecornu effectue une visite de deux jours au Maroc. Elle comprend onze ministres, dont une véritable « ligne offensif » composée du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, etdu ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez.

La métaphore sportive ne s’arrête pas à la composition de la délégation. Elle traduit aussi l’esprit de cette rencontre. Au regard du climat qui prévaut désormais entre Rabat et Paris, les deux équipes sont appelées à jouer un même match, dans une même direction, à viser les mêmes objectifs et à inscrire ensemble les buts qu’elles se sont fixés, dans un esprit de coopération étroite et de confiance réciproque.

Les réunions prévues mercredi et jeudi revêtent un caractère inédit. Il s’agit de la première rencontre de haut niveau entre les deux gouvernements, depuis 2019. Chacun se souvient de la longue période de froid quasi glacial qui a marqué les relations entre Rabat et Paris, une crise qui a culminé à la fin de 2020 avant de se prolonger jusqu’à l’été 2024.

Le tournant est intervenu lorsque la France a adopté une position claire et sans ambiguïté sur le Sahara marocain, mettant fin à des années d’ambivalence régionale. Ce changement a atteint son plein accomplissement durant l’été 2024 avec la reconnaissance du plan d’autonomie comme cadre de l’exercice de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, aujourd’hui comme demain. Cette évolution a été suivie de la visite d’État ayant abouti à la signature de vingt-deux accords stratégiques couvrant des secteurs vitaux, ainsi qu’à des engagements d’investissement avoisinant les dix milliards d’euros.

Ce qui distingue fondamentalement la situation actuelle de celle d’hier réside dans le fait que cette rencontre gouvernementale s’inscrit sous l’impulsion directe des chefs d’État des deux pays.

La séquence de 2024 avait pour objectif de tourner définitivement la page des tensions. Celle d’aujourd’hui constitue, elle, la première réunion entre les deux exécutifs après plusieurs années d’interruption marquées par des crispations de nature diverse.

Le moment présent traduit ainsi la reprise d’une dynamique positive sans précédent et sa projection vers des horizons encore plus ambitieux, conformément aux engagements pris de part et d’autre.

Deux années de mise en œuvre passées au crible

Cette rencontre sera également l’occasion de dresser le bilan de deux années de mise en œuvre des accords conclus dans des domaines essentiels, notamment l’économie, les énergies renouvelables et la coopération sécuritaire.

L’examen des réalisations entre octobre 2024 et juillet 2026 met en lumière plusieurs projets structurants appelés à redéfinir durablement le partenariat stratégique entre les deux pays.

Dans le domaine aéronautique, le roi Mohammed VI a présidé, en février 2026 au Palais royal de Casablanca, la cérémonie de lancement du projet de construction d’une usine de fabrication de systèmes d’atterrissage pour avions du groupe français Safran. Ce projet, réalisé dans un délai exceptionnellement court après sa signature, représente un investissement supérieur à 280 millions d’euros, soit environ 332,4 millions de dollars.

Dans le secteur maritime, le partenariat entre le groupe CMA CGM et Marsa Maroc pour l’exploitation du port de Nador sur une durée de vingt-cinq ans constitue une autre illustration de cette dynamique. Le Maroc poursuit la mise en œuvre de ses engagements. À cet égard, il convient de rappeler le communiqué publié le mercredi 28 janvier 2026 à l’issue de la réunion de travail présidée par le souverain au Palais royal de Casablanca, consacrée au complexe portuaire et industriel de Nador West Med.

La rencontre actuelle permettra également de procéder à une évaluation prospective des prochaines étapes, d’apprécier l’état d’avancement des projets, d’identifier ceux déjà réalisés, ceux qui se heurtent à des difficultés ainsi que ceux dont la mise en œuvre interviendra progressivement.

Les séances de travail devront également définir les mesures nécessaires pour améliorer les résultats attendus et fixer le nouveau rythme d’exécution des programmes et des partenariats que les deux pays entendent engager ensemble.

Le Sahara, socle stratégique du nouveau partenariat

Si Jean-Noël Barrot figure parmi les principaux atouts de la délégation française, c’est aussi en raison de la portée politique de ses déclarations. En mai dernier, il a réaffirmé avec force que « le présent et l’avenir du Sahara s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », précisant que la France avait arrêté les mesures nécessaires à la mise en œuvre de cette orientation.

