Guercif : transformer la richesse de la terre en prospérité pour les hommes - Par Abdeslam Seddiki

Guercif : transformer la richesse de la terre en prospérité pour les hommes - Par Abdeslam Seddiki

Le véritable défi de Guercif est donc moins de chercher une richesse qui viendrait de l’extérieur que d’apprendre à transformer davantage la richesse qui existe déjà sur son propre territoire.

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Dans cette tribune, Abdeslam Seddiki plaide pour un nouveau pacte de développement à Guercif fondé sur la valorisation des ressources locales, en particulier la filière oléicole. L’ancien ministre ; membre du Bureau Politique du PPS, souligne que la province dispose des atouts nécessaires pour transformer son potentiel agricole en prospérité partagée, à condition de lever les freins liés au foncier, à l’eau, à l’emploi des jeunes et à la gouvernance territoriale, afin de faire émerger un modèle de croissance durable et inclusif.

Abdeslam Seddiki

Membre du BP du PPS, ancien ministre

 La pauvreté n’est pas un destin

Lorsque l’on parle de Guercif, le regard se porte souvent sur les difficultés : le chômage, le départ des jeunes, la faiblesse de l’activité industrielle ou encore la précarité d’une partie du monde rural. Ces réalités existent et il serait inutile de les nier. Une société ne progresse jamais en fermant les yeux sur ses problèmes.

Mais réduire Guercif à ses difficultés serait une erreur encore plus grande. Car une question fondamentale doit être posée : comment une province qui possède autant d’atouts naturels, une longue tradition agricole et une jeunesse pleine d’énergie peut-elle accepter que le sous-développement soit considéré comme une fatalité ?

L’histoire économique du monde montre au contraire que les territoires ne sont pas condamnés par leur point de départ. Des régions autrefois pauvres ont réussi leur transformation grâce à une vision claire, à l’investissement dans l’homme et à une meilleure valorisation de leurs propres ressources.

Le véritable défi de Guercif est donc moins de chercher une richesse qui viendrait de l’extérieur que d’apprendre à transformer davantage la richesse qui existe déjà sur son propre territoire.

Une province qui a déjà commencé sa transformation.

Il faut d’abord reconnaître les progrès accomplis. Guercif n’est plus la province enclavée qu’elle a été pendant longtemps. Les investissements publics réalisés au cours des dernières décennies ont permis une amélioration sensible des infrastructures : les routes, l’accès à l’électricité, à l’eau potable, aux équipements scolaires et sanitaires ont connu des avancées importantes.

Ces progrès ne signifient pas que tous les problèmes sont réglés. Les écarts entre les zones urbaines et les communes rurales demeurent importants et beaucoup de familles continuent de faire face à des difficultés économiques. Mais le combat contre la pauvreté a changé de nature.

Hier, la priorité consistait à construire des routes, à raccorder les villages et à offrir les services essentiels. Aujourd’hui, la question principale est différente : comment créer de la richesse, des emplois et des perspectives pour la jeunesse ?

C’est sur ce terrain que se jouera l’avenir de Guercif au cours des prochaines année

L’agriculture : le socle sur lequel construire l’avenir

Toute stratégie de développement réaliste doit partir d’un constat simple : l’agriculture est le cœur économique de la province. Elle n’est pas seulement une activité productive ; elle représente une culture, un savoir-faire transmis de génération en génération et la principale source de revenu de milliers de familles.

Au cours des dernières années, la province a connu une évolution remarquable grâce au développement de l’oléiculture. Les plantations d’oliviers se sont fortement étendues et Guercif est devenue l’un des principaux bassins de production d’olives de l’Oriental.

Cette réussite prouve une chose essentielle : lorsque les conditions d’investissement existent et que les agriculteurs disposent d’un accompagnement technique, la province est capable de produire de la richesse.

Cependant, une question doit nous interpeller : pourquoi cette richesse agricole n’a-t-elle pas encore entraîné une transformation sociale à la hauteur des attentes de la population ?

