Smara, le Polisario ou la diplomatie du double langage – Par Hatim Betioui

Smara, le Polisario ou la diplomatie du double langage – Par Hatim Betioui

Le Polisario, soutenu par l’Algérie, ne semblait pas anticiper l’ampleur des réactions internationales et arabes suscitées par ses attaques contre de cibles civiles à Smara

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Les attaques menées contre les environs de Smara par le Front Polisario, sans doute avec l’aval d’Alger, ont suscité une vague de condamnations internationales et ravivé les débats sur la responsabilité de l’Algérie, le processus politique onusien et les limites de l’escalade militaire dans le dossier du Sahara marocain. Hatim Betioui revient sur le sens et les conséquences de cette diplomatie des dupes.

Hatim Betioui

Une attaque au moment d’un basculement diplomatique

Au moment même où le soutien international à la proposition marocaine d’autonomie connaît une dynamique croissante, le Front Polisario séparatiste a franchi un nouveau seuil en lançant plusieurs projectiles vers les environs de Smara, capitale spirituelle du Sahara marocain. Le mouvement a affirmé avoir visé des positions militaires, mais les faits montrent que les projectiles sont tombés à proximité de zones civiles, blessant une femme.

Le Polisario, soutenu par l’Algérie, ne semblait pas anticiper l’ampleur des réactions internationales et arabes suscitées par ces attaques. Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne ainsi que plusieurs pays arabes ont condamné ces opérations, estimant qu’elles menacent la stabilité régionale et compromettent les efforts de paix. Plusieurs de ces États ont également réaffirmé à cette occasion leur soutien au projet marocain d’autonomie.

Si le Polisario est l’auteur direct des tirs dirigés vers le territoire marocain, la responsabilité politique incombe à l’Algérie, qui héberge le mouvement séparatiste depuis plus de cinq décennies. Les opérations du Polisario sont en effet menées à partir des camps de Tindouf, situés dans l’ouest algérien, ce qui ne peut q’accentuer la pression diplomatique exercée sur Alger.

Des attaques qui renforcent la position du Maroc

Les attaques de Smara ont finalement davantage servi les intérêts du Maroc que ceux de l’Algérie et du Polisario. Elles ont renforcé l’image de Rabat comme acteur central de la stabilité régionale, tandis que le Polisario et son soutien algérien sont apparus comme des facteurs de tension et d’instabilité.

Les événements survenus à Smara le 5 mai ont également ravivé, dans des cercles occidentaux, les appels à classer le Polisario parmi les organisations terroristes.

À travers ces attaques, le Polisario tente de réaffirmer son refus, tout comme celui de l’Algérie, d’une solution au conflit du Sahara qui sortirait du cadre du « droit à l’autodétermination » alors même que dans son discours officiel, Alger semble désormais s’aligner, au moins en apparence, sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a marqué un tournant dans le processus de règlement du conflit du Sahara marocain. Elle a exprimé un soutien total au secrétaire général de l’ONU et à son envoyé personnel pour faciliter les négociations sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, dans l’objectif de parvenir à une solution juste, durable et acceptable pour les parties, conformément à la Charte des Nations unies.

La stratégie de l’escalade

Malgré cette évolution, la logique du double discours demeure dominante. L’Algérie et le Polisario cherchent à replacer le conflit du Sahara au centre de l’attention par une escalade sur le terrain, alors que leurs récits diplomatiques perdent de leur efficacité face à l’élargissement du soutien international à la position marocaine.

Craignant d’être marginalisé, le Polisario recourt périodiquement à des opérations militaires limitées et symboliques afin de démontrer qu’il reste, selon sa propre logique, un acteur incontournable, s’il le fut vraiment un jour, dans toute éventuelle solution future.

L’attaque contre Smara est intervenue parallèlement aux démarches de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan de Mistura, visant à relancer le processus politique.

Il apparaît ainsi clairement que ces opérations constituent une tentative de pression sur les Nations unies et une manière de compliquer les efforts de relance des négociations. Mais entre les ambitions affichées et la réalité du terrain, l’écart demeure considérable.

Washington accentue la pression

De nombreux observateurs se sont arrêtés sur le message publié sur la plateforme X par Massad Boulos, après sa rencontre, il y a quelques jours, avec l’ambassadeur d’Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, en présence du chargé d’affaires américain en Algérie, Mark Shapiro.

Dans son message, Massad Boulos indique avoir réaffirmé « l’appréciation des États-Unis pour les efforts diplomatiques vitaux et continus déployés par l’Algérie afin de promouvoir la paix et la sécurité dans la région », tout en saluant « son engagement constructif en faveur d’une solution consensuelle au conflit du Sahara occidental, conformément à la résolution 2797 du Conseil de sécurité ». Il a également ajouté : « Il est temps de parvenir à un règlement ».

Avant cette déclaration, Washington avait déjà adopté une position ferme à la suite des événements de Smara. La mission américaine auprès des Nations unies avait condamné avec vigueur, sur son compte officiel sur X, les attaques menées contre la ville, estimant qu’elles menaçaient la sécurité régionale et compromettaient les efforts de paix.

Cette réaction a été perçue comme une pression diplomatique directe exercée par les États-Unis sur l’Algérie afin qu’elle s’engage sérieusement dans une solution politique réaliste et définitive à ce conflit prolongé.

Le Polisario semble oublier, ou feindre d’oublier, que la logique de l’escalade ne peut modifier les équilibres du réel. Elle ne fait qu’accentuer son isolement et renforcer la pression exercée sur l’Algérie pour qu’elle participe de manière effective à un règlement politique définitif. Reste à savoir si le message a été entendu par ceux auxquels il s’adresse.

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