Merci pour ce quart qui vaut une demi - Par Naïm Kamal

Merci pour ce quart qui vaut une demi - Par Naïm Kamal

Le milieu de terrain marocain n° 08, Azzedine Ounahi, et le milieu de terrain français n° 18, Warren Zaire-Emery, se disputent le ballon lors du quart de finale de la Coupe du monde de football 2026 opposant la France au Maroc, au Boston Stadium de Foxborough, le 9 juillet 2026. (Photo : CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

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Naïm Kamal

L’élimination du Maroc en quart de finale de la Coupe du monde 2026 laisse un goût d’inachevé. Les Lions de l’Atlas avaient nourri l’espoir d’un parcours encore plus grand après leur épopée de 2022. Pour Naïm Kamal, au-delà de la déception, c’est cette déception qui confirme bien des choses.

Le privilège des grandes ambitions

Il est permis d’être déçu. Nous l’étions tous au coup de sifflet final. Nous rêvions d’une demi-finale, peut-être même d’une finale. Mais cette déception n’a rien d’une colère. Elle est le revers et le privilège d’une ambition que les Lions de l’Atlas ont eux-mêmes installée dans nos esprits.

Pendant un mois, ils nous ont fait vibrer, envahir les rues, prolonger nos nuits et repousser le sommeil. Surtout, ils nous ont habitués à considérer qu’une simple participation ne suffisait plus et installé en nous l’idée qu’on pouvait attendre beaucoup et mieux d’eux. C’est là leur plus grande victoire. Le Maroc n’aborde plus une Coupe du monde pour faire bonne figure. Il y va désormais avec la conviction de pouvoir rivaliser avec les meilleurs.

Cette transformation ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’une politique royale de long terme qui a fait du sport, et du football en particulier, un levier stratégique de développement, de rayonnement international et de soft power.

Le pari gagnant de la compétence marocaine

Je laisserai aux techniciens le soin de décortiquer les aspects tactiques du match face à la France. Ce que je retiens est ailleurs.

Pour la deuxième Coupe du monde consécutive, le Maroc a confié sa sélection à un encadrement national. Après Walid Regragui en 2022, Mohamed Ouahbi, qui a eu moins de trois mois pour préparer la campagne, a poursuivi cette dynamique avec une génération rajeunie, ambitieuse et déjà compétitive. Champion du monde avec les moins de 20 ans, il a démontré que le savoir-faire marocain existe aussi sur les bancs de touche.

Ce choix  du national mérite et doit d’être consolidé. Une nation qui veut s’imposer durablement doit croire en ses compétences autant qu’en ses joueurs.

Ce que disent les chiffres

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, au Qatar, le Maroc avait disputé six rencontres, terminé la phase de groupes avec deux victoires et un nul, éliminé l’Ibérie - Espagne puis le Portugal - avant de s’incliner face à la France en demi-finale.

Quatre ans plus tard, dans une coupe du monde élargie à 48 équipes, les Lions ont de nouveau disputé six matches. Un nul face au Brésil, deux victoires en phase de groupes, une qualification héroïque contre les Pays-Bas, une démonstration face au Canada, avant de tomber face aux Français en quart de finale.

Comparer mécaniquement les deux éditions serait pourtant une erreur. Dans le nouveau format, accéder au top huit mondial revient, dans les faits, à atteindre le dernier carré de l’ancien Mondial à 32 équipes. Plus encore, parmi ces huit meilleures sélections, seules deux représentent le Sud global : l’Argentine de Lionel Messi et le Maroc d’Achraf Hakimi.

Voilà pourquoi ce quart de final vaut bien davantage que son intitulé. Il montre que Qatar n’était pas une épopée non reconductible et consacre une équipe qui n’est plus un invité surprise, mais une puissance installée du football mondial. Et c’est précisément cette nouvelle stature qui rend l’élimination si difficile à accepter. Car désormais, le Maroc ne célèbre plus seulement les participations et les exploits qu’il y réalise. Il commence à mesurer ses participations à l’aune des titres qui lui échappent encore.