La réponse est que produire une matière première ne suffit pas. Le véritable développement commence lorsque le territoire maîtrise toute la chaîne de valeur : la transformation, le conditionnement, la commercialisation et la conquête des marchés.

Une olive vendue à l’état brut crée une richesse limitée. Une huile d’olive de qualité, conditionnée à Guercif, portant une identité territoriale forte et vendue sur les marchés nationaux ou internationaux, crée davantage de revenus et davantage d’emplois.

C’est là que doit se situer la prochaine révolution économique de la province : passer d’une économie de production à une économie de valorisation.

 Les blocages qu’il faut avoir le courage d’affronter.

Avoir une vision optimiste de l’avenir ne signifie pas ignorer les obstacles. Le premier devoir est au contraire de les identifier clairement afin de les surmonter.

Le premier blocage est celui du foncier. Une partie importante des agriculteurs est confrontée à la complexité du statut juridique des terres, au manque d’immatriculation et au morcellement des exploitations. Cette situation freine l’investissement, limite l’accès au financement bancaire et ralentit la modernisation agricole.

La question foncière est donc plus qu’un problème administratif : elle est un enjeu de développement. Un agriculteur qui ne dispose pas d’une sécurité suffisante sur sa terre hésitera naturellement à investir pour améliorer sa productivité.

Le deuxième défi est celui de l’eau. Le changement climatique et la succession des années de sécheresse rappellent que l’avenir agricole de Guercif dépendra de sa capacité à utiliser chaque goutte d’eau de manière plus efficace. Les techniques d’irrigation économes, l’amélioration des pratiques agricoles et la préservation des ressources hydriques devront devenir des priorités.

Transformer la richesse agricole en développement humain

Le grand paradoxe de Guercif est aujourd’hui le suivant : la province a réussi à développer un secteur agricole dynamique, notamment autour de l’olivier, mais cette réussite n’a pas encore produit tous les effets attendus en matière d’amélioration du niveau de vie et de création d’emplois.

Les données récentes montrent que les difficultés sociales restent importantes. Le chômage demeure élevé, notamment chez les jeunes, les femmes et les populations disposant d’un faible niveau de qualification. Beaucoup de jeunes quittent encore la province avec le sentiment que leur avenir se trouve ailleurs.

Cette situation constitue un risque majeur. Une région ne peut pas construire son avenir en perdant ses compétences, ses diplômés et ses forces vives. La première richesse de Guercif n’est pas seulement son sol, ses oliviers ou ses ressources naturelles : ce sont avant tout ses femmes et ses hommes.

L’un des grands défis des prochaines années sera donc de créer un cercle vertueux où l’agriculture deviendra un moteur d’activités nouvelles. Autour de l’olivier peuvent naître de nombreux métiers : techniciens agricoles, spécialistes de l’irrigation, employés des unités de trituration et de conditionnement, logisticiens, commerciaux, experts en marketing et entrepreneurs capables de développer de nouvelles marques locales.

L’avenir ne réside pas uniquement dans l’augmentation de la production. Il réside dans la capacité à retenir sur le territoire une part plus importante de la valeur créée.

Faire émerger un véritable écosystème économique autour de l’olivier

La grande ambition de Guercif pourrait être de devenir non seulement une terre de production, mais une référence nationale dans l’économie de l’olivier.

Cela suppose de développer plusieurs chantiers complémentaires :

- améliorer la qualité de la production et encourager les bonnes pratiques agricoles ;

- moderniser les unités de trituration pour produire une huile répondant aux normes nationales et internationales ;

-créer des marques territoriales capables d’identifier l’origine et la qualité de l’huile de Guercif ;

- développer le conditionnement local afin que la valeur ajoutée reste dans la province ;

- renforcer les coopératives et les organisations professionnelles ;

-accompagner les jeunes entrepreneurs dans les activités liées à l’agro-industrie.

