La nouvelle coalition médicale à l’épreuve de la relève générationnelle - Par Dr Anwar Cherkaoui

La nouvelle coalition médicale à l’épreuve de la relève générationnelle - Par Dr Anwar Cherkaoui

Assemblée générale du 15 juin 2026 à Casablanca des représentants de la médecine privée et des structures de soins libérales

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La création d’une coalition réunissant plusieurs organisations représentatives des médecins libéraux relance le débat sur l’avenir du syndicalisme médical au Maroc. Dans cette chronique, Anwar Cherkaoui plaide pour une gouvernance capable d’associer l’expérience des figures historiques de la profession aux attentes des nouvelles générations de praticiens. À l’heure où le système de santé connaît de profondes mutations, il estime que la crédibilité et l’efficacité des organisations syndicales dépendront de leur capacité à organiser une transmission équilibrée des responsabilités et à représenter l’ensemble des sensibilités du corps médical.

 Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et journalisme de santé

Dans le paysage syndical marocain, une question revient avec insistance : le poids des années est-il une force ou devient-il un frein à la représentativité des organisations professionnelles ?

La création, mardi 16 juin 2026, d’une coalition syndicale réunissant plusieurs composantes du corps médical libéral marocain ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la défense des intérêts des médecins du secteur privé.

Mais derrière l’unité affichée autour des revendications communes, une interrogation plus profonde traverse la profession : quelle place accorder aux générations montantes dans la gouvernance syndicale ?

L’expérience : une richesse difficilement remplaçable

Les responsables syndicaux qui ont consacré plusieurs décennies à la défense de leur profession portent avec eux une mémoire collective précieuse.

Ils connaissent les arcanes du dialogue social, les mécanismes institutionnels, les périodes de réforme et les rapports de force qui ont façonné l’évolution du système de santé marocain.

Leur longévité peut représenter un véritable capital d’expérience.

Dans un contexte où les réformes sanitaires sont complexes — généralisation de la protection sociale, réorganisation de l’offre de soins, transformation du statut du médecin libéral — la connaissance historique des dossiers constitue un avantage stratégique.

Les « anciens » ont souvent été les témoins des grandes mutations de la profession.

Leur présence permet d’éviter que chaque génération ne recommence les mêmes combats et contribue à préserver la continuité des engagements.

Mais la légitimité ne peut être uniquement une question d’ancienneté.

Cependant, un mouvement professionnel qui repose essentiellement sur des dirigeants très âgés risque de faire face à une autre réalité : celle d’un décalage progressif avec les nouvelles générations de médecins.

Les jeunes praticiens ne vivent pas toujours les mêmes difficultés que leurs aînés.

Leur rapport au métier, à l’entrepreneuriat médical, au numérique, à l’intelligence artificielle, aux réseaux sociaux, à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est différent.

Ils portent également de nouvelles préoccupations : installation en début de carrière, accès au financement, concurrence, attractivité des spécialités, conditions d’exercice dans un système en profonde transformation.

Le renouvellement des cadres syndicaux n’est donc pas seulement une question d’âge.

Il touche à la capacité d’une organisation à représenter toute la diversité d’une profession.

 La question du syndicalisme médical : transmission ou verrouillage ?

La création de cette coalition syndicale médicale libérale pose ainsi une question centrale : sommes-nous face à une transmission d’expérience ou à une concentration durable du pouvoir entre les mains de quelques figures historiques ?

Deux lectures sont possibles.

La première considère que les anciens jouent un rôle de « gardiens du temple ». Leur engagement, leur disponibilité et leur connaissance des dossiers justifient leur maintien aux responsabilités.

La seconde estime qu’un renouvellement plus rapide est nécessaire afin d’éviter qu’une organisation professionnelle ne devienne progressivement déconnectée des réalités vécues par une partie importante de ses membres.

Entre ces deux visions, le véritable enjeu est peut-être moins le remplacement des générations que leur complémentarité.

 Le défi : construire un syndicalisme médical intergénérationnel

Le syndicalisme médical marocain ne pourra probablement répondre aux défis futurs qu’en réussissant à associer deux forces : la sagesse de l’expérience et l’énergie de la jeunesse.

Les anciens peuvent transmettre leur savoir-faire institutionnel, tandis que les jeunes peuvent apporter de nouvelles méthodes de mobilisation, une maîtrise des outils numériques et une vision différente de l’avenir de la profession.

La question n’est donc pas de savoir si les médecins syndicalistes âgés doivent céder la place, mais plutôt de déterminer comment organiser une relève structurée, progressive et assumée.

Une coalition syndicale médicale forte ne se mesurera pas seulement au nombre de ses organisations membres ou à la notoriété de ses dirigeants.

Elle sera jugée sur sa capacité à représenter le médecin installé depuis quarante ans comme celui qui vient d’ouvrir son cabinet, le spécialiste reconnu comme le jeune généraliste en début de parcours.

Au moment où la médecine libérale marocaine cherche à redéfinir sa place dans le nouveau système de santé, le plus grand défi pourrait être celui-ci : transformer l’héritage des anciens en tremplin pour les générations futures, et non en obstacle à leur émergence.

A bon entendeur Salut.

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