Le vote sectoriel par région des ordres : une démocratie médicale plus représentative ? – Par Dr Anwar Cherkaoui

Le vote sectoriel par région des ordres : une démocratie médicale plus représentative ? – Par Dr Anwar Cherkaoui

L’avancée institutionnelle ne suffira pas à garantir un Ordre véritablement représentatif si elle ne remplit pas cinq conditions sine qua non

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Le nouveau mode de vote sectoriel par région introduit par la réforme de l’Ordre national et des Ordres régionaux des médecins marque une évolution majeure de la gouvernance de la profession au Maroc. En rapprochant la représentation des réalités territoriales, il ambitionne de renforcer l’équilibre démocratique et la légitimité des instances ordinales. Dans cette analyse, Anwar Cherkaoui souligne toutefois que cette avancée institutionnelle ne portera pleinement ses fruits qu'à la faveur d’un nombre de conditions.

Anwar Cherkaoui

Expert en communication médicale et de santé

Le principe du vote sectoriel par région, consacré par la nouvelle loi régissant l'Ordre national et les Ordres régionaux des médecins au Maroc, constitue sans doute l'une des réformes les plus importantes de cette refonte institutionnelle.

Derrière cette disposition technique se cache en réalité un véritable choix de gouvernance : celui de rapprocher la représentation ordinale des réalités du terrain et d'assurer une expression plus équilibrée de la profession médicale.

Jusqu'à présent, les grands centres urbains, où se concentre la majorité des médecins, exerçaient une influence prépondérante sur les élections ordinales.

Cette situation pouvait conduire à une représentation déséquilibrée, laissant parfois les préoccupations des régions périphériques au second plan.

Le vote sectoriel par région ambitionne de corriger cette asymétrie.

Chaque région devient un espace électoral à part entière, permettant aux médecins de choisir leurs représentants parmi leurs pairs, qui connaissent les réalités sanitaires, économiques et professionnelles de leur territoire. Cette approche renforce la proximité, favorise une meilleure écoute des difficultés locales et contribue à une gouvernance plus équilibrée.

Mais cette avancée institutionnelle ne suffira pas, à elle seule, à garantir un Ordre véritablement représentatif.

La première condition est une participation électorale élevée

Une faible mobilisation affaiblit inévitablement la légitimité des élus. Un Ordre fort ne peut reposer sur la volonté d'une minorité de votants. Chaque médecin doit considérer le vote ordinal non comme une formalité administrative, mais comme un acte d'engagement envers l'avenir de la profession.

La deuxième condition réside dans une représentation équilibrée de toutes les composantes de la profession.

Les médecins du secteur public, du secteur privé, les universitaires, les jeunes médecins, les spécialistes comme les généralistes doivent tous pouvoir trouver leur place dans les instances ordinales. Un Ordre ne peut représenter efficacement la profession s'il ne reflète qu'une partie de celle-ci.

La troisième condition est l'indépendance

L'Ordre doit rester au service exclusif de la profession et de la protection des patients.

Il ne peut devenir le prolongement d'intérêts politiques, administratifs, syndicaux ou économiques.  Son autorité repose sur son impartialité.

La quatrième condition concerne la qualité des candidats

Les compétences professionnelles sont essentielles, mais elles ne suffisent pas.

Les futurs responsables ordinaux doivent également faire preuve d'intégrité, de disponibilité, de sens du dialogue, de capacité de médiation et d'une véritable vision stratégique de la profession.

La cinquième condition est la transparence.

Les décisions, les finances, les procédures disciplinaires et les modalités de gouvernance doivent être clairement expliquées aux médecins. La confiance naît toujours de la transparence.

Enfin, un Ordre moderne doit développer une véritable culture de proximité.  Les conseils régionaux ne doivent pas être de simples relais administratifs du Conseil national.  Ils doivent devenir des espaces d'écoute, d'accompagnement et de résolution des difficultés quotidiennes rencontrées par les médecins.

En définitive, le vote sectoriel par région représente une avancée démocratique importante. Il ouvre la voie à une représentation plus juste et plus équilibrée.

Mais une loi, aussi bien conçue soit-elle, ne produit ses effets que si les femmes et les hommes qui la mettent en œuvre en respectent l'esprit.

La représentativité ne se décrète pas.  Elle se construit par la participation, le pluralisme, l'indépendance, la transparence et la confiance. C'est à ce prix que l'Ordre national et les Ordres régionaux des médecins pourront devenir non seulement les gardiens de la déontologie médicale, mais également les véritables porte-voix de l'ensemble de la profession médicale marocaine.