L’objectif ne doit pas être seulement de produire plus d’huile d’olive, mais de produire davantage de richesse à partir de chaque kilogramme d’olive récolté.

Dans cette perspective, la création d’un « pôle oléicole de Guercif » pourrait devenir un projet collectif associant agriculteurs, coopératives, investisseurs privés, institutions publiques et établissements de formation.

 Le rôle décisif de la jeunesse et de la formation

La question de la jeunesse doit être au centre de toute stratégie de développement. Une province qui ne donne pas de perspectives à ses jeunes s’expose à une perte progressive de son énergie et de sa capacité d’innovation.

Le défi n’est donc pas seulement de créer des emplois, mais de préparer les jeunes aux métiers de demain.

La formation professionnelle doit être davantage orientée vers les besoins réels du territoire : agriculture moderne, gestion de l’eau, maintenance des équipements agricoles, industries agroalimentaires, commerce, numérique et entrepreneuriat.

Il est essentiel de faire naître une nouvelle génération d’entrepreneurs locaux capables de considérer Guercif non pas comme une région qu’il faut quitter, mais comme un espace d’opportunités.

Une nouvelle alliance entre l’État, les élus et la société locale

Le développement de Guercif ne pourra pas être l’œuvre d’un seul acteur. L’État a un rôle essentiel à jouer dans la poursuite des investissements, la résolution progressive des problèmes fonciers, l’amélioration des infrastructures et l’accompagnement des projets structurants.

Mais l’État ne peut pas tout faire. Les collectivités territoriales, les chambres professionnelles, les coopératives, les associations, les entrepreneurs et les citoyens doivent également participer à la construction d’un projet commun.

Le véritable changement commencera lorsque les habitants eux-mêmes auront confiance dans les possibilités de leur territoire.

Une région qui croit en ses capacités attire davantage d’investissements, stimule l’initiative privée et encourage ses jeunes à entreprendre.

 Diversifier l’économie sans abandonner son identité agricole

L’agriculture restera pendant longtemps le socle économique de Guercif. Il serait irréaliste de vouloir construire un développement en tournant le dos à cette vocation.

Cependant, une économie moderne ne peut dépendre d’un seul secteur, surtout lorsqu’il est exposé aux aléas climatiques.

La province devra donc progressivement diversifier ses activités : industries agroalimentaires, services liés à l’agriculture, logistique, commerce, énergies renouvelables et, si les perspectives se confirment, valorisation des ressources gazières dans une logique de développement local.

La diversification ne signifie pas l’abandon de l’agriculture ; elle signifie au contraire la création d’un ensemble d’activités qui prennent racine dans les richesses existantes et les prolongent.

Un nouveau pacte pour Guercif : transformer le potentiel en prospérité partagée

L’histoire de Guercif est arrivée à un tournant. Après une longue période où la principale bataille consistait à réduire l’isolement du territoire et à assurer l’accès aux infrastructures de base, une nouvelle étape s’ouvre aujourd’hui : celle de la création de richesse, de l’emploi et de l’amélioration durable des conditions de vie.

La province dispose d’atouts considérables. Elle possède une terre agricole dont le potentiel a été démontré par l’essor remarquable de l’olivier. Elle bénéficie d’une position géographique qui la place au carrefour de plusieurs espaces économiques. Elle dispose enfin d’une jeunesse qui constitue sa plus grande réserve d’énergie et d’innovation.

Le véritable enjeu n’est donc pas de chercher à devenir un autre territoire, mais de construire un modèle de développement fondé sur ses propres avantages comparatifs.

Premier levier : faire de l’olivier le moteur d’une nouvelle économie territoriale

Le premier choix stratégique doit être clair : faire de la filière oléicole le cœur d’un projet économique intégré.

L’objectif pour les prochaines années doit être de passer d’une province qui produit des olives à une province qui maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur : recherche de la qualité, transformation industrielle, conditionnement, création de marques locales, commercialisation et accès aux marchés internationaux.

