Le défi des GST : médecine universitaire et rouages de la santé publique – Par Dr Anwar Cherkaoui

Le défi des GST :  médecine universitaire et rouages de la santé publique – Par Dr Anwar Cherkaoui

Le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, accompagné du Prince Héritier Moulay El Hassan inaugurant en novembre 2025 le Complexe Hospitalo-Universitaire International Mohammed VI de Rabat,

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La nomination de médecins universitaires à la tête des Groupements Sanitaires Territoriaux tarnche un débat de fond sur la gouvernance du système de santé. À l’heure des mutations épidémiologiques, des inégalités d’accès aux soins et des défis organisationnels, la convergence entre excellence académique et santé publique apparaît comme une condition décisive pour réussir la territorialisation de l’offre de soins et renforcer l’efficacité des politiques sanitaires.

Dr Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et journalisme de santé

 Sa Majesté le Roi viens de nommer 5 Directeurs Généraux de 5 Groupements Sanitaires Territoriaux (GST). Ils sont des médecins universitaires. Est-ce le profil adéquat ?

La médecine universitaire ne se limite pas à la transmission du savoir. Elle constitue un véritable socle du système de santé, à la fois lieu de formation, d’innovation et de production de connaissances.

Ses missions essentielles - enseigner, former les futurs médecins, développer la recherche et participer aux programmes de santé publique - en font un acteur incontournable dans l’organisation sanitaire d’un pays.

Dans un contexte marqué par de profondes mutations, la santé publique s’impose aujourd’hui comme un champ stratégique, confronté à des défis multiples et souvent imbriqués.

L’évolution des maladies, avec la montée en puissance des pathologies chroniques comme les cancers, les maladies cardiovasculaires ou le diabète, oblige à repenser les modèles de prise en charge.

La logique curative ne suffit plus. La prévention, le dépistage précoce et l’éducation à la santé deviennent des leviers essentiels.

Parallèlement, les inégalités d’accès aux soins continuent de fragiliser les systèmes de santé. Les disparités térritoriales, entre zones urbaines et rurales, ou encore entre catégories sociales, posent avec acuité la question de l’équité sanitaire.

À cela s’ajoute la complexité croissante de la gouvernance, marquée par la coexistence de multiples acteurs, souvent insuffisamment coordonnés.

L’essor des technologies numériques et de l’intelligence artificielle ouvre des perspectives inédites, mais soulève également des enjeux organisationnels, éthiques et économiques.

La santé publique doit ainsi naviguer entre innovation et régulation, en veillant à garantir la qualité, la sécurité et l’accessibilité des soins.

Face à ces défis, plusieurs priorités se dessinent. Le renforcement des soins de proximité apparaît comme un impératif, tout comme la structuration de parcours de soins intégrés et cohérents.

L’investissement dans les ressources humaines, la valorisation de la recherche appliquée et le développement d’une médecine plus prédictive et personnalisée s’imposent également comme des axes majeurs.

C’est dans ce contexte que la convergence entre médecine universitaire et santé publique prend tout son sens.

À l’échelle stratégique, la médecine universitaire éclaire les décisions en apportant des données scientifiques solides et en contribuant à l’évaluation des politiques de santé.

Sur le plan organisationnel, les structures hospitalo-universitaires jouent un rôle pivot dans la diffusion des bonnes pratiques et la formation continue des professionnels.

Sur le terrain, les universitaires participent activement aux programmes de santé publique, qu’il s’agisse de campagnes de dépistage, de vaccination ou de lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles.

L’innovation constitue un autre point de rencontre majeur.

Qu’il s’agisse d’anatomopathologie digitale, d’imagerie avancée ou d’intelligence artificielle, la médecine universitaire reste le moteur des transformations qui redéfinissent les pratiques médicales et les modes d’organisation des soins.

La mise en place des Groupements Sanitaires Territoriaux et la nomination de leurs Directeurs Généraux marquent une étape décisive dans la réforme du système de santé.

Ces nouvelles entités traduisent une volonté claire de territorialiser l’offre de soins, de mieux coordonner les acteurs et de rationaliser les ressources.

Leur réussite dépendra toutefois de leur capacité à intégrer pleinement la médecine universitaire dans leur gouvernance.

Les facultés de médecine et les centres hospitalo-universitaires ne peuvent être relégués à un rôle périphérique. Leur expertise scientifique et leur capacité d’innovation doivent irriguer les décisions stratégiques.

Le risque d’une bureaucratisation excessive constitue un autre défi.

Pour être efficaces, les Groupements Sanitaires Territoriaux devront rester proches du terrain, agiles et réactifs. Le leadership des Directeurs Généraux sera déterminant. Il devra conjuguer compétences managériales et compréhension fine des enjeux médicaux et scientifiques.

Le décloisonnement entre les secteurs public, privé et universitaire apparaît également comme une condition essentielle de réussite.

Les logiques de concurrence devront céder la place à une véritable culture de coopération, centrée sur l’intérêt du patient. Car au-delà des structures et des réformes, l’objectif demeure inchangé : améliorer le parcours de soins, garantir sa qualité et renforcer son équité.

La rencontre entre médecine universitaire et santé publique, dans le cadre des Groupements Sanitaires Territoriaux, représente ainsi une opportunité majeure de refondation du système de santé. Elle impose de penser autrement les relations entre savoir, décision et action.

Dans cette dynamique, une évidence s’impose. La médecine universitaire ne peut plus évoluer en vase clos, tout comme la santé publique ne peut se construire sans l’apport de l’excellence académique. Leur convergence n’est plus une option. Elle constitue désormais une exigence stratégique.

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