El Otmani s’empare des leviers des candidatures au PJD

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L’ancien et l’actuel secrétaire général du PJD, Abdalilah Benkirane et Saad Dine El Otmani : révolue l’ère de la complicité, et les temps sont à l’orage.

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Le weekend dernier, le PJD a réuni son Conseil national extraordinaire pour fixer la procédure d’accréditation des candidats aux prochaines échéances électorales.

Sur la forme, rien de nouveau. A l’approche de chaque échéance, c’est une tradition, le parti réunit son parlement pour adopter la procédure précisant les modalités du choix des candidats. Globalement, ces modalités, subordonnées au référentiel du parti interdisant aux individus de présenter leurs propres candidatures, confèrent cette prérogative aux assemblées générales provinciales ou régionales. Si bien que les écarts récurrents dans les approches lors de ces réunions n’ont pas varié. Ils se rapportent tous à l’instance d’accréditation et ses prérogatives ainsi que la limitation des mandats électoraux.

Auparavant, le débat autour de ces deux questions était d’ordre intellectuel en relation avec le référentiel (religieux) du parti. L’orientation générale rejetait l’idée qu’une personne qui acquière la majorité dans les assemblées générales régionales pour prendre la tête de la liste des candidats puisse être remplacée au profit d’une autre, ou que l’ordre d’éligibilité dans la liste soit modifié par l’instance [centrale] d’accréditation qu’incarne le Secrétariat général. 

Une autre orientation, tout aussi enracinée dans les pratiques du parti, considère que la non-limitation des mandats d’un candidat est de nature à gripper le mécanisme de promotion au sein de l’organisation et risque de réduire les nouvelles générations d’adhérents à de simples outils d’exécution, favorisant par là même la propagation du phénomène des clans et des allégeances aux dépens du mérite et de la compétence.

Au sein de la direction, la précédente comme l’actuelle, une autre logique considère que la genèse et la nature du parti, déficient en cadres aguerris, sont telles qu’il ne peut se dispenser de compétences ‘’importées’’. Il serait en conséquence improductif de soumettre ces nouvelles recrues à une procédure d’accréditation aussi complexe. Parallèlement, cette logique argue que le parti ne saurait se passer de l’expertise acquise au parlement ou dans la gestion communale par ses cadres de la première heure et qu’en conséquence toute limitation des mandats lui serait préjudiciable. Ceci serait d’autant plus vrai que les conditions ne sont pas encore réunies pour capitaliser sur l’expertise accumulée au point de limiter le nombre des mandats à un, deux ou trois.

Dans l’expérience précédente, la polémique et le débat orageux entre les deux thèses ont fini par limiter le pouvoir du Secrétariat général en matière d’accréditation en lui conférant une marge réduite (20%) de modification des candidatures issues des assemblées régionales, alors que la demande de limitation des mandats a été mise en veilleuse pour raison de déficit en cadres.

Au dernier conseil national (extraordinaire), le débat n’a pas changé de nature de même que les deux thèmes n’ont pas varié. Sauf que cette fois, la compétence d’accréditation a subi une révision intégrale. La nouvelle procédure a libéré de toute entrave le Secrétariat général qui, désormais les coudées franches, se trouve investi du pouvoir absolu de modifier les résultats des instances régionales de candidatures et d’opérer autant qu’il le jugerait utile un reclassement des candidatures sur la liste. Le prétexte est que le nouveau quotient électoral impose de substituer à la souplesse la bureaucratie du Secrétariat général an matière d’accréditation, afin de garantir les chances de ceux qu’il appelle «les piliers du parti» de remporter des sièges lors des prochaines échéances électorales.

Mais le non-dit de ce débat est que l’accréditation ne se limite pas au choix des candidats, mais préfigure aussi un réaménagement des rapports organisationnels et institutionnels au sein du parti. Les dirigeants sont conscients que les bases de leur parti, conservatrices, redoutent la scission qu’elles s’emploient à éviter et comptent, pour changer de direction, sur la plus haute instance organisationnelle, en l’occurrence le congrès du parti. Les mêmes dirigeants savent aussi, partant des résultats du conseil national ordinaire de mars dernier, que la légitimité de la direction traverse une crise aigüe. Aussi ont-ils cherché, à travers le projet de «procédure de candidature» soumis à l’approbation du conseil national extraordinaire, à avoir en mains toutes les commandes du jeu afin de s’assurer d’une élite en mesure à la fois de défendre leurs choix et leur gestion politique, et de prévenir le scénario d’un basculement de direction.

Il semble ainsi que M. Saad Dine El Otmani redéploye la même tactique que celle dont il a usé lors de son élection à la tête du parti en s’arrogeant le pouvoir de proposer les membres de son Secrétariat général. De ce fait, il a fait le choix de jouer avec une seule équipe en usant des statuts du parti pour évincer ses adversaires. Et de la même manière, il cherche aujourd’hui à instrumentaliser la procédure de candidature pour étendre son contrôle sur l’appareil du parti à travers une élite acquise qu’il cherche à façonner à sa mesure à travers le mécanisme d’accréditation électorale dont il détient tous les leviers.

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