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Les Emirats suspendent leurs échanges avec l'Iran après le tir de deux missiles
Des navires dans le détroit d'Ormuz au large de Bandar Abbas, dans le sud de l'Iran, le 10 août 2026. (Photo Atta Kenare)
Les tensions entre l’Iran, les Émirats arabes unis et les États-Unis se sont encore accrues après le tir de deux missiles attribués par Abou Dhabi à Téhéran. Les Émirats ont suspendu leurs échanges avec l’Iran, tandis que celui-ci menace les pays du Golfe qui apporteraient un soutien militaire à Washington, sur fond de bras de fer autour du détroit d’Ormuz.
Dubaï, Emirats arabes unis - Les Emirats arabes unis ont annoncé mardi suspendre tous les échanges commerciaux et financiers avec l'Iran, qu'ils ont accusé d'avoir ciblé des navires avec deux missiles balistiques.
"Tous les échanges commerciaux, transactions financières et opérations de commerce avec l'Iran ont été suspendus jusqu'à nouvel ordre", a annoncé une porte-parole du ministère des Affaires, Afra Al Hameli.
Selon le ministère de la Défense, les deux missiles visaient des navires et sont tombés en mer, dans ce qui constitue la première attaque détectée contre le pays depuis plusieurs mois.
La diplomatie iranienne, par la voix de son porte-parole Esmaïl Baghaï, a "catégoriquement rejeté" les accusations émiraties.
Toutefois, pour le ministère émirati de la Défense sur X, "les analyses effectuées ont montré que les deux missiles balistiques détectés provena(aie)nt d'Iran".
Plus tôt dans la journée, le ministère de l'Intérieur émirati avait émis une alerte par téléphone appelant la population à se mettre à l'abri face à des "menaces de missiles".
Le ministère de la Défense avait dans un premier temps affirmé que les missiles avaient ciblé le territoire, avant de préciser qu'ils "visaient la navigation maritime".
Cette source a indiqué que "le premier (missile) est tombé hors des eaux territoriales".
L'alerte à la population a été la première depuis juillet, quand un message d'avertissement avait été envoyé pour une attaque qui n'avait finalement pas atteint le territoire. Une autre fausse alerte avait également été déclenchée en juin.
Le porte-parole iranien, Esmaïl Baghaï, a jugé que les accusation émiraties étaient "préjudiciables" à la confiance régionale et aux efforts en faveur de la sécurité.
Les Emirats constituent un important pivot financier et commercial dans le Golfe. Le pays, qui abrite une importante communauté iranienne, figurait avant le début de la guerre parmi les principaux partenaires de l'Iran dans ces domaines.
Mais durant la première phase de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran, Téhéran a lancé près de 3.000 attaques sur les Emirats, faisant de ce pays sa principale cible de représailles.
Mardi, le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a assuré que le détroit d'Ormuz, crucial pour le transport maritime émirati, resterait fermé tant que Washington n'aurait pas rempli ses engagements inscrits dans le protocole d'accord de juin, qui a explosé en juillet.
Des pétroliers de la compagnie publique émiratie Adnoc ont été ciblés à plusieurs reprises ces dernières semaines.
L'Iran met en garde les pays du Golfe contre toute aide aux Etats-Unis
L'Iran a de son coté prévenu mercredi les pays du Golfe contre toute assistance à l'armée américaine, après la décision des Emirats arabes unis de suspendre leurs échanges commerciaux avec Téhéran, sur fond d'intensification des tensions régionales.
"Toute assistance ou facilitation apportée à l'armée agresseuse américaine équivaut à une participation aux opérations militaires américaines", a averti le chef des forces armées iraniennes, le général Ali Abdollahi, à l'adresse des pays du Golfe.
"Il paraît improbable qu'un tel nombre d'avions militaires, notamment des avions ravitailleurs, se trouvent sur des bases régionales à l'insu des pays hôtes", a-t-il ajouté.
Plusieurs pays du Golfe accueillent des installations militaires américaines. Des médias ont fait état de frappes de pays de la région contre des cibles iraniennes, pour la plupart démenties, ces pays assurant ne pas autoriser l'utilisation de leur territoire contre l'Iran.
"Aucune conversation"
Malgré une baisse des hostilités depuis les premières frappes israélo-américaines et les représailles iraniennes, les tensions dans la région restent vives après près de six mois de guerre.
"Aucune conversation ni discussion n'a lieu en ce moment ni n'est programmée avec la République islamique d'Iran. Le blocus naval reste pleinement en vigueur et effectif. Le détroit d'Ormuz est ouvert et fonctionnel. Toutes les mines marines ont été enlevées ou déclenchées", a quant à lui écrit le président américain Donald Trump sur son réseau Truth Social.
La déclaration s'inscrit à rebours de celle de l'émissaire et gendre du président américain Jared Kushner, qui a fait état lundi de discussions "très positives et animées" avec Téhéran.
Selon une source américaine contactée par l'AFP, ces échanges ont été suspendus et Donald Trump a demandé à ses équipes de ne pas reprendre le dialogue tant que Téhéran ne se rapprocherait pas des positions américaines.
Le secrétaire d'Etat Marco Rubio s'est par ailleurs entretenu avec le conseiller à la sécurité nationale émirati Tahnoon ben Zayed al-Nahyane au sujet de la coordination entre Washington et Abou Dhabi pour "tenir l'Iran et ses groupes armés alliés responsables des attaques en cours", selon le département d'Etat. M. Rubio a souligné l'importance de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.
Conditions iraniennes
Téhéran n'a guère envoyé de signaux en ce sens. Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a déclaré que le détroit ne serait pas ouvert tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par un protocole d'accord signé en juin.
Ce texte prévoyait soixante jours de trêve pour négocier un règlement diplomatique durable, mais il n'a débouché sur rien.
Le négociateur iranien a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" et "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".
Donald Trump évoque désormais l'idée de faire d'Ormuz un "territoire américain" et a par exemple publié une carte qui décrit ainsi le détroit.
Malgré ces affirmations, le trafic dans la zone reste très faible par rapport à ses niveaux d'avant le conflit.
Oman
Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé cette voie de transit majeure des hydrocarbures.
Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.
Le Qatar, l'un des médiateurs entre Téhéran et Washington, a affirmé mardi qu'un accord entre l'Iran et Oman sur le détroit d'Ormuz "faciliterait" la reprise des négociations visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Ces deux pays, riverains du détroit, discutent depuis plusieurs semaines de la future gestion du détroit. Téhéran a affirmé que les coordonnées géographiques du tracé envisagé par ceux-ci "ont été approuvées".
L'Iran, qui prend pour cible des navires tentant de traverser le détroit sans demander d'autorisation, veut imposer des frais de navigation pour des services aux vaisseaux y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. (Quid avec AFP)