L’une des affirmations les plus fortes de son intervention, le mercredi 20 mai, demeure que « la question du Sahara revêt un caractère stratégique pour la France comme pour l’ensemble de la région ».

Dans cette logique, l’ensemble des accords conclus entre Rabat et Paris trouveront naturellement leur prolongement territorial dans les provinces du Sud.

Parmi eux figure un accord d’une portée stratégique majeure signé lors de la visite d’Emmanuel Macron entre TotalEnergies et le gouvernement marocain dans le domaine de l’hydrogène vert. Depuis, le Royaume a enregistré des avancées significatives dans la conduite de ce dossier.

Des engagements concrets au service des provinces du Sud

Il est également impossible de passer sous silence les déclarations du représentant permanent de la France au Conseil de sécurité des Nations unies, Nicolas de Rivière, en octobre 2025. Celui-ci avait affirmé que « la poursuite du développement économique et social dans cette région (le Sahara) est essentielle, et la France accompagnera le Maroc dans ces efforts au bénéfice des populations locales ».

Dans le prolongement de cet engagement, la France a multiplié les initiatives sur le terrain renforcement de sa présence consulaire et de ses activités culturelles ; ouverture d'un centre de dépôt des demandes de visa ; création d'une Alliance française à Laâyoune ; inauguration d'un nouvel établissement scolaire ; développement des investissements des entreprises françaises dans les provinces du Sud ; et last but not least, implication croissante de l'Agence française de développement (AFD), de ses partenaires et des opérateurs économiques accompagnant les projets menés dans la région.

S'inscrivent également dans cette dynamique les initiatives stratégiques illustrées par la visite, en avril 2026, d'une délégation française composée d'Alexis Berthier, directeur adjoint des affaires politiques à la direction des Nations unies et des organisations internationales du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, d'Édith Mangeot-Chazel, conseillère politique au sein de cette même direction, de Paul Motter, conseiller politique à la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient, de Romain Laurence Bréjean, conseillère politique auprès de la mission permanente de la France auprès des Nations unies à New York, ainsi que de trois officiers du ministère français des Armées. Cette délégation s'est rendue dans les installations et les bases de la MINURSO à Laâyoune et Smara.

À un autre niveau, l'opinion publique marocaine constate que la France a respecté les engagements contenus dans la lettre adressée par Emmanuel Macron au roi Mohammed VI le 30 juillet 2024. Le président français y affirmait que « pour la France s'engageait à « agir en cohérence avec (sa) position  (sur le Sahara) aux niveaux national et international ».

Cette orientation s'est depuis clairement reflétée dans toutes les positions françaises relatives à l'intégrité territoriale du Maroc.

Dans le même esprit, le Maroc et la France ont coprésidé, en mai 2026, la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix dans l'espace francophone, qui a réuni vingt-six ministres ainsi que soixante-trois délégations représentant des pays issus de tous les continents.

Vers un partenariat d'exception

Cette rencontre de deux jours est en conséquence appelée à constituer le seuil ouvrant la voie à de nouveaux horizons et à une nouvelle étape des relations bilatérales, grâce à la conclusion d'accords d'une nature que la France n'a conclus avec aucun autre État en dehors du continent européen.

Les délégations des deux pays tiendront une réunion élargie au siège du ministère marocain des Affaires étrangères. Celle-ci s'achèvera par la signature d'un ensemble d'accords stratégiques destinés à préparer la prochaine visite du roi Mohammed VI à Paris.

L'essentiel réside sans doute dans les principes généraux qui ont été formulés dans un langage inédit dans l'histoire des relations entre les deux pays. Ils prennent la forme d'une déclaration commune fondant un « partenariat d'exception renforcé », reposant sur l'égalité souveraine, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le respect des engagements réciproques, la confiance, la transparence, la concertation préalable, ainsi que la solidarité et la responsabilité de chacune des deux parties envers l'autre.

Il ne s'agit donc pas d'un simple exercice diplomatique exceptionnel ou circonstanciel. Nous assistons à un moment historique qui consacre une transformation profonde de la nature même des relations entre le Maroc et la France, en les faisant sortir de la sphère de l'impensé et du non-dit qui les a longtemps caractérisées depuis les indépendances.

Désormais, la souveraineté devient le principe fondateur et le point de départ de la relation bilatérale, en rupture avec les schémas hérités de l'après-indépendance, longtemps marqués par des logiques de dépendance ou d'interdépendance conditionnelle.

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