L’ambition de faire de Guercif une référence nationale dans le domaine de l’huile d’olive de qualité n’est pas un rêve irréaliste. De nombreuses régions du monde ont bâti leur développement autour d’un produit agricole lorsqu’elles ont su associer tradition, innovation et organisation collective.

 Deuxième levier : libérer l’investissement agricole

Aucune révolution économique ne sera possible sans résoudre progressivement les obstacles qui freinent les agriculteurs.

La réforme et la sécurisation du foncier doivent devenir une priorité, car une terre dont le statut est incertain est une richesse immobilisée. De même, les agriculteurs doivent bénéficier d’un meilleur accès au financement, à la technologie, à l’encadrement technique et aux nouvelles pratiques agricoles adaptées au changement climatique.

La maîtrise de l’eau sera également une bataille décisive. Dans une région semi-aride, chaque investissement dans l’économie de l’eau représente un investissement dans l’avenir.

Troisième levier : investir dans la jeunesse et l’intelligence locale

Pendant longtemps, le développement a été mesuré principalement par les infrastructures. Aujourd’hui, la première richesse d’un territoire est son capital humain.

Guercif doit faire le pari de sa jeunesse en développant la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et les compétences adaptées aux besoins de son économie : agriculture moderne, agro-industrie, gestion de l’eau, commerce, technologies numériques et services.

Le plus grand succès ne sera pas seulement de réduire le chômage, mais de permettre aux jeunes de dire : « Je peux construire mon avenir ici, sur ma terre. »

Quatrième levier : construire une gouvernance locale du développement

Le développement ne peut être décrété uniquement depuis l’extérieur. Il doit devenir un projet collectif porté par les habitants eux-mêmes.

Les élus, les administrations, les agriculteurs, les coopératives, les entrepreneurs, les associations et les compétences originaires de la province et vivant ailleurs doivent être associés à une vision commune.

Guercif a besoin d’un véritable contrat territorial définissant des objectifs clairs pour les dix prochaines années : emplois à créer, filières à développer, investissements à attirer et compétences à former.

 Une perspective nouvelle : passer d’une économie de survie à une économie d’ambition

Le plus grand danger pour une région n’est pas le manque de ressources ; c’est la résignation.

L’histoire de nombreux territoires dans le monde montre que les transformations les plus réussies sont souvent nées dans des régions qui avaient connu des difficultés importantes mais qui ont su valoriser leurs atouts.

Guercif possède aujourd’hui plusieurs cartes importantes : une agriculture en pleine mutation, une expérience reconnue dans l’oléiculture, une position géographique stratégique et des ressources humaines qui ne demandent qu’à être mobilisées.

Le chemin sera long et les difficultés ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais le développement est un processus qui commence toujours par une conviction collective : celle que le changement est possible.

Conclusion : Guercif doit croire en son avenir

Le message essentiel que nous devons porter est simple : Guercif ne doit pas être regardée comme une province condamnée à la pauvreté ou à l’exode de ses jeunes.

Elle possède les bases d’un nouveau départ. Le défi n’est pas de chercher ailleurs les clés de son avenir, mais de transformer avec intelligence ce qu’elle possède déjà : sa terre, son eau, son savoir-faire agricole et surtout ses femmes et ses hommes.

Le jour où l’olive produite à Guercif sera transformée, valorisée, commercialisée et reconnue sous une identité forte, le territoire aura franchi une étape décisive. Le jour où un jeune de Guercif considérera qu’il peut réussir en créant son entreprise dans sa propre province, alors le véritable développement aura commencé.

La pauvreté n’est pas une fatalité. L’avenir de Guercif dépend de la capacité de tous ses acteurs à transformer leurs ressources en un projet commun.

L’enjeu des prochaines années est donc clair : passer d’une terre qui produit des richesses à une terre où les habitants vivent de cette richesse dans la dignité, l’emploi et l’espoir.