Le coefficient électoral et les risques de renforcement du front du refus

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Abdelouafi Laftite, ministre de l’Intérieur et maitre des horloges électorales, finira-t-il par avoir raison de Saâdeddine El Othmani, chef du gouvernement et de plus en plus dans la peau de chef de file par défaut du PJD ?

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La phase testing de l’idée de l’alternance politique pour en finir avec le PJD à la tête du gouvernement a montré que cette opération ne pourrait passer par un acte volontiers des islamistes à travers la réduction des circonscriptions à pourvoir. Cette conviction une fois acquise, on s’est mis à travailler sur d’autres options et en premier lieu l’option technique relative à la méthode de calcul du coefficient électoral. 

Le débat autour du coefficient électoral a totalement éclipsé le mode de scrutin que des partis traditionnels disposant d’une forte machine électorale souhaitaient modifier au profit de la généralisation du scrutin uninominal, tandis que d’autres s’en tenaient au scrutin par liste ou, à défaut, mixte mêlant la liste et l’uninominal. 

Ce qui est certain pour l’instant c’est que tous ont choisi de dépasser cette problématique. D’abord parce qu’il n’est pas sûr que l’uninominal résoudrait le problème de la prééminence du PJD et ensuite parce que le renoncement à la liste représenterait un coup dur pour l’option démocratique et la modernité politique, sachant que celles-ci relient l’électorat au programme électoral au contraire de la tendance traditionnelle qui rapporte l’électeur à la personne du Candidat. 

Le choix du coefficient électoral comme tactique pour barrer la route au PJD exposerait la démocratie et la modernité politique à un grave revers. Il tend à empêcher les partis ayant obtenu un grand nombre de voix de remporter plus d’un siège dans une même circonscription, nivelant de ce fait la différence entre les candidats et plaçant sur un même pied tous les partis quel que soit leur poids électoral. 

On prend les élections de 2016 comme référence et on leur appliqueantle coefficient tel que proposé, le PJD perdrait trente sièges si ce n’est plus, et aucune formation politique ne remporterait plus d’un siège dans une même circonscription.

L’évocation du cas du PJD n’est pas fortuite. Si, nonobstant la régression de sa popularité ou pas, on considère les conséquences sur lui du coefficient en question et on leur ajoute ses difficultés à remporter des sièges dans les communes rurales, au Sahara et dans certaines régions connues pour la culture et le commerce du cannabis, la représentativité de la formation de Saâdeddine El Othmani se réduirait d’un tiers.

On peut assurer que l’idée du coefficient électoral n’est pas sortie des officines des partis politiques qui ont surtout insisté dans leurs mémorandums politiques sur le mode de scrutin et sur les seuils d’éligibilité. Mais elle a été conçue plutôt dans des laboratoires spécialisés qui disposent à volonté de données précises sur l’opération électorale. 

Pour autant la question des incidences du coefficient proposé est importante. Personne ne peut affirmer sans risques que ce dispositif est en mesure d’endiguer effectivement le PJD. Dès lors il devient nécessaire l’accompagner par d’autres mesures telle les alliances partisanes préalables, tant il est vrai qu’en politique comme dans le domaine sécuritaire on construit sur la pire des probabilités. 

S’il s’avère que c’est là tactique pour empêcher la prééminence du PJD sur la scène électorale, le questionnement ne peut se limiter à son efficacité, mais le dépasse pour englober l’image que renverra l’option diplomatique. Sa remise en question de cette manière, ou d’une autre, entamera le capital confiance dans le jeu politique et dans les partis. Il signera également la défaillance des mécanismes d’intermédiation et exposera les institutions à la confrontation directe avec le public et à l’élargissement des fronts de refus. Et, last but not least, il va générer des dynamiques au PJD lorsque toutes ses élites se convaincront enfin que tout ce qu’elles ont offert sur l’autel de l’entente, du partenariat et de la consolidation de la confiance, au point de sacrifier quelques-uns de ses leaders, est revenu en définitive à sacrifier le parti, voire une part consistante des fondamentaux de la démocratie. 

Reste que le problème n’est pas tant dans les transformations que connaitra le PJD si l’objectif d’élaguer sa représentativité est atteint. Le PJD pourra changer sa direction et revenir aux thèses de « la lutte démocratique » tout comme il pourra en modifier le lexique au bénéfice d’un autre plus acariâtre, mais rien ne le poussera à autre chose qu’à l’action dans le cadre de la légalité. Néanmoins il est à craindre que le siphonage des forces réformatrices et l’abandon de constituantes importantes de l’option démocratique pour favoriser de partis proches de l’administration ne profiteraient finalement qu’aux radicalismes politiques qui ne se contentent pas du slogan de la monarchie parlementaire, mais œuvrent à faire perdre la confiance dans l’ensemble des institutions.    

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